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JEUNES ÉCRIVAINS
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PROMESSE D'IVROGNE
une histoire écrite par
Claudine
juillet 1997
Pour le commun des mortels, ce samedi en était un comme les autres,
mais pour moi, c'était un nouveau départ.
Après avoir parcouru les cinq
longues heures qui séparent notre lointaine résidence d'Amqui de la
capitale, nous fûmes bien contents traverser le pont Pierre Laporte. Plus
que quelques kilomètres et nous parviendrions à l'hôtel où nous avions
réservé une chambre. Je me sentais revivre.
Quelle joie c'était pour moi de
retrouver ces lieux qui avaient marqué mon enfance! Ces temps heureux...
avant que je ne rencontre Marc et tombe aveuglément dans ses bras. Ses
bras qui m'ont si souvent battue, son haleine qui empestait presque
continuellement l'alcool, tous les emplois qu'il a perdus, toutes ces
années à cacher mon désespoir, les milliers de cauchemars qu'il m'a fait
faire en vingt ans de mariage... Comment ai-je pu le croire chaque fois
qu'il me promettait de devenir sobre? Il n'a jamais voulu d'une aide
extérieure.
Jamais... avant décembre dernier. Il s'est inscrit à un groupe
des Alcooliques Anonymes. Pour mon cadeau de Noël. Le plus beau qu'il m'ait
fait depuis nos fiançailles.
Ce soir-là, donc, nous allions assister au défilé du carnaval de
Québec. Je considérais presque ce voyage comme notre lune de miel. J'avais
le coeur relativement léger. Ce week-end de février serait certainement un
nouveau départ pour notre vie de couple.
18h00. Il faisait noir et la neige virevoltait joyeusement dans l'air,
offrant un apaisant spectacle éclairé de la lueur des lampadaires. Je
proposai de déposer nos bagages à l'hôtel avant d'aller nous restaurer dans
la salle à manger qui lui était annexée. Marc aquiesça. Auparavant, il
aurait fait une de ces colères seulement parce que j'avais pris une
décision.
Le souper fut délicieux et rapidement ingéré. Marc ne but pas une
goutte. J'en fus soulagée. Je dois admettre que je ne lui vouais pas encore
une totale confiance. Arrivée à la chambre, je résolus de prendre un bon
bain. Avant de me rendre au défilé, j'avais besoin de donner à mon corps
une certaine compensation pour la longue route qui l'avait passablement
engourdi. Un peu de mousse et beaucoup d'eau chaude... Ma panacée à toutes
les souffrances des vingt dernières années.
Pendant que je me laissais bercer par le doux clapotis de l'eau,
j'entendis vaguement la porte de la chambre s'ouvrir, puis se refermer.
Marc avait sans doute oublié quelque chose dans l'auto. Ou encore il
sortait acheter le journal. Je n'allais pas lui en vouloir pour si peu. Il
n'avait aucune raison d'aller m'attendre au comptoir du bar d'en face,
consommant bière sur bière tout en désabillant du regard la serveuse, vêtue
d'une mini-jupe sexy et d'une blouse à décolleté plongeant...
Vers 19h00, j'étais habillée, relaxée, prête pour le défilé. Un seule
problème: Marc n'était pas rentré. Je m'approchai de la fenêtre. Le vent
semblait vouloir valser avec la neige poudreuse, comme si une tempête se
préparait. Je devinai la présence de notre véhicule dans le stationnement.
Mon cher mari n'était certainement pas très loin...
Je vis alors une silhouette d'homme se découper dans la pénombre. Une
sihouette titubante qui semblait se diriger vers ma chambre. "Drôle d'heure
pour s'enivrer", pensai-je. Mais je savais que Marc était capable de
n'importe quelle extravagance. Après tout, on l'avait sorti ivre-mort de
notre réception de mariage...
Je ne pus réprimer le cri de fureur qui montait en moi. Un hurlement à
faire trembler tous les murs de la pièce. Puis, les dents serrées,
j'articulai une série de bêtises:
- Marc! Espèce d'hypocrite! De saoûlon! De menteur! De salaud!
Après quoi, sans réfléchir, je sortis, claquant la porte derrière moi,
et je me précipitai vers cet homme.
Après la colère, c'est le ressentiment qui m'envahit. Bouleversée, je
n'étais plus maîtresse de mes actes. Je sentis mes doigts se crisper autour
du cou de l'ivrogne. C'était comme si toutes les frustations s'étant
accumulées depuis mon mariage remontaient à la surface et se manifestaient
dans un même élan de rage. C'est quand il s'effondra que je réalisai que
j'étais allée trop loin. Je regagnai ma chambre, honteuse.
Je repensais au meutre. Celui que j'avais commis, moi, honnête femme
dans la jeune quarantaine. Je parcourus la pièce de mes yeux hagards.
N'était-ce pas une petite note, ce bout de papier que j'apercevais sur la
table de chevet? D'un bond, je me levai. Comment avais-je pu ne pas
remarquer le message, pourtant placé en évidence? Un coup d'oeil me permit
de déchiffrer la grotesque, mais familière écriture:
Ma chérie,
J'ai envie de prendre l'air. Un peu d'exercice me fera le
plus grand bien. Je me rends au défilé à pied. Rejoins-moi avec la voiture.
Ton Marc
Dès lors, tout se bouscula dans ma tête. Lentement, pleine
d'appréhension, je marchai vers la porte que j'avais laissée béante dans
mon énervement. Du seuil, à la lumière du plafonnier de la chambre, je vis
le corps inerte. Je conçus bientôt toute l'horreur de la situation.
L'homme que j'avais assassiné, bien qu'ayant à peu près la stature de
Marc, n'était en fait que le locataire de la chambre voisine.
©1996 -
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