Il ne reste plus que quelques secondes, lourdes, graves, pénibles,... bref gravis (voilà sûrement le seul mot de latin dont je me souviendrai toujours...). Souffrir, souffrir toujours, mais cette douleur ne me donne pas la réponse.
Non, je ne la connais pas, et le temps passe...
Moi, les yeux fixés sur la feuille je remonte aussi loin que possible dans
ma mémoire.
Pas moyen, je ne trouve rien de valable.
Déjà tout le monde a fini et quelques chuchotements commencent à se laisser
entendre. Je veux leur dire : "Arrêtez, moi je travaille..."
Mais après réflexion ça aurait été vraiment ridicule.
Bon je me dis que c'est bête de perdre du temps à cause de ces pov'mecs.
Faut que j'me reprenne POM,POM,POM...(je réfléchis).
Une mouche vole au dessus de moi.
On aurait dit que même les mouches veulent que je rate.
C'est quand même grave,... je la tue... il y a un cadavre sur mon bureau, mais ce
détail ne doit pas me troubler.
Je commence à avoir une idée ce n'est pas la bonne, je le sais mais j'écris, je continue sans répit. Après tout mon but n'est il pas de remplir ma
feuille, peu m'importe le contenu de mes phrases, tant qu'il n'y a pas de
blancs...
La sonne cloche (ou plutôt la cloche sonne...) c'est fini.
Plus d'inquiétude, le calme plat, mon esprit se vide, je n'existe plus.
Je ressors de ma torpeur, autour de moi, chacun parle de ses réponses.
Mais moi, tout ce dont je suis capable, c'est de m'imaginer la gueule du prof
quand il verra comme réponse à la question : "de quoi sont constituées les
mollécules?": elles sont constituées de... CONSTITUANTS.
De constituants que j'avais répondu et puis aux autres questions la réponse
avait toujours été la même : "monsieur vous êtes pô grlop, c'est vraiment c...
de votre part de mettre des questions dont vous connaissez déjà les réponses".
En fin de compte, la tronche qu'il tirerait j'en avais vraiment rien à foutre... c'était plutôt celle de mes parents lorsque leur regard se poserait sur
cette interrogation.
Bon ne pensons pas à ça... je m'endors
Quand, trois jours plus tard, Mr.Trucbrol vient gentiment m'expliquer que mon
attitude devait être dûe aux hormones, je suis partie en me marrant d'un rire
hystérique et inextinguible, qu'est-ce qu'ils pouvaient être ridicules ces
adultes...
Mais lui croyant que je pleurais, a appelé le psy de l'école : "sûrement des
problèmes familiaux" disait-il.
Il ne savait pas encore que je n'avais pas de famille, mes parents étaient à
mes yeux des êtres inexistants (sauf lorsque je devais supporter leur
rage, car alors leurs cris étaient trop forts pour être négligés...). J'étais
seule et je voulais le rester.
En plus je n'avais pas le temps de lui expliquer... j'avais un train à prendre.
Pour aller où?... Bonne question... je n'en sais rien... mais je me souviens que
chaque fois que je sortais en courant de ma classe, Mr.Duchnouf me demandait
si j'avais un train à prendre.
Aujourd'hui, si je le croise par hasard, je pourrai lui dire que oui, mon
train m'attend et que je pars pour retrouver ma nature première: le mouton...
Olwen