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JEUNES ÉCRIVAINS
la page dont vous êtes les auteurs
DANS LE JARDIN
une histoire écrite par
Bryan et Claudine
août 1997
Sandrine n'aimait pas sa mère. Pourtant, elle habitait avec elle
depuis toujours, faute de s'être trouvé un travail et un appartement
convenables. Cette cohabitation forcée avait tout de même quelques
avantages, mais, si la jeune fille avait eu ne serait-ce que quelques
centaines de dollars de plus, elle n'aurait pas hésité à plier bagages. Seulement
voilà, de l'argent, elle n'en avait point.
Sandrine concoctait, depuis sa plus tendre enfance, des plans pour se
débarrasser du joug de l'autorité maternelle. Au début, c'était simplement
des fantasmes, mais maintenant, elle désirait plus que la voir mourir en
pensée... Cruel, peut-être. Essentiel, oui.
Elle avait remarqué que des ombres planaient souvent dans leur jardin,
à la brunante, comme autant de fantômes ou de signes indescriptibles. Et si
c'était réellement hanté? Évidemment, les fantômes, les spectres, tout cela
n'existait pas. Mais sa mère avait une fâcheuse tendance à se laisser
entraîner dans de telles histoires, de telles sornettes. Cette fois-ci, au
moins, un des nombreux défauts de cette vieille acariâtre allait servir.
Enfin! Voilà donc que de plus en plus, Sandrine avait en tête cette idée
macabre, tellement ridicule, oui, mais si réalisable, même si elle était
aux limites de la réalité.
Tout avait commencé avec Lazare... Au fait, qui était-il ce Lazare? Au
fond, Sandrine n'en avait aucune idée. Un quelconque frère décédé peu après
sa naissance... Mais le plus important, c'était la manière dont ce bébé
était mort. La mère de Sandrine, d'après ce qu'elle avait compris, devait
s'en occuper, ce jour-là. Mais le pauvre Lazare était déjà malade.
Qu'aurait pu faire sa mère? Certes peu de choses... Mais voilà qu'au fond
d'elle-même, la femme s'en était toujours, malgré tout, sentie responsable.
La pauvre femme était si influençable! Une bonne peur et tout serait
fini... sans soupçons! Une enquête floue qu'on oublierait rapidement et,
ensuite, elle serait libre comme un oiseau!
Il ne lui restait qu'à attendre le bon moment pour passer à l'acte. Et
ce bon moment, c'était aujourd'hui. Sans remords, sans pitié, elle le
ferait.
Ce soir de juin, le soleil disparaissait lentement à l'horizon, dans un ciel rosé,
quelque peu nuageux, brumeux. Les ombres étaient encore plus terrifiantes
sous ce ciel d'une beauté paradisiaque, mais avec tout de même ce brin
méphistophélique...
Sa vieille mère prenait comme d'habitude son thé dans son salon vert,
bien qu'elle détestât affreusement l'horrible breuvage qui, disait-elle,
lui donnait un air distingué. Encore un de ces traits qui la rendait si
antipathique... En la voyant là, droite dans sa chaise, tenant obstinément
en l'air sa tasse de fine porcelaine qui pourtant lui brûlait les doigts,
Sandrine ne put s'empêcher de se demander ce qui l'avait retenue depuis si
longtemps. "Cela" aurait dû être fait depuis des mois, des années! Sa mère
daigna à ce moment de la regarder. La haïssait-elle autant qu'elle? En
voyant ce regard plein d'amertume et de mépris se poser sur elle, ce regard
si égoïste et hautain, Sandrine ne fut que remplie de courage.
Comme sa vie, qui n'avait été qu'illusions, sa mort serait
fantastique, avec fastes et rebondissements... Mais cruelle...
- Mère, lui dit-elle, il se passe quelque chose d'étrange au jardin...
Comme si le vent dans les arbres soufflaient un nom... Lazare...
- Lazare? demanda la vieille femme usée, chenue, levant des yeux
transpercés d'un étrange reflet. Souvenirs?
- Oui... Je crois... Et si tu venais constater par toi-même... Nous
serions toutes les deux rassurées ensuite...
Elle n'allait quand même pas lui dire qu'il n'y aurait pas de
"ensuite"...
La figure de sa mère fut transpercée de doute. Évidemment, son excuse
était bien fragile, et peut-être la vieille dame ne voudrait même pas
bouger de son siège... Mais, contre toute attente, elle se leva:
- Si tu insistes...
Elle se leva, se dirigea vers la porte et de la maison fixa le
jardin... Le vent soufflait, le ciel mauve et rose, teinté de bleu de
toutes les teintes se dressait devant elles. Mais elle ne semblait pas
effrayée. Elle se demanda comment elle avait bien pu espérer qu'en
entendant simplement le nom de Lazare elle se mettrait dans une frayeur
extrême? Dans son emportement, son enthousiasme, elle s'était fiée à des
stupidités, ne se fiant à aucune réalité, seulement des suppositions...
C'est alors, alors qu'elle songeait en désespoir de cause à entourer
ce cou maternel fragile de ses mains, que tout changea. En face de
Sandrine, le ciel explosa. Les pires feux d'artifices se dessinaient devant
ses yeux, tout était noir, le vent secouaient les arbres... Effrayée,
paralysée, elle tomba brusquement par terre. Sous le choc, ses jambes ne
répondaient plus, elle qui aurait pourtant voulu s'enfuir. Scènes
horribles, ombres malveillantes... Elle poussa un cri, mais ne pouvait
toujours pas bouger...
- Qu'y avait-il de si extraordinaire? demanda alors la mère.
La mère se retourna... Sa fille était morte de peur... Sa dernière
pensée aura été que le jardin était vraiment hanté.
©1996 -
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