- Va-t-il mieux, docteur ? demanda madame Dermin.
- Oui, il est rétabli,
mais totalement amnésique ! Mais je pense qu'il pourra facilement
reprendre son travail. D'ailleurs, la seule chose dont il se souvient encore
un peu, c'est le code pénal et tout le reste.
Un pêcheur avait retrouvé
Fred Dermin près du lac. Grâce à ses papiers, le SAMU
avait pu l'emporter à l'hôpital et prévenir sa femme.
Fred était flic depuis longtemps.
Ses collègues étaient
complètement déroutés dans leur enquête. Un
corps près d'un lac. C'était étrange. En plus Fred
était amnésique, alors il ne pouvait leur être d'aucune
aide ! Trop d'effort et un choc brutal, la voilà la raison de son
amnésie.
Madame Dermin retourna chez elle
avec son mari et ouvrit la boîte aux lettres :
- Des factures, des factures, des
factures et encore des factures ! Et dire qu'on est sans le sou depuis
deux mois !
Elle le guida jusqu'à la
chambre et retourna au salon fouiller dans ses économies pour payer
les factures.
Cette nuit-là, Fred fit
des rêves bizarres. Mais le plus étrange apparut vers 2 heures
du matin. Il était assez bref, mais angoissant : un visage criant
à l'aide, un jet de sang sortant du front de ce visage, Fred qui
l'empoigne, le met sur ses épaules et ... Fred se réveilla
en sursaut avec toujours cette tâche de sang glauque devant les yeux.
La tâche respirait en plus. Fred cria.
- Que se passe-t-il ? ! demanda
madame Dermin alertée par le bruit qu'il faisait depuis dix minutes.
- Rien, rien, ça va ! Mais
en me réveillant j'ai vu ta chemise de nuit rouge et j'ai pris peur ! Mais ne t'inquiète pas, je vais me rendormir... Bonne nuit !
Mais cette nuit-là, Fred
ne dormit plus. L'homme du rêve l'obsédait. Il l'avait déjà
vu quelque part avant son amnésie ; mais où et quand ? C'est
ce qu'il se demanda pendant le restant de la nuit...
Le lendemain, sa femme le réveilla
pour qu'il aille au boulot. Etre flic, c'est pas simple, mais Fred se souvenait
à peu près de tout. En rentrant au commissariat, il fut accueilli
par ses collègues :
- Salut, ça va ? Tu te souviens
de nous ?
- Ecoutez les gars, laissez-moi,
faut que je bosse !
- Ben, justement on avait une
affaire à te confier. C'est bizarre : un bijoutier a disparu avec
la moitié de ses bijoux !
- Je vais essayer de m'occuper
de ça ! Pourrais-je voir la fiche d'identité du bijoutier ?
- Ouais, tiens :
NOM : CLINQUANT
PRENOM : ARMAN
POIDS : 75 kg
SEXE : garçon
TAILLE : 1,65 m
NATIONALITE : française
Mais ce qui attira le plus l'attention
de Fred, c'était sa photo : l'homme du rêve ! Fred se sentit
mal à l'aise. Tout le rêve lui revint en tête, puis
il fut sorti de ses songes par son secrétaire :
- Je cherche le dossier de l'affaire : "le tueur fou" ! Où j'pourrais le trouver ?
- Cherche dans mon bureau, dit
Fred, je ne vois pas vraiment de quoi tu parles, mais ça doit y
être !
Le secrétaire, Henri Spec,
y alla, et ouvrant un tiroir, il découvrit une mine de prospectus
pour Tahiti. Ses plats régionaux, son charme, ses baignades, ses
vahinés, ses palmiers, ses touristes, tout y était !
Amusé, Henri trouva ce
qu'il cherchait.
- C'est bon, peut-être pourrait-on
aller sur les lieux du crime pour essayer de trouver quelque chose ? demanda-t-il.
- Au fait, questionna Fred, pourquoi
m'avez-vous choisi pour cette affaire ?
- Avant ton amnésie, t'étais
un véritable Sherlock, alors on a pensé à toi !
- OK, les mecs, j'y vais.
Quelques minutes plus tard, Fred
était en voiture avec son secrétaire. Henri lui dit :
- T'es un fan de Tahiti, toi !
Je me trompe ?
- Nan, tu t'trompes pas ! C'est
là-bas que je veux aller moi ! Pas dans cette ville pourrie ! Mais
j'ai pas assez de pèze pour ça ! Tu comprends ? ! Tiens,
on est arrivé !
- Quoi, mais t'as même pas
déplié le papier avec l'adresse !
- Je dois me souvenir du plan
de la ville. Mais c'est vrai que c'est étrange ! Tout est étrange ! Figure-toi que cette nuit j'ai rêvé que je tuais le bijoutier ; avant même que vous me montriez sa photo et que vous ayez parlé
de l'enquête !
Henri ajouta :
- C'est vrai que c'est délirant ! Au fait tu sais, il n'y a qu'une affaire que tu n'aies pas résolue,
il chercha les clés de la vieille Peugeot et continua, tu prétendais
avoir coincé dans un entrepôt abandonné le dénommé
Bernard Brillo qui est receleur. Tu racontes qu'il t'a donné un
coup dans l'estomac et a profité de ta douleur pour sortir par une
fenêtre. Mais, moi j'ai trouvé ça louche que le légendaire
Fred Dermin se laisse avoir par un vulgaire receleur.
Alors trois jours après
que tu nous aies raconté ça, je suis allé faire mon
enquête dans l'entrepôt. il comporte huit fenêtres. Trois
sont inaccessibles, car trop hautes et quatre autres sont trop petites
pour Bernard.
Il reste donc une fenêtre ! Mais devant cette fenêtre, il y avait une couche de poussière
moins épaisse que les autres. Ce qui signifie qu'une caisse se trouvait
à cet endroit, donc devant la fenêtre. Je ne pense pas que
Bernard soit sorti par là ! T'as quelque chose à cacher,
n'est-ce pas ? !
Si jamais la mémoire te
reviens « par hasard », parle m'en. J'aurais la satisfaction
de savoir que tu n'es pas aussi honnête que tu en as l'air ! Réfléchis !
Henri avait dit tout cela en refermant
la voiture, en essayant vainement d'ouvrir la porte de la bijouterie. Fred
soupira devant tant de bêtise. Il lui dit :
- Hé, Henri, t'es myope
ou quoi ? ! Rentrons par la vitrine, elle est déjà brisée !
- Qui l'a brisée ? demanda
Henri d'un air interrogateur.
- A ton avis, crétin ?
Le voleur sans aucun doute !
Henri enjamba la vitrine. Quand
Fred fit de même, son cerveau lui sembla prêt à exploser,
puis un bref flash fit apparition dans sa tête : il se vit en train
d'enjamber la fenêtre de sa maison, l'arme à la ceinture,
puis remonter la rue de l'Amiral Bout-en-train, pour arriver, devinez où
? Devant la bijouterie, bien sûr !... Fred aurait bien aimé
connaître la suite de ce flash, mais son secrétaire le tira
de ses songes pour la seconde fois de la journée :
- Regarde, ça serait pas
des taches de sang ?
Fred finit de rentrer dans la boutique,
et examina le sol de plus près : on y voyait de tâches de
sang séché, clairsemées.
- Je pense qu'elles appartiennent
au bijoutier, dit-il. Mais il faudra vérifier !
- Au fait, demanda Henri d'un
air accusateur, tu ne m'as pas dit que tu avais rêvé que tu
le tuais ce bijoutier ? Et si ce n'était pas seulement qu'un rêve
? !
- Ne va pas croire ça !
Ca m'étonnerait ! Y'a rien d'intéressant dans c'te boutique,
moi je me barre ! J'en ai assez fait pour la journée ! Le médecin
m'a dit d'y aller progressivement ! Tu feras le bilan au boss ! Salut !
En fait si Fred partait si tôt,
c'est parce qu'il était à présent persuadé
qu'il avait commis un ou même plusieurs méfaits avant son
amnésie. C'est son flash et son rêve qui l'avaient convaincu.
Alors il voulait passé pas mal de temps à découvrir
la vérité. Car si tous ces mystères n'étaient
pas éclaircis dans une semaine...
- Faut que je sache ce qu'il s'est
réellement passé et que je me taille ! se répétait
sans cesse Fred sur le chemin du retour.
En rentrant chez lui sa femme lui
lança :
- Hé chéri, j'ai
découvert cela dans le grenier en faisant le ménage !
Madame Dermin parlait d'un long
papier enroulé et attaché avec un ruban rouge.
- C'était tombé du
coffre où sont rangées tes affaires personnelles. Je ne te
le rends que si tu enterres l'oiseau qui est venu mourir ce matin dans
le jardin !
- Au point où j'en suis,
soupira Fred.
Il prit la pelle que sa femme lui
tendit puis creusa. C'est alors que pour la deuxième fois de la
journée il se souvint d'une action en en faisant une autre. Le flash
se déroula comme la fois précédente. Il se vit en
train d'enterrer le cadavre du bijoutier. A côté de lui se
trouvait un trou avec des bijoux magnifiques. Il était dans une
caverne sombre. Au loin, se dressaient d'immenses falaises. Et près
de ces falaises, il y avait... un lac ! Le flash s'arrêta. Fred continua
de creuser comme si de rien était. Puis il enterra l'oiseau
et sa femme lui donna le grand parchemin. Fred l'ouvrit.
On pouvait y lire :
Moi, Bernard Brillo, m'engage
à vendre des bijoux sans faire aucun bénéfice pour
monsieur Fred Dermin. A condition que celui-ci me laisse libre et en paix.
Signé Bernard Brillo, receleur.
C'est alors que Fred comprit toute
l'histoire : en rassemblant les pièces du puzzle, cela donnait ça : il sort de chez lui, l'arme à la ceinture pour aller cambrioler
la bijouterie. Le bijoutier crie à l'aide. Histoire de ne pas réveiller
tout le quartier, Fred l'abat d'une balle dans la tête avec son revolver
muni d'un silencieux. Il se rend au lac bijoux. Il comptait attendre un
mois ou deux afin que l'affaire se tasse, puis tout vendre à quelqu'un
par l'intermédiaire de Bernard Brillo. Celui-ci avait accepté
le marché car Fred le laissait en paix. Fred marche un peu et s'écroule
près du lac à cause de l'effort.
Il raconta tout à sa femme.
Elle ne broncha pas. Elle était plutôt heureuse d'avoir des
richesses à la clé. Il lui dit :
- Prépare les bagages, je
vais chercher les bijoux ! Je retrouverai le lac facilement grâce
aux plans qui sont dans la voiture. A tout de suite !
Il revint une trentaine de minutes
après avec les bijoux et son arme en disant :
- Le flingue, c'est pour les emmerdeurs !
A ce moment-là, Fred et
sa femme entendirent dans un porte-voix :
- C'est la police ! Rendez-vous
sans histoire ! La maison est encerclée ! On n'hésitera pas
à tirer !
- Merde ! Attends-moi, j'arrive !
Il grimpa au grenier et redescendit
avec deux gilets par balle.
- Je les ai récupérés
dans la poubelle du commissariat en pensant qu'ils serviraient un jour,
expliqua-t-il. J'ai eu raison !
Peu après, leurs gilets
enfilés, les bagages et les bijoux sur leurs épaules, monsieur
et madame Dermin fonçaient dans le tas de flics. Fred sortit son
arme et tua quelques collègues au passage, ainsi que les policiers
qui gardaient la voiture. Les poulets eurent juste le temps de voir la
vieille Peugeot démarrer au quart de tour et tourner à gauche
au premier carrefour.
Tililit ! Tililit !
Fred sortit son portable de sa
poche.
- Allo qui est au bout du fil ?
demanda-t-il méfiant.
- A ton avis ! Moi Henri ! Sais-tu
comment tes amis les flics ont su la vérité ?
- Non, avoua Fred.
- Je t'ai suivi avec quelques
collègues et on t'a chopé en train de prendre le magot !
- Tant mieux pour toi ! Une longue
carrière de flic t'attend, ricana Fred. En tous cas, moi je pars ! Bye bye Henri !
Quelques policiers formaient des
barrages sur la route car on les avaient prévenus. Fred les extermina
tous !
Le surlendemain dans le bureau
du commissaire :
- J'y comprends rien ! On a lancé
des recherches et fouillé partout ! Où est Fred et sa femme ! Ils ne se sont pas évaporés dans la nature tout de même !
Toc, toc, toc !
- J'peux entrer boss ? Je suis
Henri Spec, le secrétaire de Fred.
- Entrez !
- Je sais où sont Fred
et sa femme !
- Mais où ? Je ne vois
vraiment pas où ils peuvent être ; nous avons fouillé
partout !
- Hé bien, moi, je sais
, s'exclama Henri. Ils sont ici ! dit-il en montrant un prospectus pour
Tahiti qu'il tenait dans sa main.
The end ?