JEUNES ÉCRIVAINS
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L'atterrissage


une histoire écrite par
Marie, 12 ans
août 1998


   C'est vrai j'ai peur, extrêmement peur. Mon voisin dort, une visière sur les yeux. Moi je suis calée au fond de mon siège. Les mains plaquées sur les accoudoirs. J'attends l'instant de l'horreur. Bientôt une hôtesse passe près de moi pour me donner une boisson. Je prends une grande bouteille d'eau que je termine très rapidement. Les minutes s'écoulent lentement, j'ai de plus en plus peur. Mon voisin se réveille et enlève sa visière. Les hauts parleurs me crachent les mots qui hantent mes nuits.

   Nous allons atterrir...

   Je serre ma ceinture au maximum, je pose un oreiller sur mes genoux et raccroche ma tablette. Je prie pour que mon masque à oxygène fonctionne bien. Je vérifie si mon gilet de sauvetage est là. Tout va bien pour l'instant. L'hôtesse passe à côté de moi et demande à mon voisin de relever son siège. J'en profite pour lui demander :

- Mademoiselle, les toboggans sont opérationnels ?
- Oui, évidemment, me répondit-elle.
- Et... Et le pilote va bien ?
- Oui très bien.

   Elle s'en va. Je cache tant bien que mal ma peur mais j'ai envie de hurler, de crier que je veux être chez moi avec ma famille. Je prie le ciel que tout se passe bien.

   Les trains d'atterrissage sont sortis. Très bien, tout va bien. J'essaie de me persuader que tout va bien se passer mais j'ai de plus en plus peur. Des milliers d'images défilent dans ma tête, des images d'avions écrasés. Mon frère est mort dans un accident d'avion, un train d'atterrissage n'était pas bien sorti et ça avait été une catastrophe, pas un survivant. Mon frère... Mort, effacé de toutes les mémoires.

   Ca y est, le sol s'approche à une vitesse vertigineuse. Mon voisin n'est pas inquiété du tout et moi... Moi je n'ose pas regarder par le hublot. Nous nous approchons, de plus en plus près... Nous touchons le sol, je ferme les yeux. Le bruit me crèverait les tympans. C'est insupportable, les trains d'atterrissage crissent sur le béton en faisant ce vacarme infernal. Je tourne la tête dans tous les sens. Mes oreilles sont bouchées, je suis bloquée sur mon siège, impossible de bouger. Et puis l'avion freine. Le bruit cesse, mes oreilles se débouchent et on nous annonce que nous pouvons détacher nos ceintures. Mais je la garde jusqu'à la fin.

   L'atterrissage s'est passé sans problèmes, je remercie le ciel de m'avoir épargnée et sors enfin respirer l'air pur hors de l'appareil. Je me sens mieux... jusqu'au prochain vol.




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