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JEUNES ÉCRIVAINS
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Naufrage
(à tous les fans de Titanic)
une histoire écrite par
Marie, 12 ans
septembre 1998
Christian et moi sommes deux adolescents amis de 16 ans. Tanguy est mon frère,
il a dix sept ans. Nous vivons tous les trois tranquilles. Trop tranquille.
Notre vie était trop banale. Il ne se passait jamais rien. Notre rêve c'était
de vivre à l'imprévu...
Nous étions partis en bateau aux Bahamas, nous trois et mon chien, un
Yorkshire nommé Bird où nous passerons deux bonnes semaines avant de retourner chez nous. Ces vacances, nous les attendions depuis longtemps!
Depuis le jour où ma mère m'a annoncé qu'elle m'offrait le voyage! Notre bateau de croisière quitta le port le samedi 2 janvier et avança en faisant de petites vagues. Un dernier au revoir aux parents et nous rejoignons le pont principal. Nous avons un peu visité le bateau. C'était beau. La salle à manger était immense, notre cabine très agréable avec trois lits chauds et moelleux. Nous avons installé nos affaires et rejoint le pont supérieur, celui de la rangée des cabines. Le bateau était assez grand et comportait plusieurs
ponts, en bas, le pont promenade, où nous avions une bonne vue sur la mer. La
meilleure je crois. Puis le pont principal, il était très grand, avec des
transats, du personnel partout et l'on pouvait accéder directement à un ou
deux bars. Tout en haut, il y avait le pont supérieur. Avec la salle à manger,
un grand salon et quelques cabines dont la notre. L'endroit où il y avait le
plus de cabines c'était sur le pont principal. Après une longue visite bien
amusante, nous nous sommes allongés sur des transats, chacun un verre
d'orangeade à la main. Bientôt nous nous sommes endormis sur les transat.
J'ai rêvé des Bahamas et du soleil. Je me suis réveillée dans l'après midi.
J'ai décidé d'aller me promener un peu sur le pont promenade. Je suis rentrée
dans un salon où des hommes étaient avachis sur les canapés devant la
télévision. À côté, il y avait un petit bar. Je commandais un verre d'alcool
et le buvais rapidement. Je repartis tout au bout du pont. Je regardais droit
devant. On ne voyait plus la terre, que de l'eau. Je restais là à contempler
l'horizon pendant plus d'une demi heure jusqu'au moment où j'entendais une
voix:
- C'est beau n'est ce pas ?
Je me retournais. Il y avait un garçon de mon âge que je ne connaissais pas.
- Oui, c'est très beau, répondis je un peu intimidée.
Il était grand, blond et il avait les yeux marron très foncé. Nous n'avons
rien dit après. Il s'est appuyé contre la rambarde un peu plus loin. J'avais
envie d'engager la conversation mais je n'ai rien trouvé d'intéressant à dire
alors je me suis tu. De longues minutes s'écoulèrent et il était encore là.
Enfin, je trouvais mes mots:
- Où allez vous ? demandais je
- Aux Bahamas comme tout le monde, fit-il en riant.
- Où aux Bahamas ?
- Je ne sais pas encore. Je verrais sur place.
Et le silence reprit place. Je m'apercevais alors qu'il s'était approché.
Cette fois si, le silence ne fut pas trop long:
- Tu es avec qui ici ? demanda t'il.
- Un ami et mon grand frère.
Machinalement je me retournais. En haut, sur le pont principal, il y avait
Tanguy. Il me regardait. Je me sentais alors extrêmement gênée. Depuis quand
m'espionnait-il celui là? Alors j'ai dit au garçon:
- Euh... Je dois vous quitter. J'ai... On m'attend.
Je commençais à partir lorsque le garçon m'agrippa le bras:
- Attendez, dit il. On ne s'est même pas présentés. Je m'appelle Tom Buster et
vous?
Je regardais Tanguy un instant. Son visage exprimait la fureur. Qu'est ce qu'il
avait à me considérer comme sa fille? Je n'étais plus une enfant. Finalement
je répondis:
- Je suis Julie Gravs. Bon, désolée de partir si vite mais...
J'étais prête à partir, je me sentais de plus en plus gênée. Tanguy était
toujours là haut à m'espionner. Je crois que là c'était moi qui étais le plus
en colère. Tom Buster reprit:
- Ma petite soeur s'appelle Julie.
- Ce prénom ne doit pas vous plaire alors, plaisantais-je.
- Ma soeur n'a que douze ans. Nous nous entendons assez bien.
Après un court instant il reprit :
- Vous avez des frères et soeurs?
- J'ai deux petits frères. Ils ont sept ans. Ils sont jumeaux. Et un grand
frère de dix sept ans, Tanguy.
- Ah, acquiesça-t'il
- Bon, là il faut vraiment que j'y aille. Désolée.
Cette fois ci je partais. Tanguy aussi apparemment. Je voulais absolument
l'éviter. Je montais alors discrètement sur le pont principal. Il n'était pas
très loin de moi alors je me dépêchais. Puis, je montais sur le pont supérieur
et rejoignais notre cabine. Je maudissais Tanguy. Sans lui je serais sûrement
restée. Pour me calmer, je sortais un magazine et feuilletais. C'était un
magazine de mode. Il donnait tout plein d'astuces là-dedans. Sans savoir
pourquoi, je rejoignais la rubrique "Pour séduire". Il paraît que les cheveux
cuivrés séduisent. Mais je me lassais vite du journal et le remettais dans mon
sac. Alors, Tanguy entra en trombe dans la cabine:
- Mais qu'est ce que tu faisais ? cria-t-il
- Ce serait plutôt à moi de te poser la question! Tu m'espionnes maintenant?! criais-je à mon tour.
- Qui était ce type ?
- Du calme, tu n'as pas à me faire la leçon, je n'ai pas dix ans. Je fais ce
que je veux!
Il finit heureusement par se calmer. Il dit alors gentiment:
- Je dis ça pour toi, si tu l'aimes, après tu ne pourras plus le voir.
Si je l'aime? Mais je ne le connais même pas! Tout ce que je sais sur lui
c'est qu'il a une soeur et qu'il s'appelle Tom Buster! J'avais envie de
gifler Tanguy. Mais pour qui se prenait-il? C'était comme ça à chaque fois
que je parlais avec un garçon de mon âge. Il fallait absolument que ce soit de
l'amour.
Je pris un air dégoûté :
- Tu es répugnant Tanguy.
Il sortit en claquant la porte derrière lui.
Le reste de l'après midi fut plus agréable. J'ai préféré ne pas retourner sur
le pont. Je me suis rallongée sur un transat juste devant la cabine et je me
suis endormie devant un livre. J'ai cauchemardé. C'était horrible. Le bateau
coulait et Tanguy me poussait à l'eau. Elle était glacée. Tom Buster arrivait
et me sortait de l'eau. Mais je n'arrivais plus à respirer. L'eau glacée
m'avait comme paralysée.
Je me réveillais en sursaut, en sueur, la cloche du dîner retentissait. Je me
levais rapidement et rejoignais la grande salle à manger. Tanguy et Christian
étaient au fond sur une petite table et ils discutaient. Je les rejoignais et
pris soin de ne pas m'asseoir à côté de mon frère. Christian me demanda:
- Où étais-tu cet après midi ?
- Oh, répondis-je, j'ai passé le plus clair de mon temps à dormir.
Tanguy me fusilla du regard mais je fis semblant de ne pas le remarquer. Je
rajoutais:
- Et vous?
Apparemment, Christian n'était pas au courant de l'emploi du temps de mon
après midi.
- Moi ? Et bien, le commandant de bord m'a un peu montré sa cabine.
- Ca devait être chouette!
Nous avons parlé de la pluie et du beau temps. Tanguy ne parla pas de moi. À
mon grand étonnement, il me parla gentiment. Le repas était succulent. J'ai
pris une côte d'agneau bien grillée. Pour le dessert nous étions en train de
passer la commande quand je vis Tom Buster s'installer à côté. Je crois que
j'ai bien failli m'étrangler. Il me regarda deux secondes à peine. Les deux
garçons eux me regardèrent étrangement. Christian me prit la main et avait
l'air inquiet:
- Ca va ?
- Oui oui, je... Je vais aller au toilettes. Je ne prends pas de dessert.
- On peut t'attendre, proposa Tanguy.
- Non, je rentrerais directement à la cabine.
Je n'ai pas attendu qu'ils protestent. Je suis parti vers les toilettes. Une
fois là bas je me passais la tête sous l'eau.
Et si Tanguy avait vu Tom Buster? Alors il viendrait me voir pour me faire la
morale. Tant pis.
Lorsque je suis sortie, Tom Buster rentrait dans les toilettes pour hommes. Il
me vit:
- Bonjour monsieur Buster, dis-je.
- Monsieur Buster ? Tom, je vous en prie.
- Bien, Tom, si vous voulez. Dommage que j'ai été si pressée cet après midi.
dis-je.
- Et bien, venez donc demain,me proposa-t-il.
- Demain après midi sur le pont promenade. C'est d'accord. Alors à demain.
- À demain.
J'avais réussi! J'avais réussi à lui demander de me rejoindre! Tant pis pour
Tanguy! Après tout, qu'il me laisse vivre ma vie celui-là.
Je rejoignais le pont supérieur et m'allongeais sur le transat devant la
cabine. D'ici on avait une bonne vue. On pouvait voir les gens s'affairer de
rentrer dans leur cabine. On voyait aussi la rangée de canots de sauvetage.
D'ailleurs j'étais assez étonnée que pour un si long trajet
nous n'ayons pas fait d'exercice. Mais notre bateau ne pouvait pas couler, il
avait déjà servi pour de nombreux trajets. Il était insubmersible... Je n'eus
pas le temps de voir Tanguy et Christian remonter, je me suis endormie
tranquille sur le transat.
Le lendemain, je décidais d'aller faire un tour dans la cabine du capitaine
avec Christian. Il me conduisit rapidement, dès le matin. Nous avons traversé
tout le pont supérieur et sommes descendus sur le pont principal. Une fois sur
celui ci, nous avons croisé un garçon d'une vingtaine d'années. Christian lui
adressa un bonjour et discuta quelques secondes. Lorsqu'ils eurent terminer,
je demandais à Christian:
- C'était qui ?
- Un gars que j'ai rencontré en allant voir la cabine du capitaine. Très
sympathique.
- Et comment s'appelle-t-il ? demandais je.
- Brandon. C'est un américain.
Nous continuions notre route jusqu'à la cabine. Lorsque nous étions presque
arrivés, un marin nous salua:
- Bonjour monsieur Jones. Vous venez voir le capitaine?
- Oui, pouvons nous entrer ?
- Evidemment. La jeune fille est avec vous?
- Oui.
Nous avons tout deux pénétré dans la cabine. C'était somptueux. Non,
merveilleux, incroyable. Il n'y a pas de mots pour dire ce que je voyais. La
cabine donnait sur la mer, évidemment, mais, le bleu prenait toute notre vue.
On se sentait seul au milieu de l'océan. Je ne pensais pas que c'était aussi
beau.
- Bonjour Jones, vous avez de la chance, aujourd'hui il fait un temps superbe,
regardez comme on voit bien l'horizon.
Apparemment il ne m'avait pas remarquée. Alors je lui demandais:
- Est ce qu'on verra bientôt les Bahamas?
- Non, je pense qu'il faudra attendre encore quelques jours mademoiselle.
répondit-il.
Nous regardions la vue. J'essayais de repérer des dauphins mais ils devaient
plutôt se trouver juste à côté de la coque. Bientôt le capitaine me demanda:
- Je suis sûre que vous accepteriez de prendre la barre quelques instants.
- Eh bien... Si vous le proposez.
- Vous allez voir, on a l'impression d'être au centre du monde.
Je prenais la barre entre mes mains. C'est vrai, le capitaine avait raison,
j'étais au centre du monde. C'était fascinant. Je demandais au capitaine:
- Et là, c'est moi qui suis responsable du bateau?
- Exactement. C'est merveilleux n'est ce pas? demanda-t-il.
- Oui, vous avez raison.
Et je lui repassais la barre. Il commença à nous parler un peu de sa vie et de
sa famille:
- J'ai été fasciné par la marine dès mon plus jeune âge. Mon père m'emmenait
avec lui sur notre 420. Je tenais toujours à prendre la barre à sa place. Et maintenant, c'est moi le grand capitaine. Mes enfants
attendent impatiemment mon retour. À chaque fois je reviens avec des
souvenirs.
Il nous a parlé encore un peu, puis la cloche du déjeuner a sonné.
Nous avons
quitté le capitaine pour aller manger. Tanguy nous attendait. Nous lui avons
parlé de notre entrevue avec le capitaine. Il nous a écouté avec beaucoup
d'intérêt. Puis il nous proposa:
- On pourrait aller voir les dauphins tout à l'heure.
J'acceptais de tout coeur. Depuis le temps que je rêvais d'aller voir des
dauphins!
Après le déjeuner, nous sommes allés tout au bout du pont promenade et nous
nous sommes penchés le plus possible. Pour l'instant il n'y avait rien. Puis
soudain, trois dos gris surgirent des mers. Trois dauphins dont un jeune
faisaient des bons devant le navire. Ils étaient beaux! Rien ne les
fatiguait, ils surgissaient chaque fois de façon spectaculaire. Tanguy me prit
le bras et me les montra:
- Regardez là! Il y en a trois! Non, quatre.
En effet, un quatrième venait de faire son apparition. Christian commença à
rire. Le rire c'est très contagieux, surtout avec moi alors je me mettais à
rire moi aussi.
Puis, machinalement, j'ai regardé ma montre: 13 heures. Bizarrement ça me fit
penser à quelque chose. Mais je ne savais plus quoi. Je me retournais pour
admirer le bateau. Je le regardais de haut en bas. Waouh! C'était
impressionnant! Sur le pont supérieur, il y avait quelques personnes qui
admiraient la mer. Je baissais mon regard et atterrissais sur le pont
principal, le plus petit des trois, là, il n'y avait que deux personnes.
Soudain, une troisième fit son apparition. Tom! J'avais complètement oublié
notre rendez vous. Je chuchotais à Tanguy:
- Tanguy ça te dérangerait si j'avais un rendez-vous?
Il eut un petit rire:
- Tu es une grande fifille maintenant.
Il passa sa main dans mes cheveux et sourit:
- Allez file! Ton ami va t'attendre!
- Merci, fis je en lui rendant son sourire.
Je courais jusqu'à l'escalier menant au pont promenade. Avant de monter je
regardais mon visage à travers le hublot et replaçais mes cheveux noirs,
coupés au carré. Ce jour là, j'avais un jean et un T-shirt uni. Mais on ne le
voyait pas car je l'avais recouvert d'un pull violet. Je montais les escaliers
quatre à quatre et m'avançais discrètement vers Tom. Je m'arrêtais net
derrière lui. Il se retourna et me sourit. Alors je me mettais à côté de lui.
- Bonjour Tom, alors? bien dormi? demandais-je.
- Très bien. Vous êtes allé au spectacle hier soir?
Je soupirais et passais ma main dans mes cheveux:
- Oh non, j'étais bien trop fatiguée.
- Ce soir il y a un grand bal pour tout le monde.
Je le regardais droit dans les yeux.
- Ah bon, c'est à quelle heure?
- Vers 21 heures je pense.
- Vous y allez vous ? demandais-je.
- Je ne sais pas, si j'y vais tout seul, non.
Je lui souris:
- Seriez vous en train de m'inviter Don Juan?
Il me rendit son sourire en faisant oui de la tête.
- Eh bien c'est d'accord. Rendez vous à 21 heures devant la salle de fête.
- Je suis heureux de t'avoir rencontrée...
Et il retourna dans sa cabine me laissant seule et hébétée. Je suis moi aussi
retournée dans ma cabine pour y rester jusqu'à la fin de la journée.
Le soir, j'allais prendre ma douche quand j'entendis un aboiement.
- Salut Bird! fis-je en prenant mon chien dans mes bras.
Il me répondit par un autre aboiement.
- Désolé, j'ai oublié de te donner à manger.
J'allais chercher des croquettes dans mon sac et en versais dans sa gamelle.
Il mangea tellement vite que je n'ai même pas eu le temps de me
doucher! Quand je sortis, il m'en redemanda.
- Tu permets que je me sèche? dis-je.
Bird alla alors se coucher dans la chambre. Il fallait que je le promène un
peu.
- Demain on fait une balade en amoureux t'es d'accord?
Apparemment oui. Une fois que je fus douchée et habillée je laissais une
serviette sur mes cheveux. Christian rentra dans la cabine et me vit dans mon
T-shirt et ma jupe provençale. J'étais en train de me maquiller lorsqu'il
entra.
- Eh bien, tu sors on dirait.
- Tu as tout bon, je vais au grand bal ce soir, je pars dans un quart d'heure,
répondis-je.
- Tu ne manges pas avec nous ce soir? me demanda-t-il.
- Non, il y aura sûrement des amuse-gueules là bas.
- Et où se trouve ce grand bal?
- Dans la salle des fêtes.
Il me posa des petites questions comme ça pendant quelques instants. Puis je
lus deux pages d'un magazine et allais vers la salle des fêtes. Je montais et
descendais les quelques marches pour aller vers le bon pont et me retrouvais
devant la double porte. Tom n'était pas encore là. Alors je m'asseyais sur
le banc et attendais. Le ciel commençait à s'obscurcir. La mer devenait noire
et luisante. Je levais mon regard vers les étoiles. Elles étaient belles.
Soudain, je vis une étoile filante. Alors j'ai souhaité que cette soirée se
passe à merveille. Ce soir c'était la pleine lune. Cette dernière était bien
ronde et brillante. Mon regard
se baissa pour toucher la mer des yeux. Je regardais ainsi la mer pendant
plusieurs minutes qui me parurent une éternité. Soudain, une ombre me cacha la
mer. C'était Tom. Il était venu. Pour moi...
- Alors princesse, je vous invite ?
Il me tendit la main et me releva. Nous sommes entrés dans la salle de fête.
J'ai profité de la lumière pour regarder comment il était habillé; un pantalon
beige, une chemise blanche et des chaussures beiges. Lui aussi observa ma
tenue:
- Vous êtes belle dans cette tenue.
- Merci Tom, fis je en souriant.
Dans la salle il y avait des projecteurs de couleurs différentes et des hauts
parleurs sur les piliers. La lumière était faible et pour l'instant, il n'y
avait pas beaucoup de monde. Tom et moi sommes allés nous asseoir sur un banc
au fond de la pièce. Puis, il y eut de plus en plus de monde. À un moment, les
lumières s'éteignirent pour laisser les projecteurs. La musique fusa de tous
les hauts parleurs. C'était un morceau des Beatles. Tom se leva et me tendit
la main. Je la prenais et me levais. Nous avons commencé à danser le rock en
riant. Je commençais à transpirer. Les chansons affluaient. Au bout de trois
chansons, j'étais en eau. Tom et moi sommes allés boire quelques chose. Il y
avait surtout de l'alcool et des tas de petits amuse gueules. Nous nous
sommes servis abondamment.
- Vous dansez très bien! dis-je.
- Merci, vous n'êtes pas mauvaise non plus, me répondit-il.
J'ai bu autant que j'ai pu. Mon regard se posa alors sur un vieux couple, apparemment, ils ne s'attendaient pas à ce que ça ressemble plus à une
boîte de nuit! Ca me fit rire. Tom buvait autant que moi. Je lui demandais:
- Où allez vous aller une fois là bas?
- J'ai bien réfléchi et je pense qu'en faisant un peu de stop je pourrais
aller jusque chez mon frère.
- Je suis en vacances, dis je.
Il hésita un moment puis me demanda:
- Vous êtes libre alors?
- Oui, je pense. Pourquoi cette question? demandais-je.
- Pourquoi ne viendrez vous pas avec moi? demanda-t-il en passant sa main
dans mes cheveux.
- Je... Je ne sais pas, je... Mon frère et... , bafouillais-je.
Il ne me laissa pas parler plus longtemps. Il approcha son visage du mien et
m'embrassa. C'est à ce moment que je m'aperçus que j'attendais ça depuis très
longtemps...
- Je t'aime... murmura-t-il.
Le lendemain, je me réveillais tard, vers onze heures. Tom et moi étions
restés là bas jusqu'à une heure du matin. En revenant à la cabine, je m'étais
écroulée sur mon lit. Je n'avais même pas pris la peine de me déshabiller. Le
lendemain matin, je me douchais rapidement, donnais à manger à Bird et sortais
lire sur mon transat. Tanguy et Christian revinrent d'une petite promenade sur
le bateau:
- Bonjour Julie, dit Christian, alors cette soirée?
- C'était génial, vous auriez dû venir! dis je sans vraiment penser à ce que
je disais.
- Et ce garçon? Il te plaît? demanda Tanguy
- Mais je t'en pose des questions! dis-je à Tanguy en lui donnant une tape
amicale sur la tête avec mon livre.
Ca le fit rire. Quand il se calma, il me sourit:
- Et qu'est ce que tu comptes faire maintenant?
J'hésitais. Devais-je lui dire maintenant mon programme ou devais-je attendre
encore un peu? Je baissais la tête et annonçais:
- Il... Il m'a proposé tant de chose mais... Je vais sans doute aller avec
lui, chez son frère, durant deux ou trois jours et... Et je vous rejoindrais.
Tanguy me sourit gentiment et fit ce qu'il n'arrêtait pas de faire ces temps
ci: me passer la main dans les cheveux.
- C'est à toi de décider ce qu'il y a de mieux Julie, dit Christian.
- Merci, je vais y réfléchir.
Mais j'avais déjà choisi. J'irais avec lui. Et je resterais sans doute là bas
longtemps. Plus d'une semaine. Mais je préférais réfléchir encore un peu.
Christian et Tanguy rentrèrent dans la cabine. Moi je me levais pour aller
faire ma promenade habituelle. Je passais devant la salle de fête. Ils étaient
en train de ranger un peu le bal d'hier soir. Puis, je continuais ma balade.
Sur le pont supérieur, je rejoignais un des bars et commandais un grand verre
d'orangeade. J'allais le boire sur un
transat. Un marin passa devant moi et me demanda gentiment:
- Vous voulez quelque chose mademoiselle?
- Hein ? Euh... Je veux dire non. Merci.
- Dites, ce n'est pas vous qui êtes venue avec un garçon, voir le capitaine,
hier?
- Oui, c'est moi.
Il me sourit et repartit. Moi je restais à contempler la mer. Je réfléchissais
à la proposition de Tom. Je m'imaginais sirotant une limonade dans l'immense
villa de son frère, aux Bahamas. Je serais assise sur un long transat, devant
une grande piscine. Lui, il serait à côté de moi à discuter avec son frère.
Ils parleraient surtout du voyage. De notre rencontre. Il me ferait découvrir
le beau paysage. Ce serait bien.
C'est ainsi que ma décision fut prise. Il m'avait fallu un certain temps pour
me décider mais je pensais à tout ce qui allait se passer. Ca serait tellement
bien.
Le soir, il se donnait un spectacle. Ca serait une pièce de théâtre assez
courte. Christian et Tanguy y allaient alors je les accompagnais. Le spectacle
se donnait sur une scène, devant des vingtaines de tables. Nous nous sommes
vite installés aux tables les plus proches de la scène. Je pensais que ça
allait être un très bon dîner...
Je commandais leur spécialité, un plateau de fruits de mer. Bientôt, il ne
resta plus que les chevets sur les tables pour nous éclairer. Le rideau de la
scène se souleva et les acteurs apparurent. Le début de l'histoire parlait
d'un homme tombant amoureux d'une jeune institutrice. Puis entre en jeu un
autre homme, le mari de l'instituteur, et encore un autre, le frère. J'ai
trouvé l'histoire un peu nulle au début mais la fin était bien mieux.
L'histoire se terminait petit à petit. Moi, je terminais mon repas. Je me
levais pour aller aux toilettes. La fin de l'histoire ne m'intéressait pas
particulièrement.
Alors je me levais et essayais tant bien que mal de passer entre les tables.
J'étais peut être fine mais les tables étaient bien trop serrées.
Soudain je ne sais pas ce qu'il s'est passé... Des cris, des verres qui se
renversent et moi qui suis tombée. J'ai eu l'impression que j'ai fait une
chute sans fin...
* * *
- Julie! ! Julie réveille toi!
J'étais allongée, toujours dans la même salle. Mais je ne voyais rien. Tanguy
criait mon nom mais je ne savais même pas si c'était lui. Ma vue était faible
et mon front me faisait souffrir. Enfin j'ai compris. Ce qui m'aveuglait était
du sang. Du sang! Tanguy était maintenant en train de me secouer les épaules.
Il prit un mouchoir et m'essuya les yeux:
- Julie c'est moi! Je t'en prie réveille toi!
Il a mis mon bras entre ses épaules et m'a fait marcher. Des gens couraient
partout. Ils criaient tous. La moitié des tables avait été renversée. La scène
était complètement dévastée. Les décors étaient tombés. Mais que se passait il? Combien de temps étais je restée endormie?
- Tan... Tanguy... T..., bafouillais je.
- Julie!
- Que c'est... Qu'est ce... passé?
Je n'en sais rien mais on sort de là. Nous nous sommes mis tous trois à courir
le mieux que possible mais je souffrais énormément. Bientôt,
nous sommes sortis de la salle de spectacle. Il y avait du vent, beaucoup de
vent. Et je sentais que le bateau penchait très légèrement vers l'arrière. Un
membre du personnel nous cria:
- Mesdames et messieurs pas de panique je vous prie!! Le bateau a heurté un
haut fond et par mesure de sécurité, nous allons embarquer dans les canots de
sauvetages. Nous allons vous donner des gilets.
Mon premier réflexe fut d'observer toute la foule. Il n'y avait pas de trace
de Tom. Nulle part. Et il ne pouvait être que dans les canots du fond du
bateau car sa cabine était sur le pont promenade, tout au fond.
- Tom? criais-je. Tom?
Mais personne ne me répondait. Je quittais les bras de Tanguy et tentais de
rejoindre le fond du pont promenade en boitant. Mais mon frère m'en empêcha.
Il m'attrapa par le bras.
- Julie! Mais qu'est ce que tu fous? Monte dans ce canot immédiatement!
- Tom! Il est là bas! J'y vais. Je ne peux pas le laisser!
- Julie! Non! Je te l'interdis! Monte dans le canot!
Il me regarda droit dans les yeux. Il savait très bien que si j'allais là bas,
je risquais d'y rester. Moi aussi, mais Tom était encore là bas et il fallait
que je le sauve. J'avais ma petite idée:
- D'accord mais va le chercher je t'en prie...
- Va dans ce canot s'il te plaît... On se retrouve à la maison, hein?
- D'accord.
Je montais dans le canot à contrecoeur. Soudain, en pleine descente, le canot
s'arrêta d'un coup. Je jetais un regard autour de moi, deux personnes avaient
disparues... Alors je m'accrochais de toutes mes forces. Nous approchions du
pont promenade et alors... Je sautais. Je m'accrochais à la barre du bateau.
Plusieurs personnes m'aidèrent. Mais en haut, j'entendais mon frère pousser un
juron. Je crois qu'il allait arriver d'un instant à l'autre. Une fois arrivé
sur le bateau, je crois qu'on me traita de folle ou autre nom dans ce genre.
Mais je m'en fichais. J'essayais de courir le plus vite possible mais je
boitais. Je tentais en vain de protéger mon front avec une de mes main. Le
bateau penchait un peu plus. Mais c'était très lent.
- Tom!! hurlais-je, Tom!!
Je n'entendais rien. Tout autour de moi, des gens en gilet de sauvetage
couraient. Ils couraient dans l'autre sens. J'étais bien la seule folle à
vouloir gagner le côté où le bateau coulait:
- Tom!! criais je sans perdre espoir.
Il n'était pas dans la foule. Je savais juste que sa cabine était sur le pont
promenade mais je n'avais aucune idée du numéro. Je ne cessais de crier son
nom mais il ne me répondait pas. Je décidais de prendre les couloirs. J'avais
sans doute plus de chance de le trouver. Il y avait autant de monde dedans que
dehors. Je criais toujours aussi fort. Bientôt, j'étais seule dans le couloir.
Mes pieds étaient froids et mes chevilles aussi. Je baissais la tête... de
l'eau!
- Oh! Non! fis je désespérée. Tom!!
Je continuais d'avancer dans cette eau glacée, espérant qu'il m'entende.
Apparemment, le bateau avait bien tremblé car là aussi, les affaires étaient
dérangées. Je commençais réellement à avoir peur. Plus j'avançais, plus l'eau
montais. Bientôt, j'entendis un cri, si loin que ça me parut comme un
chuchotement:
- Au secours!! Venez m'aider!
Je reconnaissais cette voix. Elle commençait à m'être familière. Je criais
alors à mon tour:
- Ohé! Il y a quelqu'un? Tom!
- Au secours! fit la voix.
J'accourais vers l'endroit où j'avais entendu le cri. C'était dans une cabine
maintenant toute proche. Je cognais le plus fort possible à la porte.
- Ouvrez!
- Au se... bglb ...cours!!
La porte était fermée ou alors coincée, peu importe. Il fallait que je
trouve quelque chose pour ouvrir. Je balayais le couloir du regard. Il n'y
avait rien et j'avais de l'eau presque aux genoux. Je courais voir plus loin
et mon regard se posa sur l'extincteur. C'était ce qu'il me fallait! Je le
décrochais le plus vite possible et retournais devant la cabine. Je cognais
alors dessus avec l'extincteur. Au bout de plusieurs coups, la porte se brisa.
Devant il y avait une armoire. Derrière l'armoire, je voyais un corps. Il y
avait quelqu'un. Je m'approchais. Il avait presque la tête sous l'eau... Tom!
- Tom!! hurlais je.
Il ouvrit les yeux. Je vis alors ses pieds coincés sous le lit. Il ne pouvait
plus bouger. Je soulevais tant bien que mal le meuble mais il était coincé.
- Ju... blgl... Levier... blgl... Julie!
Je regardais tout autour de moi et accouru sur le premier gros morceau de bois
que je voyais. Je pris immédiatement le reste d'une porte et m'en servait
comme levier. C'était lourd, très lourd. Mais je parvenais à le soulever. Tom
eu juste le temps de retirer ses jambes. Il se releva immédiatement et me
serra dans ses bras:
- Oh... Merci, merci!
Il m'embrassa. Il avait vraiment dû avoir peur. Moi aussi.
- Partons vite de là! Je t'en prie! suppliais je.
- On rejoint immédiatement les canots.
Nous sommes vite sortis. Derrière nous, au fond du couloir, il y avait de l'eau
qui sortait d'une des portes. Bientôt cette porte céderait. Nous avons couru
mais elle s'est cassée. Tom a trébuché, moi aussi. Nous avons fait plusieurs
mètres dans l'eau, en train de nager. Je hurlais si fort que j'aurais sans
doute pût réveiller un mort. J'avais l'impression de me noyer. Quand est ce
que ça allait donc finir!
- Tom! ! Au secours!!
Nous avons attrapé de justesse la rampe d'escaliers et nous sommes montés.
J'étais trempée et je ne me suis même pas aperçu tout de suite que j'avais
pleuré. Je m'assis quelques secondes sur les marches pour
recracher toute l'eau que j'avais avalée. Je devais être un peu sonnée, je ne
savais plus trop où j'étais.
- Julie, vite, lève toi!
- Tom, je... Que...
Tom me prit par les épaules et m'aida à me relever. Nous avons couru pour
atteindre le pont principal mais le bateau avait penché encore un peu plus.
J'entendais des cris, des pleurs et tous les bruits que personne n'a jamais
osé imaginer. Des personnes tombaient dans l'eau glacée et mouraient. Moi je
ne pouvais rien faire et j'allais bientôt les rejoindre. Tom me prit la main
pour que j'avance plus vite mais mon front s'était remis à saigner et je n'y
voyais rien. J'étais épuisée et je n'avais plus aucune notion du temps. Quel
jour étions nous? Quelle heure était il? Combien de temps nous restait il
avant de rejoindre les victimes? Je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie que
ce jour. Je courais toujours aussi vite, je heurtais les personnes qui
tentaient tant bien que mal d'aller dans les canots de sauvetages. Nous
faisions aussi la queue mais le canot partait avant que nous puissions monter
dedans. Soudain, je m'arrêtais net:
- Non Tom, il faut retrouver mon frère.
- Julie, je suis sûr que ton frère est déjà dans un canot, loin dans l'océan,
je t'en prie, viens, je vais te mettre toi aussi à l'abri.
Je le suivais. Depuis combien de temps tenait il ma main serrée ainsi? Oh mon
dieu, pourquoi avions nous touché ce haut fond! Je fus soudain prise d'un
malaise. J'avais l'impression que j'allais m'évanouir. Mon front, la coupure
était plus grave que je ne le pensais. D'un coup, je tombais à genoux, une
main sur la blessure. Tom se retourna inquiet:
- Julie? Julie ça va?
Il se baissa et me secoua doucement les épaules. Non, ça n'allait pas du tout.
Je ne répondais rien, je n'arrivais pas à dire un mot, tous ces bruits, ces
cris, cette grave blessure au front, tout ça me donnait envie de vomir.
- On... Oui, allons y.
Je me relevais puis pensais à mon chien. Le pauvre Bird, il était coincé dans
la salle de bain. Ca me fit de la peine pour lui, mais pas autant que pour les
centaines de personnes qui pensaient que ce serait une croisière de rêve et
qui étaient morts sans avoir eu même le temps de crier. Non, il fallait que je
retrouve Tanguy et Christian, je ne pouvais pas partir sans eux. Je ne pouvais
pas les laisser là. Mais je n'osais rien dire, je courais et je voulais aller
dans le sens inverse. Soudain, je heurtais quelqu'un de plein fouet et tombais
très brutalement en arrière. Ma tête... Comme ci je n'avais pas assez mal au
front, il fallait maintenant que je souffre horriblement derrière la tête
aussi. Heureusement je ne m'évanouissais pas. Il ne manquerait plus que ça.
Mais je n'étais pas sur le bateau. Quand j'ai rouvert les yeux, Tom était en
haut et il me regardait. Il montait de plus en plus haut... Non, ce n'était
pas lui qui montait, c'était moi qui descendais. Je ne savais pas que ma chute
avait été si longue. J'étais tombée dans un canot en train de descendre. Je ne
voulais pas! Non!
- Tout va bien mademoiselle? me demanda quelqu'un.
Je ne pris même pas la peine de répondre. J'avais déjà fait ça une fois, je
pouvais recommencer une seconde fois: je sautais dans le bateau et tombais
sur un garçon... Christian!
- Christian!
Il se releva en se frottant le dos. Tanguy, quant à lui, me prit le bras et me
secoua violemment. Il me crachait des mots à peine compréhensibles:
- Tu as eu une chance de t'en sortir mais tu as refusé pour aller sauver ce
gamin. C'est passable. Mais voilà que tu as une seconde chance de te sauver
d'ici et tu refuses encore pour la même personne! Non mais tu es folle!
Il continuait à criait quand Tom arriva et me serra dans ces bras en me
chuchotant:
- Tu es folle Julie, pourquoi n'es tu pas restée? Pourquoi?
- Je t'aime Tom!, fis-je au bord des larmes.
Tanguy ne savait plus quoi dire. De toute façon, il était trop tard pour
discuter. Je sentais déjà de l'eau à mes pieds. Ca coulait de plus en plus
vite. Nous essayons de courir tous les quatre nous réfugier en haut où trouver
un canot mais apparemment il n'en restait plus beaucoup. Soudain, je
glissais. Le bateau penchait plus fort encore. Même le pont principal était
presque recouvert d'eau. Nous n'en avions plus pour longtemps. Je glissais
encore et encore en criant le plus fort possible. Je hurlais. Le sol brûlait
mes genoux. Et les autres montaient. Tom avait lâché prise. Il venait me
chercher. Je bougeais mes bras dans tous les sens pour chercher quelque chose
sur quoi me retenir. Quand je pense qu'il n'y avait pas si longtemps de là, je
m'amusais dans une salle de spectacle. Mais maintenant c'était la fin. L'eau
approchait de plus en plus vite. Je fermais les yeux et agitais encore mes
bras. Alors, je touchais une barre en fer. Je rouvrais les yeux et
m'accrochais à cette
barre. Sauvée, j'étais sauvée. En tout cas pour l'instant. Je montais le plus
haut possible en m'aidant de la barre. Tom glissait toujours pour venir
m'aider. Il s'accrocha comme moi à la barre qui était en fait la rambarde et
monta avec moi. Tout en montant, je n'avais pas l'impression de bouger beaucoup
car le bateau avait coulé d'encore au moins dix mètres. J'étais morte
d'épuisement. Je versais de grosses larmes. J'avais peur. Horriblement peur.
Il n'y a rien de pire que d'avoir la peur de sa vie. Il n'y a rien de pire que
de penser que des personnes que vous avez croisées joyeuses quelque temps
avant étaient mortes d'une horrible façon. Je voulais m'arrêter là. Il n'était
plus possible de continuer. Tom me secoua:
- Julie! On y est presque! Je t'en prie. Tes amis sont tout prêts.
Je montais le plus vite possible et atteignais Tanguy et Christian. Ils
s'étaient réfugiés sur un escalier. Du coup ils étaient presque droits. Je les
rejoins vite et me mettais sur l'escalier à mon tour. Christian m'attrapa la
main.
- Julie, dépêche toi de monter, je ne peux plus te tenir.
Le bateau était presque à la verticale. J'avais déjà entendu ça quelque part.
Dans un document de 1912... Le Titanic... N'avait il pas cédé? N'était-il pas
trop lourd? Je frissonnais. C'est tout juste si je ne lâchais pas prise.
- Julie! Mais qu'est-ce que tu fais?!
Je pendais maintenant dans le vide. Le bateau serait bientôt à la verticale.
Je me mettais debout sur le côté d'une table et m'appuyais dessus pour monter
sur l'escalier. J'y arrivais. Mais c'était trop tard.
J'entendais un grand Crac. C'était ce que je craignais. Je savais que ça
allait faire ça. Les lumières s'éteignirent d'un coup. Il y eut des cris qui
fusèrent de partout. Un autre crac, plus fort encore. Le bateau commençait à
se remettre droit. Crac! ! D'un coup, nous faisions une chute de plusieurs
mètres. Puis je tombais à côté de la table pour me relever immédiatement.
J'étais debout. Normalement. C'est ce que je craignais. Le bateau s'était
cassé en deux.
- Julie, vite, dépêche toi. On va se réfugier en haut!
Tom me prit la main pour m'aider. Mais cette fois c'était trop rapide. Le
bateau se remettait à la verticale tout en coulant. Cette fois c'était un peu
plus rapide que le Titanic. Nous montions le plus vite possible mais nous
étions trop nombreux à vouloir monter. Je me hissais à la main de Tom.
- Je vais tomber Tom.
- Accroche toi nous y sommes.
Ca y est, nous étions tout en haut, à l'avant du bateau. Je m'accrochais à la
rambarde et y mettais tout mon poids. Cette fois, le bateau était à la
verticale et bien. Christian était d'un côté, Tom de l'autre. Ce dernier me
regarda inquiet. Il ne dit rien. Il continua à me regarder longuement. C'est
alors que j'entendis quelqu'un crier tout prêt de moi. Je me retournais
vivement et criais à mon tour. Christian ne tenait plus qu'à une main. Il
allait lâcher.
- Christian accroche toi à ma main! criais je.
Je mettais mes pied sur la rambarde et une de mes main. J'étais maintenant à
l'envers. Christian criait toujours :
- Julie! Au secours!! Julie!!
Il s'accrocha. J'allais tomber aussi. Il pendait dans le vide, accroché à mon
bras, et moi, je n'étais retenue que par la force de mes jambes.
- Christian accroche toi!
Il hurlait. Puis soudain, il lâcha. Un long hurlement retentit. Il tombait...
Heurtant des tables et toutes sortes d'objets.
- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah! !!! hurlait-il
- Non! Christian!
Tom m'aida à me remettre correctement. Je ne voulais pas me remettre
correctement. J'en avais assez de me faire passer pour une petite fille.
- Christian! criais-je.
- Julie mais remets toi bien ou tu vas le rejoindre! me dit Tom en m'attrapant
le bras.
De toute façon, nous n'allions pas tarder à couler définitivement. L'eau se
rapprochait à une vitesse impressionnante. Cette fois ci c'était vraiment la
fin, et rien ne pourrait l'éviter. Je m'accrochais de toutes mes forces à la
rambarde et fermais les yeux.
- Oh mon dieu, Tom.
- Julie, donne moi la main! Ne me lâche jamais! D'accord? Ne me lâche
jamais!
- Je... Jamais.
Je lui serrais la main aussi fort que possible et regardais Tanguy. Il ne dit
rien. Il savait, tout comme moi, qu'on n'avait pas beaucoup de chances de s'en
sortir. Je me retournais de l'autre côté. Les canots étaient bien loin. Mais
ils ne ramaient plus. Ca y est, encore au moins cinq secondes et nous serions
sous l'eau. Je serrais la main de Tom et retenais ma respiration. Je comptais
alors les secondes avant de toucher l'eau...
- Un... Deux... Trois.
Et tout fut noir. Je ne pouvais plus respirer. Je tenais Tom bien fermement.
Il y avait des bulles d'air partout. De l'eau partout, tout autour de moi et
je n'avais pas de gilet de sauvetage. Des centaines de personnes nageaient
autour de moi. J'essayais de faire de même avec ma seule main. Je ne savais
pas où aller. Où etait le fond et l'air libre. Je n'eus pas à reflechir plus
longtemps. Tom commença à nager et bientôt, je pûs respirer à nouveau.
- Tom! Où es tu?
Sa main me serra très fort et je me retournais. Il était là. Il ne m'avait pas
lâché. J'étais rassurée.
- Tom! fis-je.
- Ne restons pas là, nage et suis moi.
Je ne discutais pas. Inutile. Il savait où aller. Je le suivais. Il me
conduisait le plus loin possible des autres. Il y avait des personnes mortes.
Tom attrappa l'une d'elle et lui enleva son gilet:
- Prend ça vite. En plus ça te tiendra chaud, me dit-il.
- Et toi ?
- Ne t'inquiète pas pour moi.
Il me mit le gilet sur le dos et me tira vers un autre endroit. Il cherchait
un endroit où se refugier. Moi aussi.
- Où allons nous aller. Tom! Cette eau est glacée.
- Ne t'inquiète pas Julie, l'eau n'est pas assez froide pour nous tuer. Nous
avons tout notre temps.
Je savais que ce n'était pas vrai et pourtant, ça me rassurait. Je le suivais
et commençais à avoir mal aux jambes. Je voyais bientôt devant moi un meuble,
une chaise ou... Je ne sais pas ce que c'était mais je voulais voir.
- Tom! Là bas! lui dis-je
- Où ?
- Suis-moi.
Il me suivit de près et j'allais jusqu'au meuble. Ce n'était qu'une grosse
valise. Rien que ça. Et je ne vois pas comment nous aurions pû nous en sortir.
Mais Tom l'ouvrit. À l'interieur, il y avait un tableau. Un très grand
tableau.
- Je ne sais pas qui trimbalait ça mais ça va pouvoir te sortir de là, dit Tom
- Et toi alors? Ne me dis pas de ne pas m'inquiéter cette fois!
- C'est pourtant tout ce que tu as à faire. Monte là dessus.
Je lui obéissais. Je savais très bien qu'il ne fallait pas que je m'endorme
malgré ma fatigue ou sinon je ne me réveillerais pas. J'avais lu ça dans des
tonnes de livres. Et pourtant c'était plus difficile que je ne le
pensais. Des croûtes de sel recouvraient mes paupières et mes yeux se
fermaient. Tom me releva la tête. Il était dans l'eau, il m'avait lui même
dit que l'eau n'était pas assez froide pour nous tuer mais il tremblait.
- Monte Tom! Je veux que tu montes, chuchotais-je.
Mais il ne me répondait pas. Il commençait à fermer les yeux et moi aussi.
Je rêvais. Il faisait chaud. J'étais avec ma famille dans notre belle maison.
Mes deux frères jouaient au ballon mais l'un d'eux tomba dans la piscine. J'ai
couru pour aller le chercher mais l'eau était gelée. Puis je rouvris les yeux.
Heureusement d'ailleurs. Je me retournais pour regarder Tom. Il avait fermé
les yeux. Tout le monde tout autour de moi avait fermé les yeux. Il n'y avait
plus un cri. Des lumières balayaient la foule. Je n'eus même pas le temps de
savoir d'où ça venait que je me rendormais déjà. Je volais. Je volais au
dessus de la mer. Je voyais partout des papillons bleus et blancs. Je me
baissais pour aller les voir et m'aperçus que ce n'était pas des papillons mais
des visages bleuis et des gilets de sauvetage blancs. Je rouvrais les yeux une
deuxième fois et me mis à pleurer. J'étais toute seule au milieu de l'océan au
milieu de centaines de cadavres. Et je ne savais pas si Tom était vivant ou
non. Mon ami était mort après avoir fait une immense chute. Mon frère était
quelque part dans l'eau. Je cachais mon visage dans mes mains. Il n'y avait
plus de lumière. Lorsque j'enlevais mes mains, je me retournais vers Tom. Je
le secouais le plus fort possible mais il ne bougeait pas.
- Tom... chuchotais-je, Tom...
Rien. Ses mains étaient aussi gelées que les miennes. Je le serrais aussi fort
que mes bras me le permettaient. Je voulais crier mais aucun son ne sortait de
ma bouche. Maintenant je savais... Je savais que l'enfer n'était pas de
flammes. L'enfer c'était le froid et l'eau. L'enfer c'était de la glace.
- O... Hé... Quelqu'un?... Hé...
Des cris venaient de loin. C'était comme des murmures. Je n'y prêtais pas
attention. Je pensais à la croisière, à ce que ça avait été pour moi. Les
dauphins... Comme ils étaient beaux. Ils nageaient gracieusement,
répétant leur danse de sauts. Ils n'avaient pas peur, ni froid.
- Là bas! ... Dez!
Les cris s'étaient encore rapprochés. Je décidais de tourner la tête. Mes
cheveux étaient gelés, couverts de glace... Les canots. Les canots revenaient
nous chercher. J'aurais aimé sourire mais je ne pouvais plus bouger. Mon rêve
devenait réalité, j'étais complètement paralysée.
- Non... mort...
- En... Re!
Les cris se rapprochaient encore plus près. Je voulais crier à mon tour mais je
ne fis que chuchoter:
- Ohé... Ve... Ici...
Je serrais Tom et essayais de lui parler. Je voulais qu'il se réveille.
- Ils sont là! Ils viennent nous chercher. Les canots arrivent.
Il ne se réveilla pas. De chaudes larmes roulèrent sur mes joues. Tom était
trop fort pour mourir. Un canot se rapprocha alors très près de moi. Je levais
doucement un bras.
- Là bas! cria un marin. Allez ramez! Ramez.
Ils se rapprochèrent et je sentais alors une main se poser sur mon épaule.
Elle me monta doucement. Je dus alors lâcher Tom. Je ne voulais pas. Je ne
pouvais pas le laisser là.
- T... Tom... Non...
- Rattrapez le garçon aussi, vérifiez si il est vivant, dit un marin.
On ramena Tom dans le canot. Soudain quelqu'un derrière moi me prit les
épaules et me retourna. C'était un garçon qui m'était familier mais je
n'arrivais même pas à le reconnaître.
- Mais! c'est ma soeur!! dit-il. Julie!
Tanguy... Il me serra si fort dans ces bras que je cru m'étouffer. Il me
regarda longuement. Il observait surtout la couleur de mon visage.
- Mais tu es morte de froid. Monsieur! Donnez lui un châle je vous en prie!
On m'enroula dans une couverture bien chaude. Un marin se pencha au dessus de
Tom et m'assura:
- Il respire. Il est encore bien vivant.
Oh, comme j'étais soulagée. Je m'endormais alors, tranquille, au chaud, dans
les bras de mon frère.
* * *
Ma mère était si soulagée de me voir en vie. Elle m'a serrée dans ses bras et
a pleuré.
Tom était tombé dans le coma. Durant trois mois nous avons attendu à son
chevet. J'ai passé des nuits à pleurer. Nous croyions tous qu'il allait
mourir. Mais je l'ai déjà dit, Tom est fort. Et, un matin, l'hôpital a
téléphoné. Ils m'annonçaient une bonne nouvelle. Tom était sur pieds. Mais il
fallait lui réapprendre certaines chose. Il avait assez de mal à se souvenir
de moi. Mais je lui ai rafraîchi le mémoire.
Tanguy avait trouvé une petite amie. Ils allaient bientôt se fiancer.
Quand à Christian, j'allais le voir toutes les deux semaines. Je déposais des
fleurs sur sa tombe.
Maintenant, j'avais un autre chien, un Yorkshire toujours. Je l'ai appellé
Meg. C'est une femelle.
Je vivais dans un petit appartement, juste en dessous de celui de mes parents.
Tom vivait maintenant avec moi. C'est moi qui l'accompagnais au centre de
réeducation, très souvent.
Finalement ma vie, je l'aimais très bien. Depuis le naufrage, j'adorais la
monotonie. C'était mon activité preférée. Mais ma vie n'était pas si monotone.
Je veux dire par là que rencontrer mon sans doute futur mari dans un bateau qui
quelques jours plus tard va couler en une heure puis avoir résisté une demi
heure dans une eau glacée n'était pas si monotone... Ma vie est belle... Et
j'aimerais la garder...
FIN
©1995-2005
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