Je suivais le sentier avec mes deux petites soeurs Judith qui a 9 ans et Cathy
qui en a 11. Le sentier forestier devenait de plus en plus étroit pour
finalement s'arrêter net. Il n'y avait plus de chemin. Alors mes soeurs et
moi, nous avons décidé de quand même continuer notre promenade à travers les
broussailles. Nos sacs sur le dos, nous marchions avec difficulté sans savoir
vraiment où aller. Les ronces écorchaient nos jambes et les orties nous
piquaient. Et pourtant ce n'était que le début...
Nous continuions encore et
encore, ne nous arrêtant que pour boire une gorgée d'eau. Bientôt, nous ne vîmes
plus le ciel, si clair pour cette belle journée d'été, tant les arbres étaient
nombreux. Judith commençaient à grogner, elle en avait assez d'avancer. Mais
Cathy et moi, nous étions bien décidées à poursuivre notre route. Finalement,
nous nous arrêtions pour nous reposer.
- J'ai mal partout! On rentre! supplia Judith.
- Oh, chochote, on vient à peine de commencer! protesta Cathy.
- Cath' a raison, les parents ne nous attendent pas avant sept heures.
Je consultais ma montre. Il n'était que cinq heures dix. Nous avions largement
le temps.
Après cette courte pause, nous repartions. Et là même cirque: Judith
qui se lamente, les orties qui piquent et les ronces qui écorchent nos jambes
nues. Cependant, j'aurais mieux fait d'écouter Judith. Car en Amérique, dans
ce genre de forêt, on peut rencontrer n'importe quelle horrible bête. Je
regardais le sol, des centaines de fourmis grouillaient sous mes pieds... Je
déteste ça! Plus loin, d'autres insectes que je ne connaissais pas. Puis, de temps
en temps, des couleuvres. Par exemple, cette fois ci, elle s'est arrêtée
devant Judith:
- Ah! Y a un serpent! Les filles!
- Oh! Je suis sûre que cette bestiole a beaucoup plus peur que toi, regarde.
À ces mots, Cathy prit une fine branche et la jeta sur la couleuvre. Celle-ci
s'enfuit à toute jambe... Enfin, c'est une expression: elle n'a pas de jambes!
Alors nous reprenions notre marche... jusqu'au moment où mon pied s'est coincé
dans un trou.
- Eh! fis-je surprise.
- Laura? dit Cathy
- Venez m'aider je suis coincée!
Quelques minutes après, je resortais mon pied mais en y laissant ma chaussure.
- Comment je fais maintenant?
- Attends, je vais te la récupérer ta chaussure, m'assura Cathy prête à tout.
Elle glissa sa main dans le trou mais la retira aussitôt:
- Y a... Y a quelque chose de... On dirait du caoutchouc...
- Du caoutchouc? Attends.
Je glissai ma main à mon tour et je touchai aussi cette surface rugueuse.
J'essayais de l'attraper mais elle bougea. C'était énorme ce truc!! Le plus
rapidement possible je ressortais ma main.
- Ca a bougé!
- Non... C'est une blague... dit Judith.
J'attendais que la "chose" sorte. Enfin, quelques instants plus tard, je vis un
énorme serpent! Quelle horreur! Il devait faire plus d'un mètre de long.
- Ah! cria Cathy!
Immédiatement, je lui plaquai ma main sur la bouche mais, dans mon
déplacement, j'avais marché sur une partie du serpent. Très vite, il s'est
retourné et il a visé ma jambe et là...
- Aaaaaaaaaaaah!!!!!
Je sentais son venin mortel couler dans mes veines. C'était chaud et lent.
Tout était allé si vite... Ainsi, je repassais les treize années de ma vie
dans mes pensées. Si j'avais su que tout allait finir comme ça, je pense que
je me serais moins disputée avec mes deux soeurs, je n'aurais pas fait de
peine à grand mère en repoussant l'affreux pull multicolore qu'elle m'avait
tricoté. Ah! Comme je m'en voulais. J'avoue que j'étais jeune à l'époque, six
ans et encore... Et alors, je ne pensais plus à rien, c'était le vide total...
J'avais perdu connaissance...
* * *
Quand je me réveillais, je me sentais fatiguée, je ne pouvais plus bouger.
J'étais à l'hopital, un masque à oxygène sur le visage et à côté de moi, un
médecin en train de me faire une piqûre. Il avait l'air désespéré.
De l'autre
côté, maman, papa et mes soeurs. Maman pleurait dans les bras de papa tandis
que ce dernier n'avait que quelques larmes qui roulaient sur ses joues. Cathy
et Judith aussi pleuraient. Ah le beau portrait de famille!
- Tu vas guérir ma chérie, tu vas guérir... murmura maman.
Alors j'ai compris, j'ai tout compris. Cathy me dit doucement entre deux
sanglots:
- Reste avec nous Laura, reste avec nous.
C'est alors que je n'ai plus rien entendu. J'étais en train de rejoindre grand
mère, là haut, tout là haut...
FIN