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JEUNES ÉCRIVAINS
la page dont vous êtes les auteurs
Poursuite dans Aix-en-Provence
une histoire écrite par
Santa, d'Ajaccio, France
septembre 1998
Jadis, j'étais la secrétaire d'un homme que je trouvais très
sympathique, plus maintenant. C'est de sa faute si je suis depuis un an
dans cette cellule de prison.
Cet homme était petit, ventripotent, ce qui ne l'empêchait pas d'être un
très bon coureur ; malheureusement pour moi. Il portait toujours ce
vieil imperméable déteint qui devait être marron à l'origine, une
chemise blanche et un pantalon noir beaucoup trop large pour lui ;
d'ailleurs il aimait être à l'aise dans ses pantalons, il prenait
toujours trois tailles de plus. Il avait donc, pour serrer son pantalon,
une magnifique ceinture de cuir de boeuf avec une boucle dorée. Quant à
ses chaussures, il s'agissait de mocassins gris qu'il avait transformés
pour y ajouter des lacets. C'était un grand inventeur, aucune
comparaison avec Léonard de Vinci mais on s'en contentait. Il avait
presque toujours un cigare de 10 centimètres de long dans la bouche
qu'il fumait en dix minutes. "1 centimètre par minute" disait-il ; il
était très précis mais aussi minutieux. Son défaut majeur était
l'avarice. Cet homme était un détective. Il ne savait rien de mes
promenades nocturnes dans les bars où, quand je ressortais, il n'y avait
plus trace d'argent dans la caisse. Mais un jour, j'en ai eu assez des
petites recettes ; j'en voulais une vraie, une grosse : le casino
d'Aix-en-Provence ! Mais, en voyant traîner le plan du casino sur mon
bureau, il fut averti de mon projet et c'est pour cette raison que je
suis en prison.
Je vais maintenant vous raconter cette nuit qui me conduisit au palais
de justice. J'arrivais en train de Marseille le jeudi 17 mai à 22h43.
Pas question de prendre l'autocar. Je sortis donc de la gare, pris
l'avenue Victor Hugo jusqu'à la place de Gaulle, puis le boulevard de la
République et j'entrai dans le casino. J'aurais dû me douter que le
détective me suivait. Je me fis connaître auprès du patron comme une
nouvelle caissière de garde et, dès qu'il eût le dos tourné, je
m'emparai de toute la recette et m'enfuis.
J'étais heureuse car j'allais
pouvoir passer une vraie nuit à l'hôtel se trouvant derrière le musée
des tapisseries.
Je repris le boulevard de la République, arrivai à la
place de Gaulle et montai par la rue Espariat. Vers l'église du
Saint-Esprit, je crus entendre un bruit de pas derrière moi. Je cherchai
de tous les côtés mais je ne vis rien. Quelques mètres plus loin, je me
retournai de nouveau et j'aperçus un bout de chaussure. Pas de doute,
c'était les siennes. Des mocassins à lacets, ce n'est pas fréquent.
Pendant une fraction de seconde, je ne sus que faire, mais je courus
finalement dans l'église. C'était une église qui devait être très belle
à l'origine. Maintenant elle était toute délabrée et tombait en ruine.
Elle sentait le moisi et les bancs étaient troués. Je n'étais vraiment
pas rassurée mais je n'avais pas le choix. Je me cachai derrière
l'autel, m'attendant à tout moment à entendre les pas de mon poursuivant; mais tout restait silencieux. Je risquais un pas dehors mais me
ravisais tout de suite en pensant que le détective m'attendait à
l'entrée.
Au bout d'un quart d'heure, j'avais échafaudé un plan. Je
n'allais pas continuer par la rue Espariat, j'allais prendre la rue de
la Couronne. C'est ce que je fis, portant toujours mon gros sac sur
l'épaule et je continuai jusqu'à la place des Tanneurs. Arrivée là, je
ne sus pas quelle rue emprunter, mais je pris en courant la rue des
Cordeliers et m'arrêtai pour souffler à la place des Cardeurs. Que
faire? Je pleurais de rage quand j'entendis ses pas et me tut. Je
repris ma course frénétique jusqu'à la rue du bon Pasteur en pensant :
"il faut... arriver... hôtel. J'avais un point de coté mais j'étais
décidée à sauver ma peau. Je n'allais pas lui faire plaisir en me
faisant attraper. Je passai devant le musée "le vieil Aix" et me
réjouis ; j'étais très près de l'hôtel.
Cependant, quand je me
retournai, je vis qu'il avait gagné du terrain - à peu près deux mètres.
J'avais très peur et ne pus étouffer un cri en levant les yeux au ciel
pour implorer mon pardon. Toutefois, les yeux levés, je ne vis pas une
pierre, trébuchai et dévalai la rue en roulant. J'étais à la place
Richelme. Une rue s'ouvrait devant moi et je m'y engouffrai. C'était une
étroite ruelle pavée. Je regardais les vieilles bâtisses aux murs
fissurés et aux persiennes cassées. Des persiennes! Il y a longtemps
que cette rue n'avait pas été rénovée ! Elle semblait déserte à
l'exception de quelques chats rachitiques et d'un lampadaire éteint,
maculé de graffitis. C'est ça la délinquance !
Je me sentais moi même un peu délinquante sans savoir pourquoi.
Certainement à cause de ce vol profondément idiot. Je pris peur tout à
coup en voyant ces cheminées fissurées d'où ne sortait plus aucune
fumée. On aurait dit des ogres policiers qui voulaient m'emprisonner.
Cette rue s'était arrêtée de vivre à l'exception d'un hangar dans lequel
un homme prénommé Benoît vendait des matériaux divers. Mais cet homme,
s'il existait toujours, était absent. Je continuai donc à courir mais
m'arrêtai de justesse pour éviter le mur qui me barrait le passage. Une
impasse ! J'étais dans une impasse !
Je lâchai le sac pour essayer d'escalader le mur mais le détective
approchait en dégainant un magnum équipé d'un silencieux. Ce n'était
plus la peine d'essayer de lui résister. Je m'assis donc par terre en
pleurant lorsqu'il s'approcha. Ce n'était pas un pistolet qu'il tenait
dans la main mais des menottes. Je sentis le clapet se refermer, une
odeur d'éther et le réveil dans un car de police qui m'emmena au palais
de justice.
Et voilà les enfants. Ah, encore une chose, soyez toujours honnêtes!
©1995-2005
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