Tout a commencé très simplement. C'était par une chaude soirée d'été, l'atmosphère
était lourde, mais pas d'orage en vue, juste la chaleur, écrasante.
Tout a commencé vers la vingtième heure du jour, le plus simplement du monde.
Rien qu'un regard empreint de joie, de bonheur et de simplicité. Tout était si pur,
comme dans un rêve...
Tout a commencé le plus simplement du monde, lorsque j'ai commencé à vivre, c'est
à dire, il y a six mois environ.
Rien qu'une ébauche, une esquisse.
Alors on s'est aimé, comme on aime un bon livre, tout en douceur, calme, si sage
! On a tourné les pages au fil des jours, très lentement pour préserver les lettres
accoudées dessus... Où chaque faute trouvée serait un autre défi à relever, et où
on écrirait notre histoire, dans l'air du temps, sur l'aile du vent.
Tout alors a continué, aussi simplement que tout avait commencé, dans une sorte d'euphorie,
de plénitude additionnée de nonchalance.
Ce soir d'été cuisant et rouge, où le soleil dédaignait à aller se coucher, gardait
en lui la sublimation d'une nouvelle ère, coulant à nos pieds. Depuis quelques instants,
il s'était glissé en sa dulcinée, douce, bleue et chantante, et avait revêtu son
grand manteau de nuit.
Le pittoresque théâtre de nos confidences s'était trouvé ici, sous la protection d'un
soir baigné de lune, estival. Ce fut une nuit éclatante, sans une étoile, du plus
bel indigo...
Outre la découverte de ce nouveau monde qui s'ouvrait à mes pieds, le mardi fut pour
moi le premier jour de ma vie.
J'y rencontrai Europe - qui aujourd'hui m'appartient - puis plus tard, Jérôme.
Si Europe fut une révélation, Jérôme
fut une apparition. Il
me sembla alors sorti d'un tableau, tel une icône. Je me disais que c'était un ange,
avec ses cheveux blonds, ses yeux noisette qui riaient tout le temps, son sourire
si jovial... Je ne trouvai plus les termes pour le qualifier sinon, merveilleux,
romantique. Je passai chez lui
une soirée fantastique, m'amusant à le taquiner, ou répondant à une foule de questions.
Bien plus que de l'amour, c'était un bonheur empreint de respect que je ressentais
pour ce premier garçon que je rencontrais.
J'avoue que depuis, ma vie a changé.
Je me laissai aussi séduire par la beauté brune d'Europe, petite jument baie, tout
simplement sublime ! Europe est si dynamique, franche, si sage, si douce... Ah ! Mon
Europe ! Quand elle pose sa jolie tête sur mon épaule, j'en deviendrais dingue tant
je l'adore ! Je suis prête à penser qu'elle est la plus belle ! Et... je l'élis d'office
Miss Europe !!!
Il est de ces plaisirs qui ne s'expliquent pas, de ces plaisirs ridicules, absurdes,
empreints de drôlerie ou même de bizarrerie. De ces plaisirs dont je vous parle,
il en est un qui me fait une réaction brusque; une décharge d'adrénaline; je parle
de celui de monter à cheval. Sentir la chaleur de sa monture, la vapeur qui l'entoure lors
des randonnées hivernales, la douceur de ses grands yeux gris, la sagesse de ses
traits ou encore la bonté de son caractère...
Et ensuite, sauter à terre, sentir le tressaillement de l'animal, débarrassé de sa
charge et seul aussi, tant la complicité qui nous lie est grande. En fait, je suis
centaure.
Nous ne sommes plus qu'un. Ce contact m'est essentiel. Il faut que je sente sous mes
doigts son poil brillant et soyeux, que j'entende son feulement rauque, quasi-inaudible,
que je sente sa tête sur mon épaule et la chaleur de son haleine sur mon cou... Je pourrais citer d'autres plaisirs, comme celui d'épier ses manies - par exemple, replier
un antérieur lorsqu'elle mange au râtelier et que sa nourriture lui convient - se
plier à ses désirs, faire fi de ses humeurs.
Oui... Europe est comme une grande image devant les yeux, un appel d'amour et d'espoir,
qui me rappelle que la vie est belle, quoi qu'il arrive !!
Elle est en mon jardin secret la plus belle des fleurs, mon plus beau trésor. Et cette
fleur n'a de cesse de s'épanouir au cours du temps...
À cette époque de ma nouvelle vie, je ne distinguais plus l'amour du bonheur, et
je puisais mon espoir en l'ivresse diurne des heures frémissantes durant lesquelles
je me laissais aller à la rêverie.
Chaque jour que je voyais alors poindre au coin de me fenêtre me paraissait plus beau
encore que le précédent. Et ainsi, chaque nuit l'espoir de revoir le lieu de tous
mes souvenirs, faisait naître en mon coeur les plus beaux rêves.
J'ai une amie. Elle se nomme Elise et elle est... formidable ! Elle est tout ce que
je ne suis pas, ou ne supporterais pas d'être une seule seconde, surtout plus qu'exubérante !
Lorsqu'elle vous fait face, c'est toute sa joie de vivre, son bonheur qui se coule
en vous...
J'aime aussi écrire, j'ai une passion turbulente pour la poésie et tout ce qui ressemble
de près ou de loin à un livre, un crayon, ou une feuille de papier.
Au lycée, mon amour pour les maths a déjà bien des fois causé ma perte !
J'en suis parfois venue, les jours de grande détresse, à espérer une retraite heureuse
dans mon univers imaginaire !!
Pêchant quelques mots le matin (je déjeune très peu, à la fraîche...), deux ou trois
citations au déjeuner, et un roman de Pennac au souper !!!
Mais, d'un autre côté, je voue un culte sans limites (si ce n'est ma propre mort...)
à La Langue Française.
Voici donc, à peu près, le monde dans lequel j'évolue, tout de satin, de douceur
et de
calme. Avec autant d'amis qu'il s'en faut pour bien s'amuser, tout roule pour moi !
Quand on aime vraiment, avec toute la fougue de notre belle jeunesse, il ne suffit
que d'un regard pour être compris !
J'aimerais encore et encore pouvoir le
regarder, une éternité, sans même bouger, rien qu'en étant là, et, les yeux dans
ses yeux sages et doux, sonder son âme et le voir différent à chaque fois. Non pas
le "lui"
charnel, mais le fond de sa pensée, mais mettre ainsi son coeur à vif, qu'entre nous
il n'y ait plus eu aucun mensonge, en sachant tout de l'autre, mais en ayant encore,
chaque fois, quelque chose à découvrir.
J'ai vécu avec une perpétuelle impression de doute, au risque même de perdre le seul
pied qu'il me restait alors sur terre, je croyais totalement rêver en pensant à lui
, alors que, de fait, je me fourvoyais chaque jour un peu plus quant à cet amour,
que je considère aujourd'hui comme ayant été, d'entrée de jeu, impossible. Hélas,
l'Amour et ses mirages !
Tout avait commencé, un si beau soir d'été, dont la chaleur, encore dense, et le
silence étaient durs à supporter.
Et les jours ont passé, le temps des heureuses retrouvailles s'est doucement coulé
dans le passé...
Je me rendais bien compte qu'un fil invisible mais hypersensible, si par mégarde on
le frôlait, tendait à nous rapprocher inlassablement des qu'on se retrouvait seuls.
Tout ce dont j'avais avidement rêvé, tout devenait hostile, sauvage; tout me glissait
entre les mains, et par la même occasion la seule chance - on appellera cela comme
on voudra ! - de pouvoir vraiment lui
prouver mon amour.
Il est tard et la nuit est d'encre en ce mois d'octobre, et j'écris, pour éradiquer
ce mal affolant qui me ronge, pour tuer l'envie de vengeance qui s'est instaurée
entre mon coeur et moi.
Il émane pourtant de lui une sensation de bonheur intense, mêlé à une force invincible,
pas tout à fait exempte de fierté...
J'écris, juste comme ça, pour dire d'écrire parfois, par bonheur, souvent. Il me
plaît de plaquer cette encre bleue opaque contre le carreau de ma feuille, malgré
les cris de douleur de mon stylo.La feuille, elle, souffre, hurle; je sais qu'elle
a mal, et pourtant, je ne la délivre pas.
Pourquoi ?Peut-être pour exorciser ce mal qui me ronge depuis peu.
Je sens le papier qui frémit, se tord de douleur, au fond de moi, je ressens un plaisir
certain à l'écorcher de la sorte à lui entrer mes mots dans sa chair pour qu'il s'en
rappelle.Bien que parfois, à cours d'idées, j'abrège de quelques signes ses souffrances, au grand maximum de quelques heures, puis ensuite, l'instrument de torture en
main, je reprend mon "sale boulot".Il me plaît assez, je l'avoue sans honte, d'être
ce bourreau impitoyable.
Soudain, ce qui aurait du se produire depuis longtemps déjà arriva... Elle a vu
briller, en une fraction de secondes, la lame éclatante de cette folle que je suis,
au dessus de son grain
satiné. Elle a bien essayé de s'évader, mais peine perdue: alors, résignée, elle a
attendu son heure.Entravée par ma poigne d'acier - elle aussi ! - toute possibilité
de fuite lui était dès lors retirée.
Alors, moi, grande sentimentale, j'ai pas pu résister...
Je crois bien, que dès que je sus lire, j'aimai profondément cette activité, qui
tenait alors plus lieu de cérémonie que de simple passe-temps, de la même manière
que que ces objets qui me tiennent lieu d'amis, que tout un chacun nomme communément
et gentiment "ses bouquins".
Le livre est un outil quotidien comme un plaisir de tous les instants.
Avez-vous déjà touché un livre, vraiment palpé; non pas retiré d'une étagère pour
l'emprunter à la bibliothèque; senti sous vos doigts sa peau si fine, l'épaisseur
de ses pages, la couleur de ses mots, l'encre de ses rêves ?
La lecture permet de s'affirmer, de se démarquer des autres, tout en offrant au
lecteur un plaisir, une émotion confuse... C'est un peu comme une passerelle entre
deux mondes.
Avez-vous déjà lu, profondément, intensément, de toute votre âme ?
Non pas feuilleté, regardé, lu par obligation, survolé ou autre chose encore, mais
vraiment lu, avec fougue, avec émotion, avec tout le feu de la jeunesse ?
Alors, dans les moments d'extase, de fécondité intense, si la page râle, franchement,
qu'importe ?
Il me faut pourtant écrire, écrire, gribouiller des phrases douées de sens que pour
moi-même, encore et encore. Je ressens chacune des lettres, qui, comme autant de
particules de moi, apposent définitivement mon sceau au bas des pages. J'écris, je
respire. J'écris comme je respire, le plus naturellement du monde. Bien des gens ne veulent
croire en ma vocation, qui est née en même temps que moi.
Je vis tous les plaisirs que la vie peut apporter, aussi minuscules soient-ils,
au jour le jour, sans me poser de questions, blottie contre la paroi d'une bulle
faite de douceur et de chaleur.
Je métaphore, je dérise, j'imagine, j'inventionne. Mon désir d'évasion me fait don
de l'ubiquité, alors, qu'importe ?
Il pleut. Le ciel jette sur moi toute sa haine et ses gouttes froides et blessantes,
se transforment en autant de coutelas. Un vent sec balaye la vallée... La pluie:
sa chaleur, sa douceur... Elle permet de réfléchir.
C'était dans une ondoyance incessante de rêves, que me conduisait mon errance, et
que mon esprit se repaissait de souvenirs douloureux, laissant derrière lui un voile
terne de tristesse trop longtemps refoulée. Au delà des mots, c'était une obsession.
Je me disait que l'Amour effaçait les différences, mêmes le plus grandes.
Sachez que ce texte bien plus qu'une simple histoire mais plutôt la fin d'une
ère, d'un mythe...
Je ne vivais que par la poésie, je m'y étais jetée corps et âme, comme pour mieux
m'y noyer par la suite!
Je prose en vers ou si vous préférez, je verse ma prose avec toute la force de
ma jeunesse sur des pages quadrillées... Simple plaisir !
Ma vie ne tient qu'à cela... Lire, écrire...
J'aime la douceur des soirées d'hiver, dans le salon de ma maison, au coin d'un
bon feu, et puis la magie des volets gris que l'on entrouvre sur un jour nouveau,
ainsi que l'intimité de ma chambre, quand rien ne va plus.
Ah ! Quelle beauté que celle de mon village, enveloppé de son manteau de nuit !
Nuit magique... Les étoiles sont amoureuses...
Nuit magique... Derrière les volets clos, j'imagine un monde peuplé de merveilles,
un pays immense et des chevaux, une foultitude de chevaux !
Nuit magique... La noirceur d'encre du ciel coule vers ma fenêtre et y répand sa part
de rêve.
Encore aujourd'hui, je pense à lui
.Alors, le silence même devient bruyant... Et le temps martèle les jours de ses heurts,
minutes, secondes. La nuit est dense, palpable. Sûrement la brume. Sous mes doigts
je sens toute la douceur de ce voile printanier.
Les plaisirs sont, de nos jours si futiles, si minuscules...
J'écris encore, malgré les larmes, malgré la rancoeur, pour expier le mal.
La vie est peuplée de petits riens.
J'ai aimé trop fort mon démon !
Tout est fini. Les mois passent, incolores, détestables. Mon coeur de jouvencelle
est bel et bien mort ! Je peuple ses silences d'incompréhension, de tristesse, de
déception.
C'est mieux ainsi.
Les jours de pluie, j'irai repeindre le ciel gris, je lui offrirai mon coeur pour
arc-en-ciel et toutes les couleurs du monde se mêleront en vapeur d'horizon.
Et puis, je repeindrai ma vie, je repeindrai d'oubli ces souvenirs maudits qui me
narguent, je repeindrai tout et l'histoire recommencera.
Un bouquet d'hirondelles flotte sur la brume. Les nuages se bousculent gentiment
dans le ciel.
Mes pages libres s'envolent, comme les hirondelles vers le soleil...
Deux mésanges charbonnières se confondent avec la cime des arbres déplumés. Il est
tôt. Mon errance me mène, là où je ne puis résolument être...
On dit qu'il faut voir loin pour voir grand. Moi, je vois tout, j'aime tout... Mais
ne vois rien au loin...
Je suis l'omniprésent Amour de Celui Qui Ne m'Aime Pas.
Les jours se fripent, inexorablement, et la lune irradie mes pensées.
Les étoiles sont amoureuses.
Je souffre en silence, de la souffrance des justes. Mille monstres tendent à se
sustenter de mon âme d'ores et déjà fébrile.
Je suis vide, vide de tout, vide de rien. Je souffre en silence, absente, inconnue
de moi. La fin est proche. La fleur arborescente du mal me dévore, me ronge.
Le Mal
est fait intense, cruel.
Je souffre en silence, mais prudence...
Je vais l'avoir ! Un vent de folie me pousse vers le futur ! Je vais l'avoir, ma
perle rare, mon
talisman, ma jument !
Ils sont là sans y être. Je suis ici, qui les attend.
L'Amour me tient chaud et l'Amour couvre mes épaules. Je suis lasse, j'ai trop
combattu, je suis cet " homme
, dudit Pascal, qui n'est qu'un roseau, Le plus faible de la nature
" mais je suis " un roseau pensant
". Je t'attends, attrappe-coeur, je t'attends, ployant sous le vent, toi, la muse
du printemps.
La bise ravive ma peine, car de lui
, je n'en ai souvenir d'aucune.
Loin de moi l'euphorie du temps passé.
Loin de moi la joie et les sourires.
La trahison et la lâchetés sont les pires vilenies qui soient mais hélas, elles sont.
La désillusion est le pire des présents.
L'oubli est la pire des insultes pour la rose éternelle.
La volupté est un péché charnel,
Lorsque l'on s'approprie ses ailes,
Pour blesser jouvencelle.
Quand l'euphorie devient délit,
Le poison devient douce mélodie,
L'Amour semble précipice,
Où noyer ses délices.
Je volais ! La majesté d'un rêve épanoui sur le monde... Je volais, sur le dos des
nuages, Pégase à mes côtés.
Lui qui m'a sauvé du naufrage, quand je fus livrée à mon propre amour, à mon amour
propre !
C'était un formidable soir d'été, j'avais attendu, espéré sans relâche. C'était
le plus beau ciel qu'il me soit donné de contempler...
C'est un soir d'automne, morne. C'est un soir affolant, lugubre, aussi froid que
lui
. Ce lui
qui se résume en des murs et des semaines de silence. Je hais l'Amour et ses frissons,
je hais sa douceur enjôleuse...
Ce sera une terrible nuit d'hiver, silencieuse et grinçante, et froide et pâle.
Le vent s'insinuera petit à petit entre nous par les interstices de la porte de secours.
J'aurai froid, de ce froid que l'on oublie pas.
Ce sera une triste nuit d'hiver, sans odeur, affreuse, cruelle.
Ma vie sera aussi triste que cela, sans Amour; monochrome, jaune, de la couleur du
bonheur passé auprès de mon dernier rêve, celui-là, bien réel : MON amie, Europe.
Mais je respire toujours, cet air de liberté des livres, et je m'accroche encore
à ces quelques parcelles de rêves qu'il me reste : la désillusion, l'errance, la
nostalgie.
Je pleure.
Je pleure les mois gâchés que j'ai passés à t'aimer.
Je croyais en l'Amour, aveuglément.
Je croyait ses promesses, je buvais ses paroles.
J'aimais l'Amour, simplement. Adieu.
Je veux être délivrée de si lourd fardeau, je veux survivre à l'injustice, l'hypocrisie,
la tyrannie.
Je l'aimais à l'infini... Comme jamais... Adieu. Adieu, à jamais, pour toujours.
C'est un soir gris, comme tant d'autres. Ce fut un jour gris, comme tant d'autres.
Jérôme
fut un beau rêve, comme tant d'autres.
Une nuit sombre et angoissante me happe. Une nuit sale, froide, poisseuse, qui
me colle à la peau, aussi terne que l'hiver...
Je hais l'Amour et ses promesses.
Je suis seule. L'Amour est gravé en moi, me hante... Je sens sur ma peau la brûlure
intense de ses larmes indolentes. Je sens mon coeur qui se serre malgré mes efforts.
Il me faut oublier, rayer de ma vie ces instants de bonheur et de rage...
Simplement, adieu.
La nuit éclaire,
Mes pensées,
D'une noirceur amère.