Le jour même, je venais d'avoir quinze ans... C'était une journée belle et
ensoleillée. Les quelques nuages blancs ondulaient sur l'océan d'en haut.
"Il m'a parlé " m'exclamais-je à haute voix sans m'en rendre compte... puis,
un sursaut... un sursaut à l'idée qu'elle puisse m'entendre, elle, pourtant
que je connais si bien, à qui je confie les petites choses de la vie... Mais,
pourquoi ne voudrais-je pas qu'elle m'entende ? Mystère ! Mystère autant
pour moi que pour elle (évident, car elle ne sait rien). Mystère
d'adolescente voguant dans les nuages que l'on ne peut percer ni découvrir.
Peut-être parce qu'elle a aussi sursauté en l'entendant lui parler. Ou
bien, peut-être tout simplement parce qu'elle l'a aimé ou apprécié, plutôt.
Car je ne sais si elle connaît le véritable amour, intransigeant,
mystérieux, affectueux, romantique, pareil à l'odeur de la rose qui crépite
le matin en attente d'un doux baiser.
Toutes ces questions que je me posais restaient sans réponses, et
pourtant, je la connaissais la réponse. N'osais-je pas y croire ?
Les jours continuaient de passer et lui, continuait de me parler, de se
rapprocher de plus en plus, mais moi, je ne voulais rien lui dire, je ne
voulais pas lui révéler ce que portait mon coeur depuis si longtemps déjà... Tel
un trésor dont on ne possède la clé. J'attendais que ce soit lui qui le
dise, car j'avais peur de me tromper, j'avais peur de refaire la même erreur
qui m'avait complètement renfermée et abattue... Je ne voulais pas recommencer
cela.
Je voulais attendre. Mais serais-je capable, s'il le fallait, d'attendre
toute la vie ?
Heureusement, il y avait Jenny qui me comprenait, (vous savez, celle avec
ses cheveux noirs, qui traîne toujours avec moi et la black.)
Elle me disait toujours:
- Je suis sûre qu'il t'aime bien, ça se voit. En plus, vous êtes bien
ensemble, vous êtes comme deux jeunes tourtereaux qui découvrent la vie...
J'essayais d'y croire, mais beaucoup de choses me prouvaient le contraire.
Il ne me restait plus qu'à l'oublier. Mais, comment ?
La petite fleur de l'hiver attendait patiemment le printemps pour pouvoir
s'émerveiller.
Il me souriait souvent, et puis, me faisait des signes auxquels je répondais
réciproquement. Un jour, j'arrive le matin, je lui dis bonjour, et puis, il
me dit :
- Toute en blanc, waow !
J'ai failli rougir, c'était la première fois qu'un gars faisait attention à
moi. J'aurais voulu lui sauter dans les bras et l'embrasser, mais une partie
de moi me retenait clouée au sol.
Et puis ce fameux jour arriva... ce jour que j'attendais depuis bientôt deux
ans, c'était au sous-sol, à l'endroit habituel où ils allaient, lui et ses
amis, mais ce jour là, curieusement, il n'y avait personne, sauf quelques
copines à moi. Il me dit (un peu gêné) :
- Véro, je peux te parler un instant ?
Je souriais déjà, j'étais en extase. Je lui répondis:
- Quoi, qu'est ce qu'il y a ? Vas-y, dit.
Il eut un moment d'hésitement, puis, il répliqua :
- ... seul à seul, si tu veux bien
- bien sûr !
J'étais aux anges, je ne l'écoutais même pas tellement j'étais contente.
Nous étions assis l'un à coté de l'autre, ma tête sur son épaule.
... Et puis, ce fut la catastrophe, elle, à qui je n'avais rien dit à ce
propos, qui n'en savait rien, arriva, nous vit de loin et éclata en
sanglots. Je ne pouvais la laisser comme ça, c'était mon amie, je la
rejoignais, la prit dans mes bras, la consolai... et lui promis de faire ce
qu'elle voulait... (lui dire ça, a été la plus grosse gaffe que je n'ai jamais
faite.)
Elle me dit, en reniflant :
- Ne sois plus proche de lui.
J'avais compris, elle n'avait pas besoin d'ajouter un seul mot. Ensuite, je
la regardais comme si j'avais reçu un coup sur la tête, je la regardais encore
et encore...
Il était là, juste à côté. Je me retournais et le vis, les larmes aux yeux.
Je faillis moi aussi me mettre à pleurer, mais je me retins...
Je ne voulais plus le voir , ni lui, ni elle... je m'étais sacrifiée pour une
amie... pour une amie que je n'allais plus regarder comme avant... me sacrifier,
était-ce là mon destin ?
Il me parla, et malgré ses belles paroles, malgré son réconfort, je fondis
en larmes et je m'en allais. Il me criait encore :
- Ne l'écoute pas, ne fais pas attention à elle, c'est toi que je veux,
reviens, je t'en prie... Je t'aime
La petite phrase que j'avais attendue depuis si longtemps s'était envolée
dans un nuage de pensées et de remords... j'essayais de ne pas l'entendre, mais
elle résonnait sans cesse en moi.
Aujourd'hui, lorsque je songe à tout cela, à toute cette histoire qui est
encore là au fond de moi, je me dis que je n'ai pas changé, j'ai juste
grandi un peu...
Mais, toi, toi qui nages au fond de mes pensées, garde une petite place pour
moi dans ton coeur... et ne m'oublies pas.
PS: Je souhaiterais avoir vos impressions, bonnes ou mauvaises, merci beaucoup!