Léonie était là devant la tombe de son père,
debout le regard fixé sur la pierre. Le feuillage d'un chêne
proche bruissait sous l'effet du vent, son chant sonnait comme un reproche.
À l'arrière plan, les tombes, recouvertes par la mousse et vieillies
par le temps, semblaient tenir conseil.
Un oiseau, malgré l'atmosphère orageuse, s'entêtait
à reprendre le même thème guilleret.
Elle songea à ce rôle de vengeance qu'il lui avait donné. Elle lui avait juré de faire la lumière une machination infernale.
Et maintenant qu'avait-elle gagné ? Peut-être un renforcement
de l'amitié profonde qu'elle partageait avec son frère adoptif,
peut-être que cette liaison avec cet homme "Ythier" qui l'avait
si bien comprise allait durer. Il le fallait, elle avait tout misé
sur lui ! Léonie avait un enfant de lui, elle savait qu'il les aimait
beaucoup tous les deux. Elle savait qu'Ythier aussi voulait arrêter
de fuir et de vouloir découvrir la vérité, comme elle...
L'oiseau se mit à chanter un air plus triste. Le ciel en quelques
secondes se couvrit.
Et ce qui la tourmentait le plus, c'était le "N'accepte
le bonheur de personne, tant que tu n'auras pas fait découvrir au
monde la vérité" que son père lui avait dit
un jour. Devait-elle écouter encore une fois le souvenir et refuser
d'accéder à une vie normale, ou bien n'écouter que
son envie de vivre après avoir eu son enfance gâchée ?
L'oiseau s'était tu. Il pleuvait maintenant à grosses
gouttes.
Un homme, doucement, s'approcha et la protégea avec son grand
parapluie noir, il lui glissa à l'oreille : "Acceptes-tu de
devenir ma femme, et de vivre avec notre fils, avec moi ?"
Léonie cacha sa tête sur son épaule. Ythier la
prévint tout en esquissant un sourire furtif "Je vais interpréter
ton silence comme une affirmation". Léonie se taisait toujours
et il comprit qu'elle avait accepté sa demande.
La pluie avait redoublé et effaçait peu à peu les
mauvais souvenirs des deux personnes pour leur présenter un avenir
brillant et serein.