Le silence peu à peu s'était fait, l'homme s'était
assis et murmura quelque chose d'inaudible. Il grommelait plus qu'il ne
parlait. Le chien se tapit contre un mur de peur que la colère se
son maître ne reprenne. Un silence, de nouveau, puis par terre, la
femme remua, vérifia qu'elle n'avait rien de cassé et se
releva petit à petit. Elle évita tout geste brusque pour
ne pas renouveler la colère de l'homme. Chaque soir c'était
pareil : il revenait en annonçant qu'il n'avait pas retrouvé
de travail, chaque soir il passait sa colère sur elle. Dans l'oeil
de cette dernière, la haine s'inscrivait au fur et à mesure.
Soudain il annonça :
- Demain, je ne serai plus là, tu ne devras plus compter sur
le peu d'argent que je reçois. Je pars.
Elle ne répondait pas, trop contente de cette bonne nouvelle.
Il se leva, et alla préparer ses affaires, elle se rappela en un
éclair toutes les souffrances qu'il lui avait fait endurer. Relevée et à peu près stable sur ses deux jambes, elles passa, telle une somnambule, et vaqua aux tâches quotidiennes.
Elle chercha les reliefs du dîner et se rappela qu'ils n'avaient
pas mangé. Question d'argent. Elle chercha du linge à laver mais
même le linge avait disparu de l'appartement désolé.
Alors, désoeuvrée, elle s'assit sur une chaise.
Quand il revint, il ne trouva personne. Soudain il entendit un hurlement
de colère derrière son dos. Elle lui asséna des coups
de couteau dans le corps tant qu'il remua. Sa triste besogne accomplie,
elle ne comprit que trop ce qu'elle venait de faire : sombrer elle aussi
dans la folie...