C'est vrai j'ai peur, extrêmement peur. Mon voisin dort, une visière sur les
yeux. Moi je suis calée au fond de mon siège. Les mains plaquées sur les
accoudoirs. J'attends l'instant de l'horreur. Bientôt une hôtesse passe près
de moi pour me donner une boisson. Je prends une grande bouteille d'eau que je
termine très rapidement. Les minutes s'écoulent lentement, j'ai de plus en
plus peur. Mon voisin se réveille et enlève sa visière. Les hauts parleurs me
crachent les mots qui hantent mes nuits.
Nous allons atterrir...
Je serre ma ceinture au maximum, je pose un oreiller sur mes genoux et
raccroche ma tablette. Je prie pour que mon masque à oxygène fonctionne bien.
Je vérifie si mon gilet de sauvetage est là. Tout va bien pour l'instant.
L'hôtesse passe à côté de moi et demande à mon voisin de relever son siège.
J'en profite pour lui demander :
- Mademoiselle, les toboggans sont opérationnels ?
- Oui, évidemment, me répondit-elle.
- Et... Et le pilote va bien ?
- Oui très bien.
Elle s'en va. Je cache tant bien que mal ma peur mais j'ai envie de hurler, de
crier que je veux être chez moi avec ma famille. Je prie le ciel que tout se
passe bien.
Les trains d'atterrissage sont sortis. Très bien, tout va bien. J'essaie de me
persuader que tout va bien se passer mais j'ai de plus en plus peur. Des
milliers d'images défilent dans ma tête, des images d'avions écrasés. Mon
frère est mort dans un accident d'avion, un train d'atterrissage n'était pas
bien sorti et ça avait été une catastrophe, pas un survivant. Mon frère...
Mort, effacé de toutes les mémoires.
Ca y est, le sol s'approche à une vitesse vertigineuse. Mon voisin n'est pas
inquiété du tout et moi... Moi je n'ose pas regarder par le hublot. Nous nous
approchons, de plus en plus près... Nous touchons le sol, je ferme les yeux.
Le bruit me crèverait les tympans. C'est insupportable, les trains
d'atterrissage crissent sur le béton en faisant ce vacarme infernal. Je tourne
la tête dans tous les sens. Mes oreilles sont bouchées, je suis bloquée sur
mon siège, impossible de bouger. Et puis l'avion freine. Le bruit cesse, mes
oreilles se débouchent et on nous annonce que nous pouvons détacher nos
ceintures. Mais je la garde jusqu'à la fin.
L'atterrissage s'est passé sans problèmes, je remercie le ciel de m'avoir
épargnée et sors enfin respirer l'air pur hors de l'appareil. Je me sens
mieux... jusqu'au prochain vol.