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JEUNES ÉCRIVAINS
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LA COURSE À L'ESPOIR
une histoire écrite par
Claudine
juillet 1997
D'où me vint l'idée de cette promenade dans la noirceur naissante du
crépuscule, je l'ignore. Par contre, le souvenir de cette route de campagne
rectiligne qui semblait se prolonger devant moi à l'infini demeure très
clairement ancré dans ma mémoire. Elle était asphaltée et bordée de chaque
côté par une dense forêt où les conifères dominent, comme on en voit
souvent au Québec. Ce qui m'étonnait, ce soir-là, n'était pas la beauté du
coucher de soleil ou le jeu fantomatique des ombres tremblantes des sapins,
mais plutôt un fait pour le moins inhabituel. Vraisemblablement, j'étais la
seule à me diriger vers le nord. En effet, je rencontrais de nombreux
marcheurs circulant en sens inverse.
Je n'eus pas à m'interroger bien longtemps, car, soudain, un homme
cria:
- "Sauvez-vous tous! Vite! Il y a un dangereux criminel plus loin sur la
route!"
Un échappé de prison, pensais-je. À la recherche d'une victime
potentielle sans doute. Voilà pourquoi le nord semblait repousser toutes
ces bonnes gens! Et moi... Moi... Je... Je fonçais droit sur mon futur
assassin!
Au lieu de faire demi-tour pour rejoindre les autres, mon premier
réflexe fut de m'engager dans un étroit sentier que j'avais repéré peu
auparavant et qui semblait s'enfoncer profondément dans les bois. Je
croyais, en m'y réfugiant, être en sécurité. Pourtant, j'étais bien la
seule à penser ainsi. Me voyant pénétrer dans le chemin sinueux, les
marcheurs chuchotaient entre eux:
- "Elle est perdue! Elle court vers une mort certaine, inévitable! Le
meurtrier aura tôt fait de la rattraper."
Curieusement, les voix parvenaient sans peine à mes oreilles alors que
je courais sur le sentier, toujours plus vite, toujours plus loin.
Puis les voix furent couvertes, étouffées, par une série de bruits
forts, sourds. Des détonations, des coups de fusil qu'on tirait dans ma
direction, dont j'étais certainement la cible, mais qui, étrangement, ne
m'atteignaient pas. À peine une légère sensation de brûlure causée par la
peur me vrillait le dos. À ma droite, à ma gauche, les coups de feu
enflammaient les arbres. Je fus bientôt prise, comme dans un étau, au
centre du brasier.
Et toujours, loin derrière moi, les gens continuaient de s'exclamer,
comme pour se convaincre de l'horreur de la situation:
- "Elle est perdue!"
Aucun d'entre eux ne risqua sa vie pour tenter de sauver la mienne, de
l'arracher aux mains avides de sang de mon poursuivant.
Dans mon coeur, un sentiment dominait, me poussant à poursuivre ma
course effrénée. Ce n'était pas la panique, mais l'espoir. L'espoir de
déboucher bientôt, à la fin du sentier, sur une ville éclairée ou un chalet
accueillant. Et cet espoir me donnait des ailes... Et je courais toujours,
sans ressentir le moindre signe d'essoufflement. Alors que j'aurais du être
tremblante, épouvantée, foudroyée par la crainte de ma mort prochaine, je
réalisais que je ne m'étais jamais sentie aussi bien. Cette espérance
m'enhardissait jusqu'à un point tel que je me sentais la force de courir un
marathon éternel.
Et cet espoir ne fut pas vain...
Car je m'éveillai dans un lit douillet, à des lieues des griffes
sanguinaires de l'inconnu.
©1996 -
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