JEUNES ÉCRIVAINS
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Clara


par Nathalie

janvier 2001

- N'insiste pas Clara c'est fini.

Je dévisageais avec insistance, Paul, qui m'annonçait ému notre rupture, avec une voix tremblante, un regard éteint. Sans explication. J'étais effondrée, abandonnée. Nous nous regardions, les yeux mêlés de larmes et c'était notre dernier moment commun, complice.

Je lui criai avec désespoir : "Mais pourquoi ? Pourquoi ?" Je hurlai, je me vidais, j'étais devenue folle, la belle Clara était cinglée! "Je t'en supplie Paul, donne-moi une explication ! Dis-moi que ce n'est pas fini !" Je continuai de crier, au milieu de la cour du lycée, sans m'occuper des dizaines de regards tournés vers moi.

Puis, pendant quelques minutes,,je n'ai plus rien dit, je me sentais fatiguée, honteuse. Nous nous regardions toujours et la cour me semblait vide, nous étions seuls, les autres étaient transparents. Ils n'étaient rien les autres, ils n'existaient pas pour moi; je ne voyais que lui, que Paul. J'avais l'impression que les larmes, le chagrin me rongeait le visage, Clara n'avait plus de tête, plus de figure.

Enfin,je me calmai et articulai dans un sanglot "Je t'aime". Je n'ai dit que ça mais j'avais usé toute mon énergie, tout mon espoir, pour dire ces mots,j'étais vidée. Ce qu'il me répondit continua de m'achever, et le poignard qu'il m'avait lancé en me disant que c'était fini, s'enfonça de plus en plus dans mon coeur, à cause de ces phrases qui confirmaient ce que je refusais d'entendre: " Plus moi Clara, c'est terminé, vraiment, je ne t'aime plus. Tu n'as jamais voulu le voir, mais maintenant,je te le dis. Laisse moi maintenant." Il parlait par bribes de phrases presque incompréhensibles, mais moi ,je comprenais, ,je comprenais même trop.

Puis il partit, vite, il franchit le portail du lycée et courut sans doute pour fuir, fuir ce qu'il venait de faire, ou de ne pas faire. Je restais plantée, là, les yeux baignés de larmes, et j'étais moi aussi devenue transparente. Ma pensée se noyait dans une cascade de désespoir.

Il aurait pu me prendre dans ses bras, m'embrasser une dernière fois, me parler. Et il ne l'a pas fait, il m'a laissée seule avec ma tristesse déchirante. En partant comme ça, il avait laissé une plaie ouverte sur mon coeur et le poignard qu'il m'avait jeté s'enfonçait encore et encore. En me réconfortant il aurait pansé cette blessure, mais il n'en était rien et mon coeur se brisait. Il occupait une partie de mon coeur et cette partie s'envolait, s'enfuyait avec lui. Clara avait plus de coeur. Paul a préféré partir et me détruire, plutôt que de rester et fonder avec moi une amitié sans limite en recollant ce petit morceau de coeur qui voulait s'envoler. Je lui en voulais de ne pas m'aimer, de ne pas m'aider, de me laisser sombrer, et je lui en veux toujours. Il avait construit avec moi plus d'un an de ma vie, et il m'avait détruit entièrement en quelques minutes.

La cloche de l'école sonna. Cours de français...

Je montai les escaliers avec lassitude et m'asseyai machinalement, ,j'étais un automate,je ne pensais plus, ou plutôt je ne pensais plus qu'à Paul. Je l'avais rencontré le jour de ma rentrée au lycée, il redoublait sa seconde et moi,j'étais nouvelle et perdue. Il m'a d'abord guidé dans les bâtiments, puis par la suite on est devenu amis. Un jour,je m'en souviens très bien, la pluie trempait nos vêtements, il m'avait prise dans ses bras pour me réchauffer et m'avait raccompagnée devant ma porte. En rentrant j'ai ressenti pour la première fois l'amour. Mon ventre était chaud et noué. Dès le lendemain je me sentais gênée par sa présence et chacune de ses paroles était pour moi un vertige de douceur qui serrait mon estomac et me faisait frissonner. Un jour je lui ai seulement dit "je t'aime". Il m'a regardé, étonné, il n'a rien dit, il m'a prise dans ses bras et m'a embrassée. Ses lèvres mordillaient les miennes, j'avais chaud et je me sentais maladroite et ridicule, mais JE L'AIMAIS...

"Mademoiselle BERGMAN! Pouvez vous lire le texte ?"

Je sursautai :plongée dans mes rêves douloureux je n'avais rien entendu.

"Alors ?! Je vois que cette sérieuse jeune fille s'est endormie tellement elle était absorbée par ce cours passionnant! Avez vous une explication Clara?"

Ces paroles ironiques firent l'effet d'une bombe et j'eus une réaction inhabituelle,,j 'explosai de colère,,je vidai tout à coup mon coeur devant Madame Larue qui me regardait effarée

"- NON ! Je n'ai pas d'explications! hurlais-je en jetant mon livre - NON je ne dormais pas! LAISSEZ MOI!"

C'est les yeux baignés de larmes que j'avais articulé ces dernières paroles avant de m'enfuir en courant, laissant derrière moi trente-deux élèves hagards et un professeur désemparé.

Je courais maintenant depuis longtemps, une minute? Dix? Je ne pouvais le dire mais il me semblait que c'était une éternité, un temps infini pendant lequel je n'avais pensé à rien d'autre qu'à courir, sans but précis. J'étais arrivée chez moi sans doute par une force instinctive, j'ouvris la porte: personne. Mes parents étaient à leur travail. Je m'asseyai sur le canapé du salon et respirai profondément. Comment oublier un premier amour? Une relation si forte. J'étais abandonnée, mon seul amour m'avait laissé seule...

Je n'arrivais pas à réfléchir sans me remémorer les mille projets que j'avais pour nous.

Ma vie semblait s'arrêter là, à cause de cette rupture. Je me dirigeai sereinement vers la fenêtre ouverte,je passai un jambe par dessus les barreaux puis une deuxième...

Il suffisait de lâcher mes deux mains tremblantes pour mettre un terme à ma vie. Six étages semblaient s'ouvrir sous mes pieds, 16 années s'étalaient derrière moi... J'allais disparaître dans les airs, Clara allait crever...

NON ! Je ne pouvais pas sauter, c'était trop dur! Je ne pouvais pas m'écraser sur le sol et laisser comme seul souvenir un corps mutilé, un visage sanglant, défiguré. Je repassais mes jambes par dessus ces barreaux qui m'avaient tenue quelques secondes à la vie...

Je m'effondrais sur le sol.

Une fois revenue à la conscience ,je continuais à penser à Paul, ,je me remis à pleurer, puis je me levai et parcourus la maison à la recherche d'une solution quelconque à ce poids douloureux...

Mon regard s'illumina quand j'aperçus, dans le tiroir resté ouvert de la cuisine, une lame flamboyante. Ma main vagabonda quelques temps sur le couteau puis je le pris. Je me dirigeai alors dans la salle de bains. Je me devêtis lentement et pris place dans la baignoire...

La lame brillante glissait sur ma peau blanche et s'arrêta au niveau du poignet, ,j'agissais lentement jusque là, d'un coup je tranchai la veine saillante... Une goutte de sang s'écoula sur ma main, puis ce fut une source sanglante qui s'écoulait sur mon bras couleur perle...

À ce moment,je crois que je me suis endormie ou évanouie, je ne sais pas...

Je me suis retrouvée à l'hôpital, mes parents étaient à mon chevet. Papa me tenait la main, Maman pleurait, c'est elle qui m'avait retrouvée, elle criait: "Pourquoi ? Clara, ma chérie dis -moi... Qu'est-ce que j'ai fait!!!!" Je me sentais si coupable d'avoir causé un tel chagrin. J'aurais pu mourir! Quelle idée j'avais eue de vouloir mettre un terme à ma vie. Comment une rupture avait-elle pu remuer tant de choses en moi et en ma famille? Il fallait maintenant que je fasse le deuil de cette séparation. Cette tentative de suicide m'avait fait réfléchir. J'avais repris goût à la vie, mais mon existence semblait sans avenir.

Je devais recommencer une nouvelle vie... Cependant ma mère m'avait retrouvée à temps. J'étais sauve...

Quelques mois plus tard, en septembre, ,j'entrais dans un nouveau lycée. Je redoublais ma seconde, comme Paul lorsque je l'avais rencontré... Je franchis le portail avec courage. En marchant dans la cour où l'âme d'automne semblait déjà avoir remplacé la fraîcheur estivale, j'observais le visage des lycéens. Aucun ne m'était familier. La sonnerie retentit. Je suivais les autres élèves de ma classe. J'essayais d'être attentive aux paroles du professeur principal qui nous donnait l'emploi du temps, attentive pour ne pas me laisser ronger par le chagrin ou l'amertume. Pourtant l'ennui pesait sur toute la classe...

Soudain un lycéen entra tel un bolide dans la salle qui semblait être endormie, sans frapper sans même un "bonjour" furtif et vint prendre place sur la seule chaise vide de la classe, celle située à côté de moi. Puis l'air de rien il affirma: "je suis en retard", comme si personne ne l'avait remarqué.

Après la sonnerie, dans la cour, alors que je n'osais aborder personne, il s'approcha de moi et se présenta: "Je m'appelle Pierre Delang, euh et toi?"

Je le regardais. Ses yeux étaient deux océans piqués de diamants qui par leur malice me séduisaient, je ne voyais que ces deux pierres précieuses. Il prit dans ses doigts fins une mèche bouclée de mes cheveux blonds qui tombaient tel un torrent sur mes épaules puis il me dit : "tu es belle". Il m'amusait par sa maladresse. Je bredouillais et, ne sachant que faire, ,je tournais les talons. Il m'appela: "Clara, c'est joli comme prénom..."

Je ne sais pas comment il avait su mon identité mais je ralentis, il me rattrapa et en profita pour prendre ma main frêle et nous marchâmes quelques instants.

J'étais enfin de nouveau heureuse !

FIN

Nathalie


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