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JEUNES ÉCRIVAINS
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CINQ HEURES CINQUANTE-NEUF
une histoire écrite par
Bryan
septembre 1997
L'homme me fixait stupidement. Stupidement n'était pas tout à fait le
bon mot, mais rien ne me venait à l'esprit à ce moment-là pour décrire avec
plus de justesse le regard pratiquement fou de cette homme qui souriait du
même coup bêtement.
Sadique, satanique conviendraient peut-être mieux, quand j'y pense.
Mais mes pensées ne sont toutefois pas orientées vers la recherche de
multiples synonymes, qui je suppose, s'affichent pourtant en grand nombre
dans les pages du dictionnaire sous toute leur horreur. Non, mes pensées ne sont que pour cet homme,
en face de moi, qui captive tout mon regard, mon être, me pénètre.
Mes oreilles sont bouchées, du moins je le crois, car je n'entends plus
rien. Si, peut-être, ce sifflement si aigu que seuls les chiens et moi
peuvent à cet instant entendre, j'en suis sûr. Sifflement démoniaque, lui
aussi, qui me gèle le cerveau, m'engourdit la tête. Il n'est comparable
à aucun des sons que j'ai jamais entendus, rien à voir avec une bouilloire
ni un train. Mais d'où provient ce sifflement, je ne le sais pas.
Même si mes yeux restent obstinément fixés sur les orbites vertes de
cet homme, je vois bien que nous sommes seuls dans cette pièce toute
blanche. Aucun meuble n'emplit la pièce, aucune décoration, pas la moindre
chose, exceptés nous deux, nos chaises et cette horloge sur le mur.
Ai-je rêvé ou l'on m'a dit que je pourrais sortir quand retentiraient
six heures? Cette affirmation me traverse le cerveau en un éclair, laissant
tout de même derrière elle un tonnerre d'incertitude. Ai-je imaginé,
halluciné cette donnée? Moi qui ne savais même pas qui était cet homme, ce
que je faisais ici ou ni même quand ou comment j'avais pénétré dans cette
pièce lugubre par son immaculée blancheur, comment pouvais-je savoir quand
j'en sortirais?
Cinq heures cinquante. Vrai ou faux, je le saurais dans quelques
minutes, tout juste quelques secondes.
Le regard de l'homme en face de moi restait tout de même placide. Le
fait que je m'en irais d'ici dans quelques instants à peine ne semblait pas
le déranger outre mesure, ou du moins son regard ne le laissait-il pas
paraître. À moins que, trop occupé à sourire béatement et à me fixer de cette
manière si gênante et traumatisante, il n'ait oublié de regarder l'heure et
l'ignorait...
Ses yeux... Ils semblaient me fixer si fort, scruter tous les recoins
de mon âme. Qu'avais-je donc fait? Je l'ignorais. Ma mémoire était
dysfonctionnelle, je n'avais d'yeux que pour cette trotteuse lente et
ces trous noirs et ces iris qui restaient si effrayants dans leur
immobilité.
Cinq heures cinquante-neuf.
Le sourire de l'homme se modifia légèrement enfin. Les traits
remontèrent. Mais je n'en pouvais plus, j'aurais tout donné pour voir cette
aiguille enfin franchir le zénith de l'horloge...
Elle s'arrêta. Cinq heures cinquante-neuf et cinquante-neuf
secondes. L'homme fut pris d'un fou rire en voyant mes yeux tristes se
remplir de larmes amères. Mais cela ne fut que de courte durée; déjà il
reprenait sa position.
Vraisemblablement, je serais ici pour longtemps.
©1996 -
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