Mme Zèfs, professeur dhistoire, avait surpris toutes ses élèves ce matin-là en leur faisant une interrogation surprise. Comme le D.S déducation civique avait eu lieu la veille, aucune des filles navaient pris la peine dapprendre leur leçon dhistoire.
Les élèves étaient bien concentrées. Elles tentaient vainement de faire ressurgir de leur tête des souvenirs du cours. Quelques-unes, ultra-stressées, sentaient une sueur froide leur couler dans le dos, perdaient leurs couleurs, mordillaient avec rage leurs crayons, maudissaient ce jour qui, elles lavaient senti depuis leur réveil, leur serait néfaste, et lançaient des regards affolés à leur voisine. Caroline arrivait à se contrôler. Sans son visage tout blanc de frayeur, aucun signe visible ne démontrait le stress qui lui tordait le ventre, si ce nétait peut-être un léger tremblement de la main. Sa voisine, Nawal, concentrée, sa tête entre les mains, semblait courbée sous le poids des soucis, et adoptait une posture fataliste : " jai raté, jai raté. Et alors? ". Louise semblait parfaitement calme, mais ses regards perdus, hagards, me montraient clairement quelle crevait de trouille et quelle maudissait cette sale prof.
Moi, javais atteint un degré de stress inimaginable, aussi haut que la plus haute colonne de la terre, et jétais tombée de ce pilier. Je stressais tellement que je ne stressai plus. cest peut-être ça linfini. Il y a une fin, mais on retombe toujours au début, donc on nen sort jamais. Un cycle, un rond sans fin. Je parcourus des yeux la classe et y cherchai mes amies.
Josette soupirait à tout bout de champs, et, je le sentais, ne pensais plus quaux futures engueulades de ses parents. Shirley me lança un regard épuisé, et je lui répondis par un soupir qui sonna fort. Anne-Sophie paraissait totalement absorbée par sa feuille.
Cest alors quElle retentit. Dabord doucement, comme un vague à lâme. Nous relevâmes toutes la tête, dun même mouvement. la musique enflait, grossissait, sévanouissait, reprenait vie. Elle semblait danser, pour nous. Chacune avait limpression quelle vivait en elle, elle prenait tout notre esprit. Nos soucis disparaissaient en ne laissant aucune autre trace quune douce mélancolie poignante quaccentuait la musique. Jamais je nai senti quelque chose daussi beau. Les larmes commencèrent à couler sur nos joues. Cétait trop beau, trop divin, pour être entendu par nous, pour retentir sur cette terre.
Doucement, elle prit fin, nous laissant un grand vide dans le coeur. Quelquun nous aurait dit que cétait la musique dAnges, nous laurions cru, parce que ce nétait pas une mélodie terrestre, cétait trop fort pour avoir été inventé par des hommes.
Nous sommes toutes sorties en hâte de la classe, suivies de mme Zèfs, elle aussi profondément remuée. Nous pensions quElle venait du 5e étage, de la salle de musique. Sur notre passage des portes souvraient sur des élèves aussi éberluées que nous. Nous formâmes bientôt un troupeau se mouvant, nous en tête.
Ce fut moi qui ouvris la porte de la salle de musique. M Reigil, notre professeur, gisait à terre, un couteau planté dans la poitrine, baignant dans son sang. Nous comprîmes alors que la musique était bien une musique divine, la musique de la Mort.
critiques et commentaires bienvenus. Merci, Hélène