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JEUNES ÉCRIVAINS
la page dont vous êtes les auteurs
Toile d'araignée, danger
une histoire écrite par
Kyra
août 1999
Sanna était arrivée le jour précédent dans cette école. Évidemment, elle savait que ce ne serait pas facile darriver au milieu de lannée, mais pas à ce point. Tous les élèves semblaient lavoir jugée inapte à devenir lune des leurs. Ils ne lui parlaient pas, ne la regardaient pas. Elle habitait seule dans une grande maison. Elle avait été déçue dapprendre quelle devait quitter son Allemagne natale. Le mur de Berlin, elle avait été heureuse quil tombe. Elle avait pu revoir son père. Elle était fière dêtre Allemande de lEst. Ce qui sétait passé avant la chute du mur, elle en était consternée mais ne sen sentait pas responsable.
Quand elle était partie, seuls ses parents et sa sur Stefi étaient venus à laéroport. Elle sétait alors rendu compte quelle navait pas de véritables amis. Dans lavion, elle avait repensé à tous les épisodes de sa vie dagent secret.
Devant, le prof de trigonométrie essayait de faire comprendre le problème quil avait donné pour les devoirs à un de ses élèves, qui ne semblait pas disposé à lécouter très longtemps. Au lieu de se mettre à crier, il resta impassible :
- Va tasseoir, Frank.
"Frank... quel nom horrible ! Détestable ! pensa Sanna. Je ne suis pas particulièrement fière du mien, mais Frank, cest quand même bien pire !"
- Ce sera tout pour aujourdhui, les enfants. Bonne soirée et bonne nuit.
Sanna sourit. Elle trouvait le prof de trigonométrie sympa. Il donnait son cours sans se soucier dintéresser ou non ses élèves. Il entrait dans la classe, disait ce quil avait à dire, puis sortait.
Deux ou trois élèves rappelèrent quils navaient plus sept ans. Sanna se leva et se dirigea vers la sortie de la classe. Deux filles pouffèrent sur son passage. Que lui importaient les autres ? Cétait peut-être ça, son erreur. En réalité, elle ne désirait pas sintégrer à leur société. Elle préférait être seule. Dans les moments où elle létait, elle pouvait rêver. Elle pensait tout le temps à Richard. Pourquoi lavait-il quittée ? Elle ne pouvait pas lui en vouloir... Il lui manquait énormément. Rien ne lui était plus précieux au monde. Alors, maintenant quil nétait plus là, la vie avait un goût amer pour elle. Aucune occupation ne la captivait vraiment. Elle était indépendante, très solitaire, parfois sauvage. Quand elle en aurait lâge, elle sengagerait dans larmée, comme elle lavait toujours voulu. Elle se disait que si sa vie ne lintéressait plus, elle pouvait la mettre à la disposition des autres. Elle ne voyait pas à la tête dun mouvement comme la Croix-Rouge, mais larmée était une idée plaisante. Pilote de chasse... Elle sourit à cette idée.
- Sanna...
Elle se retourna. Cétait un garçon de sa classe. Elle ne savait plus son nom. Elle ne voulait pas le savoir, dailleurs.
- Que lui veux-tu donc, à Sanna ?
- Nous allons en boîte, ce soir. Tu aimerais venir avec nous ?
- Nous ?
- Nous sommes tout un groupe. La plupart sont de la classe. Alors ?
- Jai horreur de sortir en boîte.
- Ce sera très bien, tu verras. Je suis sûr que tu vas ty plaire.
- Je ne pense pas.
- Tu viendras quand même ? Pour me faire plaisir...
Elle le toisa de la tête aux pieds et séloigna.
- Huit heures devant le "Swing"!
Elle ne répondit pas. À quoi bon ? Elle nirait pas. Elle se dépêcha de rentrer chez elle. Elle fit ses devoirs, répéta ses leçons et se prépara un souper. Quand elle eut fini de manger, elle alluma la télé. Il ny avait rien dintéressant. Alors, elle éteignit calmement le poste et écouta son répondeur. Elle repensa pour la énième fois quelle naurait pas dû accepter ce cadeau de sa mère. "Comme ça, tu entendras mes messages. Je ne pense pas que tu passeras beaucoup de temps chez toi... ! avait-elle dit pour la convaincre daccepter."
- Ma chérie, cest Maman. Comment vas-tu ? Tes-tu fait des amis ? Téléphone, écris, au moins. Je tembrasse, à bientôt !
La voix était joyeuse, ou sefforçait de le paraître. Il ny avait pas dautre message. Elle était déçue. Mais quespérait-elle... Un message de Richard ? Elle repensa au garçon qui lavait invitée à cette soirée. Non, elle nirait pas. Mais un petit tour en ville ne lui ferait pas de mal non plus ! Elle enfila la seule robe quelle possédait, prit un sac à dos avec son porte-monnaie et quelques affaires dont elle pouvait avoir besoin et partit en claquant la porte. Elle fit un petit tour sans sarrêter devant les vitrines. Elle était triste. Richard nétait pas encore revenu. Mais il reviendrait bientôt, elle en était persuadée.
De retour chez elle, Sanna téléphona chez ses parents.
- Allo Maman ! Cest Fiona...
- Bonjour, ma chérie. Comment vas-tu ?
- Et toi ?
- Bien. Quest-ce que tu fais ?
- Je vis.
- Sanna... à part ça ?
- Ne mappelle pas Sanna. Moi, cest Fiona. Tu sais bien.
- Fiona est le nom que ce pauvre Richard te donnait. Mais maintenant, Richard nest plus là. Il est mort, Sanna. Tu ne veux pas te lavouer, mais il est bien mort. Il faut te rendre à lévidence ! Est-ce quil ta écrit ?
- Fiona... je mappelle Fiona... affirma-t-elle, à peine perturbée par les paroles de sa mère. Non, il ne peut pas mécrire. Ses ennemis le repéreraient. Il nest pas mort. Il a dû partir en mission très loin, mais il va bientôt revenir. Il nest pas mort, répéta-t-elle, on me laurait dit.
- Oui... daccord. Et est-ce que tu tes fait des amis, en Amérique ?
- Non. Je nen ai pas besoin, jai Richard.
- Richard est loin de toi, pour le moment. Tu es sûre de navoir pas besoin damis ?
- Je nai besoin de personne !
La mère de Sanna essaya encore quelques minutes de la convaincre que Richard était bien mort, mais elle dut se rendre à lévidence : elle ny parviendrait pas. Comme toujours. Cela faisait maintenant une année quelle essayait de raisonner sa fille, mais Sanna ne voulait rien entendre : Richard était en mission en Nouvelle-Zélande, il nétait pas mort du tout.
Sanna était très intelligente, en très bonne santé physique. Mais elle navait jamais accepté la mort de Richard. Elle était persuadée quil était parti en mission à lautre bout du monde. Certains disaient que la mort de son associé lavait bouleversée au point quelle en avait perdu la raison. Mais elle nétait pas folle. Une personne qui ne la connaissait pas ne pouvait rien lui trouver danormal. Et pour cause ! Sa mère lavait même envoyée chez une psy sans lui expliquer ce qui sétait passé. Elle avait déclaré que Sanna était absolument saine desprit.
Sanna alluma le poste de télévision et zappa avant de sendormir devant lécran. Elle se réveilla au milieu de la nuit. Elle avait oublié de fermer la fenêtre et lair glacé sengouffrait dans le salon en rafales bruyantes. Il ne pleuvait pas. Elle aimait la pluie. Cela la calmait. Elle se dirigea quand même vers la fenêtre et resta longtemps à regarder la nuit. Ses lèvres devinrent rapidement violacées et elle éternua. Elle se rassit sur le canapé sans prendre la peine de fermer la fenêtre.
- Miss Imboden ?
Sanna sursauta. Un garçon était appuyé contre la fenêtre ouverte, un paquet à la main. Il semblait être terrorisée. Elle ne lavait jamais vu. Elle jeta un coup dil à sa montre. Huit heures. Elle sétait rendormie.
- Que veux-tu, petit ?
- On menvoie vous donner ce paquet.
- Qui tenvoie ?
- Heu... Je ne sais pas ! Un homme que je ne connais pas. Jaurais besoin de votre signature, sil vous plaît !
Elle se leva et signa sans regarder de quoi il sagissait. Elle regarda mélancoliquement le petit facteur improvisé séloigner en courant, posa le paquet sur la table et monta. Elle se doucha, se changea. Elle était en retard mais elle sen fichait. Elle descendit et ouvrit le paquet. Elle sursauta devant son contenu plutôt... inattendu : une lettre. Elle ouvrit lenveloppe et lut :
Miss Imboden, ce que je vais vous dire a pour but de vous faire réfléchir : arrangez les choses pour nous et nous pourrons peut-être vous oublier. Mais sil ny a pas de changements dans la situation dici un mois, nous ne vous raterons pas. Nous avons des armes perfectionnées, vous savez. Je pense que vous avez dores et déjà compris quil ne sert à rien de prévenir la police ou larmée !
* X *
- Cest ça.
Elle regarda sa montre et décida de se rendre à lécole. Après tout, pourquoi ne pas y aller ? Elle navait pas grand-chose dautre à faire. Elle verrouilla la porte avant de partir, riant de sa prudence. Mais elle navait pas fait dix pas quun homme lui sautait dessus. Il lui prit les poignets dans une seule de ses grosses mains et évita de justesse son coup de pied. Cétait ce quon appelle communément un malabar. Sanna grimaça de douleur en reconnaissant Drake, son ennemi par excellence.
- Tu as lu mon petit message ?
- Oui.
- Tu as été étonnée que nous te retrouvions si vite, nest-ce pas. Nous sommes un peu comme la Mafia : très bien organisés. Cest vrai que tu nous as donné du fil à retordre. Tu es un bon agent des services secrets. Mais cela na pas suffit. Il en faut plus pour nous impressionner. Et pour le marché, tu acceptes ?
- Accepter un marché proposé par une vermine comme toi... ça ne va pas ? Les gens me prennent peut-être pour une folle, mais je ne le suis pas au point daccepter un marché dans lequel je ne peux que perdre ! Nimagine pas que tu mauras ! Parce que même avec toute la "bonne organisation" dont vous faites partie, je démantèlerai votre réseau de trafiquants.
- Attention à toi, ma jolie. Cest moi qui ai lavantage. Tu mas eu une fois, mais tu ne mauras pas une deuxième fois. Jen fais le serment.
- Je refuse catégoriquement.
Il lui envoya une baffe.
- Tu peux me gifler, ça ne changera pas grand-chose, sauf que je peux te faire arrêter pour coups et blessures...
- Tu nes pas encore blessée ! Mais... je peux y remédier, à titre davertissement !
- Je sais, répondit-elle avant de lui cracher au visage. Alors vas-y ! Cogne !
Elle naurait pas dû.
Quand il partit, elle seffondra sur le sol, épuisée. Le sang coulait partout, elle avait un goût amer dans la bouche...
Au prix de bien efforts, elle parvint à rentrer. Elle lava ses blessures plus ou moins superficiellement. Elle eut une grimace de dégoût en se voyant dans la glace. Elle se changea et se dirigea tant bien que mal à sa voiture. Conduire fut très éprouvant, mais elle finit par arriver à lécole. Quand elle entra dans la salle de classe, il se fit un grand silence. La prof stoppa net son geste. Toute la classe était tournée vers elle. Sanna fit semblant de les ignorer et voulut se rendre à sa place. Mais ses jambes la lâchèrent et elle seffondra par terre. Sa tête heurta violemment une armoire, ce qui réactiva le processus de saignement. Une grande tache sombre sagrandissait sur son bermuda long, à la hauteur du genou, tandis que sa lèvre et sa tempe se remettaient à saigner... La prof se précipita sur elle.
- Sanna ! Quest-ce qui test arrivé ?
- Je... essaya-t-elle de répondre en sévanouissant.
Quand elle se réveilla, une fille était anxieusement penchée sur elle, une patte mouillé à la main. Sanna essaya de sasseoir, mais on len empêcha. Alors seulement elle remarqua quelle nétait plus en classe, mais dans un endroit quelle ne connaissait pas, probablement linfirmerie. Elle se sentait mal à laise, entourée de toutes ses personnes quelle ne connaissait pas. Elle avait mal partout.
- Sanna, ça va mieux ? demanda la fille.
- Que sest-il passé ?
- Tu es entrée en classe et tu tes évanouie.
- Cest vrai... je me souviens... un peu.
Il lui fallut bien une heure pour reprendre totalement ses esprits. Des images constituant de bien mauvais souvenirs se pressaient dans sa tête. Elle essayait de les chasser de son esprit, mais dautres prenaient leur place. Elle ouvrit les yeux. Cette fois, elle était victorieuse sur le ring ! Toute image indésirable était partie. À la place se dressaient des murs blancs. Des murs dune stérilité oppressante.
- Sanna... que test-il arrivé ?
- Rien de grave, ne vous en faites pas.
- Sanna, tu es arrivée en sang. Tu tes fait battre ?
Elle ne répondit pas. Elle réfléchissait à ce quelle pourrait bien leur raconter.
- Je peux rentrer chez moi ?
- Oui, mais avant, dis-nous ce qui test arrivé.
- Je ne sais plus très bien. Il faut que je réfléchisse. Je croyais que je pourrais suivre les cours, mais pas dans cet état... Je vais rentrer chez moi.
La prof essaya encore de lui faire dire ce qui lui était arrivé, mais elle ny parvint pas. Sanna était têtue.
- Je te ramène chez toi. Tu es venue à pieds ?
- En voiture.
- Tu as ton permis ?
- Oui. Il est chez moi, je ne le prends jamais avec moi.
En réalité, elle avait un permis militaire. Il fallait bien quelle sache conduire pour les missions qui lui étaient attribuées.
Elle retourna à lécole dès le lendemain, sans prendre en compte les conseils de sa prof. Ses blessures étaient un peu moins visibles et elle se sentait de nouveau en pleine forme. Elle était habituée à subir des épreuves.
Dès quelle arriva dans la cour décole, tous les élèves lui arrivèrent dessus pour voir comment elle allait. Apparemment, ils laimaient quand même bien.
- Il test arrivé quoi, hier ? demanda un garçon quelle navait pas remarqué.
Elle ne se gêna pas de le toiser sauvagement de la tête aux pieds avant de répondre. Elle adorait faire ça. Cela rendait tout le monde mal à laise.
- Comment tappelles-tu ? éluda-t-elle.
- Gregory. Tout le monde mappelle Greg. Alors ?
- Quoi, alors ? Ce que javais hier ? Oh ! Pas grand-chose.
- Mais plus précisément ? Je suis journaliste pour le journal de lécole.
- Journaliste... Je naime pas les journalistes. Moins ils en savent plus ils en disent, grommela-t-elle. Je vous le dirai peut-être... une fois. Pas pour le moment. Jaime trop le suspens, vois-tu. Et puis, à quoi cela tavancerait-il dêtre au courant de toutes mes histoires ? Cest aussi un peu comme dans les bons thrillers : la victime ne dévoile pas ce qui lui est arrivé de peur de se faire descendre.
- Tu as peur de te faire descendre ? demanda-t-il.
- Non, répondit-elle en plongeant ses yeux dans les siens. Mais je nai aucun intérêt à te dire quoi que se soit... Je ne te connais pas. Tu nas rien à faire dans ma vie, ajouta-t-elle froidement. Maintenant, laisse-moi tranquille.
Il soutint son regard :
- Tu viens au restaurant avec moi, ce soir ? Nous pourrions discuter...
- Pas question. Jai horreur daller au restaurant. Mais tu peux venir chez moi. Ce nest pas que ça me fasse plaisir, mais le temps passera un peu plus vite.
Greg et Sanna discutaient depuis un moment quand on sonna à la porte. Sanna nhésita pas à répondre, même si elle avait un mauvais pressentiment... qui se justifia. Elle soupira : cétait lhomme qui lavait battue.
- Que veux-tu, ordure ? demanda-t-elle, oubliant Greg, qui était à la cuisine.
- Connaître ta réponse. Je nai pas lhabitude de patienter.
- Ce nétait pas une raison pour me mettre au tapis, hier. Mais maintenant, nous sommes quittes. Ne crois pas que je vais changer davis. Jai dit non, cest non. Je ne marchande pas avec les imbéciles.
- Fais attention à ce que tu dis, beauté.
- Tu mappelles "beauté" encore une fois, et cest moi qui te fais une beauté.
- Que me ferais-tu ?
- À toi de savoir... Maintenant, casse-toi.
- Je nen ai pas lintention. Je nai plus aucune raison de te laisser en vie.
Il lui envoya un coup de poing dans lestomac. Elle se mit à tousser. Ses blessures, nétant pas bien cicatrisées, se rouvrirent encore une fois. Elle se reprit et lui envoya un coup de pied dans le tibia assorti dun coup de poing dans le nez. Avant quil ne reprenne ses esprits, elle avait saisi son .38 et len menaçait.
- À ta place, je décamperais. Si par hasard je tousse et que le coup part, cest toi qui te retrouves avec une balle dans le corps. Crois-moi, cela ne fait pas du bien.
- Tu me laisses partir ?
- Momentanément. Je nai encore rien pour tinculper. Mais compte sur moi pour trouver ce dont jai besoin et là, je ne te raterai pas. Il ny aura pas besoin de procès, tu peux me croire. Tu seras mis à lombre pour le restant de tes jours.
- Très belle perspective ! Mais nimagine pas que je vais me laisser faire ! Jai déjà eu ton associé, je taurai aussi.
- Je me trompais, avant, quand je disais que nous sommes quittes. Nous ne le sommes pas tout à fait. Je taurai, fais-moi confiance. Tu naurais jamais dû agir comme tu las fait, constata-t-elle calmement. Maintenant, casse-toi ou je tire ! hurla-t-elle, brusquement en colère. Je suis tireuse délite, au cas ou tu laurais oublié !
Il décampa. Sanna claqua la porte, sappuya dessus en pleurant. Greg entra dans la pièce. Il avait les traits tendus et Sanna devina quil avait tout entendu.
- Qui était-ce ? demanda-t-il.
- Je ne peux pas te le dire, ce serait te condamner. Greg, si je te dis quelque chose et que cette masse difforme lapprend, tu regretteras de mavoir connue. Sil ten laisse le temps, précisa-t-elle en laissant son .38 glisser sur le canapé.
- Sanna... tu peux me faire confiance.
- Justement pas. Je ne peux faire confiance à personne. Figure-toi que Drake était de mon côté, il y a quelques années. Mais maintenant, il est passé du côté des méchants et je te jure quil en est fier.
- Jai compris dès que je tai vu que tu nétais pas comme les autres filles de ton âge. Tu as quelque chose de plus. Lhomme qui était là, avant... il a parlé dun associé...
- Tu veux savoir, constata-t-elle en souriant, mais toujours en colère. Je vais te le dire. Mais je te préviens que si tu le mets dans un de tes articles, tu cours non seulement à ma perte mais aussi à la tienne ! À lépoque, javais un associé. Mais Drake la froidement abattu, un soir dautomne... Je men souviens comme si cétait hier : javais mon pistolet à la main... je nosais pas tirer... il était en face de moi... je lui ai dit de se rendre, il a tiré... mon associé cest interposé entre la balle et moi... quand il sest effondré, jai pris sa tête entre mes mains. Il est mort. Alors jai juré, hurlé que je le vengerais. Et au loin, un loup sest mis à chanter. Sa complainte ma fait penser à une marche funèbre...
Elle avait parlé de plus en plus vite, dun accent de plus en plus sourd. Elle soupira et essaya de reprendre son calme habituel. Elle redevint impassible.
- Jai beaucoup changé, depuis laccident. Je me suis endurcie, je me suis fermée au monde qui mentoure. Je ne parle plus à personne. Lesprit de vengeance me ronge inexorablement, comme une maladie. Nuit et jour. Personne ne comprend. Personne ne sait ce que jéprouve. Je suis seule... face à un mur dincompréhension. Jai toujours été certaine que sil me tombait sous la main, je labattrais aussi froidement que lui avait abattu mon associé. Et tu vois, je lavais à ma merci et je lai laissé partir. Je nai pas eu la force de tirer, et je men félicite. Cest mieux comme ça. Je naime plus tellement la violence. Je ne me suis jamais avoué que Richard était vraiment mort. Jessayais de me persuader du contraire. Ce nétait peut-être pas une excellente idée, jen conviens. Mais on ne peut défaire ce qui est fait. Maintenant, cest comme sil était mort une deuxième fois.
Il y eut un moment de silence.
- Tu as eu raison de le laisser partir. La violence nest pas une solution objective.
Elle sourit.
- Pas si sûr...
- Sanna ?
- Oui ?
- Tu nas pas exactement répondu à ma question ! Je sais que ça doit être difficile pour toi, mais... comment as-tu connu ce type ?
- Si je te le dis, est-ce que tu me promets que tu ne le mettras pas dans le journal ?
- Oui.
- Alors je vais te le raconter. Après tout, quai-je à perdre ?
Elle lui raconta sa mission, tout ce qui s'était passé lannée précédente. Greg fut très impressionné. Quand il rentra chez lui, lidée lui oppressante lui vint à lesprit : avec ce que lui avait raconté Sanna, il pouvait écrire un article génial, remporter le prix "journaliste en herbe" de lécole. Il écrivit son papier en mettant le nom de Fiona à la place de celui de Sanna. Il réfléchit un moment avant dimprimer son article. Fiona... oui, cétait bien comme ça que Sanna lui avait dit que son associé lappelait. Il relut son uvre. Non, ce nétait pas encore assez spectaculaire. Mais s'il expliquait aussi dans larticle ce que Sanna allait faire pour avoir Drake, ce serait encore mieux ! Et publier cela sous forme dépisodes, ce serait encore bien plus captivant ! Les gens attendraient impatiemment la suite du feuilleton pour pouvoir savoir comment ça se passerait pour Sanna... Pas une seule fois il repensa à Sanna et à ce quelle lui avait dit à propos de ce quil était en train de faire.
Le premier épisode devait paraître dans le journal de la semaine.
Sanna navait pas revu Drake depuis plus dun mois. Elle sinquiétait de plus en plus. Elle savait bien quil ne lavait pas oubliée. Il préparait un piège, cétait sûr. Mais comment le déjouer ? Elle ne savait pas où il habitait. Elle sétait renseignée, personne ne lavait vu. Même aux services secrets, on avait perdu sa trace. Elle commençait même à douter de son plan. Allait-elle vraiment l'exécuter ? Nétait-ce pas trop risqué ?
Elle ignorait tout des agissements de Greg. Elle avait remarqué quil était parfois un peu bizarre, mais elle ny faisait pas vraiment attention, plongée dans ses pensées.
Drake arma son revolver. Sanna sursauta et se retourna. Une expression dhorreur et de surprise se peignit sur son visage. Comment se pouvait-il que Drake soit ici ? Comment avait-il pu être au courant de ses projets ? Greg laurait-elle trahi ?
- Une question, Drake. Comment as-tu pu être au courant de mes plans ?
- Daccord. Mais avant, je veux que tu saches quelque chose : je suis très peiné de devoir te tuer. Je te trouve sympa. Tu aurais dû passer de lautre côté avec moi. Et puis, si je navais pas lu le journal de ton école, jamais je naurais pu sortir de la toile daraignée que tu mavais tissée. Mais voilà, cest le méchant qui triomphe.
- Le journal de lécole ?
- Oui ! Greg y a expliqué la mission de lannée passée et tous les plans de Fiona.
Elle enleva sa casquette noire et hurla le cri de mort des Apaches, ultime affront, avant de se figer pour léternité.
Greg relisait les articles qui avaient tué Sanna. Si seulement il avait su faire passer la raison avant lorgueil, réfléchir avant dagir... mais il était trop tard. Sanna était morte, autant par sa faute que par celle de Drake.
On ne sait ce qui se passa après. Peut-être retrouva-t-on Drake. À vous de savoir !
©1995-99
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