Il était une fois, dans une région froide et humide de la côte
écossaise, une petite fille adorable de onze printemps qui se
prénommait Pearlyn.
Tout
le monde l'adorait dans le village car, malgré sa petite taille,
elle rendait bien des services aux habitants. Telle une adulte, elle traversait
des kilomètres et des kilomètres de landes, bravant la
tempête, sur sa bicyclette jaune que lui avait offerte Mrs Guertine en
récompense de petits services rendus. Pearlyn n'avait vraiment
peur de rien. De rien… sauf des petits rats des champs qui infestaient
les alentours du village.
Un
beau jour, avec ses deux amis Evter et Dwain qui étaient toujours en
retard pour l'école mais jamais pour les bêtises, ils
décidèrent de partir à la chasse aux rats. Ô, ils ne
voulaient pas les tuer, mais seulement leur faire peur afin qu'ils
quittent la région. Mais comment faire fuir une centaine de rats sans
leur faire de mal ? Ce fut la question que nos trois «chasseurs en herbe
» se posèrent pendant au moins quatre lunes, jusqu'au jour
où…
Alors
qu'elle rendait à nouveau un petit service à Mrs Guertine,
Pearlyn se retrouva dans le grenier de Jack le marin, un ancien pêcheur
que la mer avait rendu susceptible et ivrogne par la même occasion. Elle
avait pour Guertine mission (comme elle avait coutume des les appeler) d'aller
récupérer un petit chaton. Mais pas n'importe lequel : le
petit chaton de Mrs Guertine justement, qui s'était
réfugié dans ce fameux grenier après une averse de pluie
digne d'être appelée «douche écossaise».
C'est là, dans cet endroit poussiéreux et sombre, que
Pearlyn fit une découverte incroyable et inespérée.
En
voulant récupérer le petit chaton blotti derrière une
vieille commode que le temps n'avait pas épargné, elle
trouva une petite fiole posée là sur le sol. Pearlyn murmura :
« ça ressemble à de l'alcool. Sacré Jack ! tu
caches même tes bouteilles ». Mais non … !
En essuyant la poussière posée sur l'étiquette,
elle découvrit une inscription à peine lisible. Il était
écrit : ANTI-RAT MAGIQUE POUR NAVIRE.
Elle récupéra le chaton miaulant de
peur, prit sa bicyclette et le déposa chez Mrs Guertine toute heureuse
de retrouver son minet. Ensuite, elle fila comme une étoile rejoindre
ses deux amis dans leur quartier général qu'ils avaient
installé sous le vieux chêne derrière le cimetière.
A son arrivée, elle leur expliqua toute excitée :
- J'ai trouvé une solution pour faire
fuir ces maudits rats qui hantent mes rêves !
- Ah ouais ? répondit Dwain.
- Quelle est cette fameuse solution ? répliqua Evter impatient, car
lui aussi avait peur des rats mais ne le disait pas par crainte des moqueries.
- Eh bien voilà ! expliqua Pearlyn. Dans le
grenier de Jack le marin, j'ai trouvé une petite bouteille
contenant, soit disant, un liquide magique qui, jadis, faisait fuir les rats
sur les navires.
- Et alors ? rétorqua Dwain d'une voix
moqueuse. Tu ne vas pas nous faire croire qu'une simple petite fiole
pourrait nous débarrasser de ces rats sans autre artifice ? Tu rigoles
ma pauvre Pearlyn !
- Moi, je la crois, dit Evter toujours craintif. Je
pense que nous devrions essayer ce remède le plus tôt possible.
Pourquoi pas aujourd'hui ?
A ce moment là, Pearlyn découvrit une
autre vieille inscription graver sur le fond de la petite bouteille.
«
Pour utiliser le contenu, réciter les mots magiques
POLI-POLI-RA-FUI tout en versant le liquide sur le repère des rats. Mais
attention ! Si la formule n'est pas correctement prononcée, l'utilisateur
se transformera alors en…
RAT ! »
- De toute façon, tu ne crois jamais en rien,
affirma Evter. Pour toi, un verre est toujours à moitié vide,
tandis que pour Pearlyn et moi, il est toujours à moitié plein !
! !
- Que veux-tu dire par-là ? Que je suis
trouillard ?
- Mais non, je veux juste dire que tu es pessimiste !
- Pessi quoi ?
- PE-SSI-MIS-TE. Cela veut dire que tu vois toujours
le mauvais côté des choses. Souviens-toi, vendredi quand le
maître Mr Hallott a rendu ta
copie sur les civilisations égyptiennes, tu ne prenais pas au
sérieux ses compliments ; tu pensais qu'il se moquait de toi comme
d'habitude et pourtant tu savais très bien que ton devoir
était excellent car nous l'avions révisé avec
Pearlyn. Tu étais PE-SSI-MI-STE encore une fois ! Alors tu…
- Allez, arrêtons de nous disputer pour des
sottises. Que décidons-nous ? demanda Pearlyn à Evter.
- Bon, OK, je te suis dans ton projet qui, ma foi, me
tient à cœur autant qu'à toi répondit-il.
- Alors Dwain, que décides-tu ? questionna
Pearlyn.
- Je participe à votre petite aventure, mais
à trois conditions.
- Lesquelles ? interrogea Evter.
- Que tu ne me traites plus de PETISSISTE, que
la…
- PE-SSI-MI-STE, cria Pearlyn.
Dwain se reprit :
- Qu'on ne me traite plus de PE-SSI-MI-STE, que
la formule magique soit dite par ma pomme et surtout que je sois rentré
avant la nuit car mes parents ne sont pas très joyeux en ce moment pour
des raisons banales de corvées non faites. Ah ! les parents.. !
Evter lui répondit aussi tôt :
- Oui pour le PE-SSI-MI-STE, oui pour avant la nuit,
car je me ferai un petit plaisir d'aller espionner le petit Dwain faisant
ses corvées, mais NON pour la formule magique.
- Pourquoi non ?
- Parce que c'est toujours toi qui
décide, alors non, Non et NON !
Une fois de plus, Pearlyn trouva la solution :
- Tirons à la courte paille. Mais pour l'amour
de Dieu, arrêtez vos bagarres complètement idiotes et ridicules d'enfants
gâtés.
- Allez, Pearlyn, amène tes trois bouts de
pailles, bougonna Dwain tête baissée.
Les
trois petites brindilles étant réunies, le tirage pouvait commencer.
Pearlyn accepta l'honneur aux filles et tira la première. Ensuite
vint le tour de Dwain qui souhaitait à tout prix remporter cet enjeu
pour une question de fierté, puis Evter prit la troisième et
dernière paille. Le suspens était au rendez-vous sous le vieux
chêne.
Le hasard, qui ne fait pas toujours bien
les choses, n'avait pas failli à sa réputation en offrant
une petite paille à Dwain et deux légèrement plus grandes
aux autres protagonistes. La désolation d'Evter n'avait d'égale
que la joie moqueuse de Dwain. Pearlyn était plutôt neutre dans
cette affaire : qu'elle perde ou qu'elle gagne importait peu. Son
seul souci était de faire fuir les rats et peu importe qui serait le
maître de cérémonie.
Le
trio se mit en quête du fameux repère des rats. Chevauchant leurs
bicyclettes, ils traversèrent le village, d'ouest en est, du nord
au sud, en quête de renseignements précieux pour arriver enfin
à l'orée d'un bois appelé ‘Freewood'.
Ils déposèrent leurs engins de fortune à deux roues dans
un petit bosquet et partirent à la recherche de cet endroit que certains
chasseurs du village leur avaient décrit comme l'antre des rats. C'était
un lieu sombre et humide où le vent du large fouettait les feuilles dans
un fracas funèbre.
Après
quelques minutes de chemins boueux et de sentiers étroits, nos trois
aventuriers du dimanche aux souliers crottés stoppèrent à
l'endroit indiqué.
- Regardez ! s'exclama Pearlyn. Les chasseurs
ont dit vrai : des rats, des rats de partout, il y en a des dizaines !
- Chuuut ! murmura Evter. Si nous faisons autant de
bruit, ils vont nous repérer puis nous attaquer. Et franchement, je ne
le souhaite pas !
Dwain se moqua d'Evter :
- Tu n'es vraiment qu'un trouillard. Toi
Evter, le prince charmant des filles de l'école, le cador de la
cours de récré. Tu oses avoir peur des rats devant ta
bien-aimée, Ah, Ah !.
- Tu racontes n'importe quoi, Dwain. Je ne suis
pas amoureux de Pearlyn !
Elle se mit à rougir comme de la braise, car
Pearlyn n'était bien évidemment pas insensible aux petites
pommettes roses et aux yeux bleu turquoise d'Evter.
- Regardez, dit-elle pour sortir d'une
conversation bien embarrasante. Les rats se réunissent tous vers la
petite grotte là-bas à gauche de l'arbre mort. Je pense que
Dwain devrait profiter de l'occasion qui nous est donné pour
opérer, non ?
- Je pense que tu as raison Pearlyn, répondit
Dwain. J'attaque !
- Fais attention à toi, chuchota Evter.
Et
voilà notre ami Dwain partit, fier comme un paon, avec la ruse d'une
fouine, le pas sûr, le regard fixé sur cette petite grotte. Plus
que quelques mètres et il pourra déboucher sa petite bouteille et
surtout prononcer cette formule magique dont il veut bien croire en son
efficacité surtout pour faire plaisir à ses amis restés
plus loin derrière un buisson.
- Ca y est ! Il est arrivé, dit Pearlyn
inquiète. Pourvu que les rats ne prennent pas l'idée de
sortir de la grotte au moment où Dwain prononcera la formule magique. Ca
serait une catastrophe !
- Toi aussi tu deviens pessimiste ! se moqua Evter.
Fais plutôt attention de rester immobile et surtout de ne pas faire trop
de bruit.
- D'accord et excuse-moi pour mon pessimisme,
mais j'ai vraiment peur maintenant. Je tremble comme feuille.
- N'aie pas peur. Dwain assure pas mal pour l'instant.
Regarde, il débouche la fiole !
Avec
une facilité incroyable, Dwain retira le vieux bouchon de liège
sans faire de bruit. Il pencha la bouteille pour verser le contenu dans la
grotte en contrebas tout en prononçant la formule magique.
« PILO-POLI-RA-FU…heu ! .. PALI-PALO-RI-FA…heu
! …POLI-PILA-RI-FUI… »
Le malheureux n'arrivait pas à lire la
formule sans se tromper. Quel désastre !
Pearlyn
et Evter s'exclamèrent en même temps «
POLI-POLI-RA-FUI » pour aider Dwain qui commençait à
diminuer de taille à vue d'œil sans qu'il ne puisse
rien faire.
Soudain, un épais brouillard se mit à
envahir la forêt en une fraction de seconde.
- Dwain ! Dwain ! Où es-tu ? cria Pearlyn.
Où es-tu, réponds-nous, je t'en supplie, Dwain ?
Evter semblait tétanisé :
- Mais où est-il bon sang ? demanda-t-il
à Pearlyn d'une voix tremblante.
- Je n'en ai aucune idée. Viens,
approchons-nous de la grotte.
D'énormes
coups de tonnerre suivis de flash se mirent à retentir dans la
forêt. Pearlyn et Evter étaient blottis l'un contre l'autre.
Les frissons envahissaient leurs corps terrifiés. Ils ne savaient
vraiment plus quoi penser de cet événement.
D'un
coup, comme par enchantement, le
brouillard se dissipa aussi rapidement qu'il était arrivé.
Pearlyn et Evter n'en croyaient pas leurs yeux.
- Viens Evter, approchons-nous de la grotte !
Ils s'avancèrent lentement de moins en
moins rassurés.
- Mais je ne vois plus Dwain !
- Approchons-nous encore plus près.
Il n'y avait plus aucune trace des rats. Mais le
plus inquiétant, c'est que Dwain avait belle et bien disparu.
Mystère !
- Toi, Pearlyn, qui es plus petite que moi, tu devrais
pouvoir t'introduire dans la grotte sans mal, non ? proposa Evter.
- Je veux bien essayer, mais je ne te cache pas que j'ai
la frousse. Dwain a disparu et il ne peut-être que là dedans. Je
vais donc tenter de me glisser.
En
deux coups de cuillère à pot, la courageuse se retrouva dans les
entrailles de la grotte à peine éclairée par la lueur de
jour. C'était un lieu froid et humide où les toiles d'araignées
se mêlaient aux salpêtres. Une odeur de champignon moisi flottait
dans l'air. Ce n'était pas l'enfer mais presque.
Pearlyn cria de toute ses forces :
- Dwain, Dwain, où es-tu ? Réponds-moi,
je t'en conjure, Dwain, c'est vraiment pas drôle. Dwaiaiaiain
!
Soudain, une petite voix murmura : « Je suis
là, Pearlyn, sauve-moi ! »
- Qui est là ? questionna Pearlyn affolée.
- C'est moi, Dwain…
- DWAIN ! Mais où es-tu ?
- Là, derrière toi !
Pearlyn
essaya tant bien que mal de faire demi-tour dans cet endroit exigu et
aperçut, là, devant elle, posé sur une pierre, un rat
à peine visible, vêtu de lambeau. Un rat qui causait comme un
être humain.
- C'est moi Pearlyn…c'est moi,
Dwain. Je suis transformé en rat par je ne sais quel artifice, mais je
suis bel et bien un vulgaire rat. Qui parle certes, mais un rat ! Comment ai-je
pu en arriver là ?
- Mon pauvre Dwain, tu es devenu rat car tu as mal lu
la formule. Qu'allons nous faire maintenant ?
- Je ne sais pas, mais trouve une solution Pearlyn. Ne
me laisse pas comme ça !
- Ecoute-moi bien Dwain. Je vais retourner au village
voir Jack le marin. Avec un peu de chance, il aura un antidote ou quelque chose
dans ce genre qui pourra renverser la situation.
- Ok Pearlyn, mais fais le plus vite possible. Je n'arrête
pas de penser à mes parents. Que vont-ils faire, dire, penser de mon
état ? Ils ne voudront sans doute plus de moi comme fils !
- Fais-moi confiance, ils n'en sauront rien !
- Merci. Sauve-moi et je ne t'embêterais
plus jamais, jamais !
- À tout de suite !
Pearlyn sortit de la grotte un peu
choquée et Evter commença à la harceler de questions.
- Alors, as-tu vu Dwain ? Où est-il ? Qu'allons
nous devenir ?
- Calme-toi, répondit Pearlyn. J'ai vu
Dwain, il est dans la grotte, mais…
- Mais quoi ?
- Mais… c'est un… ça fait
drôle de parler à un rat !
- Quoi, un rat ! Ce n'est pas possible ? Dwain
est un rat ?
- Mais si, mais si, c'est à cause de la
formule mal dite, enfin… tu verras…, nous n'avons pas de
temps à perdre avant la nuit. Alors surveille l'entrée de
la grotte et méfie-toi des rapaces et autres prédateurs qui ne
feraient qu'une bouchée de Dwain. Moi, pendant ce temps, je file
au village chercher un remède chez Jack le marin.
Pearlyn,
n'écoutant que son courage, prit sa bicyclette jaune et rentra au
village en quête du fameux bonhomme. Après une course
effrénée entre elle et le temps, elle rencontra Mrs Guertine
derrière l'église, prés de la maison de Jack le
marin. Elle lui dit :
- Bonjour Mrs Guertine !
- Bonjour mon petit chat, répondit la vieille
dame. J'espère que ta bicyclette te plaît toujours ? Tu
sais, tu es tellement belle sur ton bolide, tu me ressembles
quand j'avais ton âge. A mon époque, une bicyclette
était vraiment un luxe. Alors prends-en bien grand soin, sinon…
- Excusez-moi Mrs Guertine, coupa Pearlyn. Mais le
temps m'est compté. Je n'ai pas trop la possibilité
de discuter avec vous. Oh ! ce n'est pas l'envie qui m'en
manque, mais…
- Que se passe-t-il mon petit chat ? tu as l'air
bouleversée.
- Je ne peux malheureusement pas vous expliquer mon
problème. Puis ajouta tout bas :
« Si j'étais vraiment un chat comme Mrs Guertine le
dit, je ferais de Dwain mon petit goûter.
- Que dis-tu, mon petit chat ?
- Non, non, euh.. rien, je pensais tout haut !
Dites-moi Mrs Guertine, auriez-vous vu par chance Jack le marin dans les
parages ?
- Ah, ce vieil ivrogne doit cuver son whisky dans sa
grange ou siroter des bières avec ses amis de comptoir au pub à
la sortie du village !
- Merci du renseignement Mrs Guertine, je passerai
demain discuter avec vous si vous le souhaitez ! »
Sans
attendre la réponse de Mrs Guertine, Pearlyn partit sur les chapeaux de
roues à la grange de Jack. Arrivée, elle aperçut une ombre
dans l'enclos et s'y rendit. Elle interrogea timidement :
- Hou ! Hou ! Y a quelqu'un ? Jack, vous
êtes là ?
Une grosse voix retentit au fond de la grange. «
QUI EST-LA ? »
- C'est moi, Pearlyn ! Quelle chance, vous
êtes là ! Puis-je vous parler deux minutes ?
- OUI, MAIS FAIS VITE. J' N'AI PAS QUE CA
A FAIRE, MOI !
- Pourrait-on se rapprocher. La conversation en serait
plus claire, non ?
- OK, BOUGE PAS, J'ARRIVE !
Le
vieil homme titubait comme un sémaphore sous la houle. Mrs Guertine
avait vu juste, le pauvre Jack était saoul.
- Que veux-tu matelote ? Une lichette de c'bon
douze ans d'âge ? brandissant sa bouteille comme un trophée.
- Non !
répondit-elle. Je veux que vous m'aidiez… si vous le
pouvez encore.
- Faut voir ! s'exlama Jack doté d'une
haleine fétide.
- J'ai eu un grave souci avec votre fiole d'anti-rat!
- Ma fiole !, j'n'avais donc point rêvé. On m'l'avait bien dérobé! Sacripants
! Si j'attrape ce voleur de gourde, il va passer un quart d'heure
mémorable. Il va oublier son nom et celui d'sa famille. Je vais le
réduire en bouill….
- Ne vous fatigué pas Jack, c'est moi qui
ai chipé votre fiole !
- Toi Pearlyn ! mais que voulais-tu en faire ?
Pearlyn
se mit à lui raconter toute l'histoire dans les moindres
détails. Jack semblait boire ses paroles aussi facilement que son
whisky. D'un seul coup, il se leva et cria :
- Par les cornes de Satan, il ne faut pas perdre une
minute. Suis-moi au grenier ! Je vais te donner une autre fiole, un antidote
quoi !
- Merci Jack. Je dirai à Dwain et à tout
le village combien vous êtes bon.
- Arrête tes sornettes, viens !
Les
voilà partis, tous les deux sous le toit de la vieille grange, là
où, quelques heures auparavant, Pearlyn avait trouvé la
première fiole responsable de leurs petits ennuis. Jack prit une petite
gorgée de whisky, se posa
sur une vieille chaise en paille et dit d'une voix claire et nette :
- Voilà, ma p'tite Pearlyn ! Il sortit une autre fiole, guère
plus petite que la première, du buffet rongé par les mites
situé derrière lui et
répéta d'une voix mal assurée :
- Voilà ma p'tite Pearlyn. Dans cette
petite bouteille, il y a un liquide très, très puissant. C'est
un sorcier norvégien qui me l'avait donné, justement au cas
où un malheur arriverait avec l'anti-rat magique.
- Et alors Jack, et alors ?
- Ben… c'est aujourd'hui ou jamais
le moment d'essayer ce produit miracle et de faire confiance à ces
vikings de norvégiens si j'ai bien compris ?
- Vous avez bien tout compris Jack. Mais activez, le
temps presse !
- Alors ouvre bien tes écoutilles et imprime
bien ce que j'vais t'dire…
- N'ayez crainte Jack, j'ai envie de
sauver mon ami. Je vais vous écouter très attentivement !
- Voilà. Tu dois bien évidemment entrer
en contact avec Dwain, enfin le rat quoi ! Et surtout, très important,
TU DOIS OUBLIER TA PEUR, car le liquide doit être versé sur la
victime sans trembler !
- Mais… mais Jack, j'ai… j'ai
peur des rats….
- ABSOLUMENT sans trembler, sinon catastrophe, la
potion aura l'effet contraire… Elle te transformera en RAT, et oui,
toi aussi AH, AH !
- Ce n'est pas drôle Jack…
- Alors pourquoi y aurait-il tant de rats ici ! Tu ne
t'es jamais posé la question ?
- Vous me racontez des balivernes, hein ?
- Balivernes ou non, c'est comme ça !
Maintenant laisse-moi tranquille, j'ai du pain sur la planche, enfin
plutôt du… bon whisky dans ma bouteille ! AH, AH !
Jack
partit en radotant des phrases à peine audible. Son moment de
lucidité était belle et bien terminé. Pearlyn reprit sa
bicyclette et retourna voir Evter resté dans la forêt pour lui
raconter sa conversation avec Jack.
La
journée commençait à donner des signes de faiblesse mais
pour Pearlyn et ses amis, elle n'était pas terminée.
Après de longues minutes de courage et de nombreux coups de
pédales, Pearlyn arriva enfin dans la forêt, fatiguée mais
optimiste, car elle venait avec de bonnes nouvelles qui rassureraient sans
aucun doute ses deux amis.
- Qui est là ? demanda Evter qui, devant la
grotte depuis un bon moment, commençait serieusement à se poser
des questions sur la longue absence de Pearlyn.
- C'est moi, Pearlyn !
- Tu m'as fait rudement peur. En plus la nuit ne
va pas tarder à tomber. Que faisais-tu ? Je m'inquiétais
moi !
- Excuse-moi, je ne voulais pas t'effrayer. Bon,
maintenant, il faut agir vite !
- Tu as trouvé une solution avec Jack le marin
?
- Oui, mais il y a encore un souci de magie !
- De magie ? Explique-toi.
- Voilà. Jack m'a donné une autre
fiole, sans formule magique et…
- Alors pourquoi tu m'a parlé de magie ?
- Attend ! J'y viens ! La magie, dans cette
fiole, entre en action uniquement dans le fait de verser le contenu.
- Je ne comprend rien du tout !
- Si je tremble, même qu'un petit peu, en
versant le liquide sur Dwain, je me transformerais en rat moi aussi !
- Et Dwain restera rat si j'ai bien saisi l'histoire
?
Nos
deux amis commencèrent à décider d'un plan d'attaque,
afin de manœuvrer au mieux et que l'action se déroule sans
problème. Ils pensèrent qu'attirer Dwain sur un rocher bien
plat et de le ligoter, serait la meilleure façon de ne pas trembler.
D'abord,
il fallait tenter de faire sortir
Dwain de la petite grotte.
- Dwain, c'est Pearlyn, il faut que tu sortes de
là, j'ai
trouvé un antidote chez Jack le marin qui pourrait sans doute
régler notre gros souci !
Une petite voix sortit de la grotte. C'était
Dwain bien sûr :
- J'ai peur de sortir. J'ai peur des
autres rats. J'ai peur des animaux qui pourraient me dévorer tout
cru, j'ai peur, j'ai peur, j'ai peur !
- Mais non, ne crains rien ! le rassura Pearlyn. Il n'y
a plus aucun rat dans le secteur, sauf toi. La formule d'anti-rat a bien
fonctionné pour ça. Alors, sors de là et fais-nous
confiance !
Dwain
laissa passer quelques secondes sans rien dire. Hésitait-il ? Non, sa
petite tête de rat réfléchissait : «Si la première fiole a
éliminé les rats et m'a transformé en petit monstre,
c'est que le liquide était vraiment magique. Donc, il faut faire
confiance à ce vieil ivrogne de Jack pour l'antidote et surtout ce
n'est pas le moment d'être
PESSIMISTE».
Ses
amis commençaient à
trouver le temps un peu long. Evter s'impatienta :
- Alors Dwain, tu te décides à bouger,
la nuit va tomber !
- Je sors mes amis, je sors. Faites attention et Evter
si tu rigoles de me voir en rat, je te…je te…je te pardonnerais !
Dwain
commença son chemin vers la sortie. Pearlyn et Evter étaient
à l'affût du moindre petit bout de nez de rat qu'ils
verraient apparaître de la grotte.
Soudain,
un petit museau pointa, c'était Dwain. Cette chose, mi-humaine,
mi-animal, regardait à droite, à gauche, derrière, devant
à une vitesse vertigineuse, tremblante de peur. Pearlyn fixait le rat en
tremblant elle-même. Ils ressemblaient tous les deux à des
castagnettes. Evter prit les choses en main :
- Si vous voulez réussir votre formule, il va
falloir sacrément vous calmer tous les deux ! Vous avez peur l'un
de l'autre, c'est ridicule. D'habitude, vous passez le clair
de votre temps à vous chamailler. Alors pour une fois, essayez de faire
un effort !
Pearlyn prit son courage à deux mains et
attrapa Dwain. Elle le monta au niveau de son visage, le regarda dans les yeux
et lui expliqua la manœuvre qui pourra lui redonner son apparence humaine
:
- Tu vois Dwain. Je vais te poser sur cette pierre bien
plate, je vais t'attacher avec cette cordelette pour que tu ne puisses
plus bouger.
- Mais pourquoi attaché ? demanda Dwain
effrayé.
- Car si l'un de nous deux tremble, je n'ose
imaginer le résultat !
- C'est bon, Pearlyn, attache-moi qu'on en
finisse avec cette histoire.
Pearlyn
posa Dwain sur la pierre, tandis qu'Evter commença à
dérouler la cordelette. Pearlyn prit grand soin de ne pas lui faire de
mal en l'attachant. Dwain était maintenant ligoté comme un
rôti. Il ne restait plus qu'à vider le liquide magique sur
son ami et surtout à rester calme comme à son habitude. Après quelques minutes de
concentration et quelques regards croisés avec Evter, elle se
décida à verser le contenu de la fiole :
- Va tout doucement Pearlyn, prends ton temps !
chuchota Evter.
- Ne t'inquiète pas, je n'ai
vraiment pas envie de devenir un rat, le rassura Pearlyn.
- Alors, tu n'as qu'à pas trembler
et le tour est joué, ok ?
Evter
avait dit les bonnes paroles pour une fois. Pearlyn commença à
verser deux ou trois gouttes sur le pauvre Dwain, qui resta de marbre. A
mi-fiole, il débuta un étrange manège. De la fumée
sortait des petites oreilles de Dwain et ses pattes avant et arrière
commençaient à
grandir d'une façon étonnante. Mais que se passait-il ? La
magie agissait-elle correctement ?
- Regarde bien ce que tu fais Pearlyn ! cria Evter en
craignant un malheur. Fais bien attention à ne pas trembler !
- Pour l'amour du ciel Evter ! Laisse-moi
tranquille, ordonna Pearlyn exaspérée. Tu vas tout gâcher.
Alors cesse de me stresser et occupe-toi plutôt de chercher une solution
pour l'avenir, au cas où… !
- Au cas où QUOI ? s'inquiéta
Evter.
- Au cas où la formule ne marcherait pas.
- Ne parle pas de malheur…
Evter
devenait vraiment anxieux. Pearlyn vida les dernières gouttes d'antidote
sur le pauvre Dwain qui était courageusement immobile depuis de longues
minutes. La fiole était enfin vide. Dwain ressemblait plutôt
à un mélange d'araignée, de rat et d'homme. Le
résultat ne satisfaisait nullement nos deux amis, qui commençaient
vraiment à se poser de nombreuses questions sur le devenir de Dwain.
- Tu as vu à quoi notre ami ressemble ! s'affola
Evter.
- Je vois, je vois ! Crois-tu que la formule a agi
correctement ? renchérit Pearlyn affolée.
- J'en sais rien moi ! C'est horrible,
mais qu'allons nous faire ? Mon Dieu, aidez-nous à sortir de cette
impasse, par pitié.
Tout
à coup, Dwain se mit à trembler, puis à se figer, puis
à trembler de nouveau. On aurait dit un automate. La formule n'était
donc pas terminée. Elle agissait encore ce qui remettait de l'espoir
dans le cœur de Pearlyn et Evter..
Une
étrange fumée se mit à envahir la forêt. Le vent
soufflait comme dans la
tempête, les arbres grinçaient, les feuilles volaient comme des
oiseaux fous, les branches tombaient : c'était encore une fois l'enfer
! Pearlyn cria à Evter :
- On se croirait exactement comme tout à l'heure,
quand Dwain s'est transformé en rat !
- Tu as raison Pearlyn, c'est peut-être
bon signe !
- Quoi ? Je n'entends rien avec le vent !
- Je disais que c'était peut-être
bon signe ! hurla Evter.
Après
quelques minutes d'un déluge digne du royaume de Lucifer, un calme
pesant, voir même louche, s'installa dans la forêt. On
entendait au loin les dernières branches tombées des arbres. Mais
le seul souci de nos amis se prénommait Dwain. Etait-il redevenu normal
? Avait-il enfin reprit un visage humain ? La réponse ne se fit pas
attendre :
«
Regardez-moi ! Regardez-moi ! » Mais d'où pouvait
provenir ces paroles et surtout qui les prononçait… ?
- Tu as entendu ? demanda Pearlyn à Evter.
- Oui, mais oui ! Cela ressemble bien à la voix
de Dwain ! Crois-tu que ce soit lui ?
- J'en ai bien l'impression ! s'exclama
Pearlyn. Ca semble sortir de la grotte. Allons voir !
Nos
deux complices avancèrent à petits pas vers la grotte, leurs
visages complètement fermés d'émotions. Après
quelques mètres, ils se regardèrent dans un silence total comme
si leur destin allait se jouer dans une poignée de secondes. Tout
à coup, un son, un mot, puis une phrase sortit de la grotte :
« Hou… C'est… C'est moi
Dwain ! Il y quelqu'un pour me sortir d'ici. Pearlyn, Evter, vous
êtes là ? »
C'était
bien la voix de Dwain. Ill était là devant eux, dans cette grotte
maudite dont il ne pouvait s'extraire. Pearlyn et Evter étaient
vraiment fou de joie, ils n'en croyaient pas leurs petites oreilles. Leur
ami était de retour et ceci valait bien encore un petit effort pour le
sortir de cette fameuse grotte.
- Tu ne peux pas savoir comme je suis contente de t'entendre
Dwain ! s'exclama Pearlyn.
- Nous allons te sortir de là, cria Evter.
Ils récupérèrent de grandes
branches que le vent avait fait tomber afin de pouvoir hisser Dwain hors de la
grotte.
- Nous allons te passer une longue branche. Si tu peux
la saisir, nous la tirerons à l'autre bout de toutes nos forces !
expliqua Evter.
- Ok, vous pouvez envoyer la branche ! répondit
Dwain.
Pearlyn et Evter descendirent petit à petit la
longue branche jusqu'au moment où Dwain s'écria :
- C'est bon les amis, je peux attraper la
branche. Allez-y, TIREZ TRES FORT !
De
toutes leurs forces, Pearlyn et Evter tirèrent sur ce long et
interminable morceau de bois, qui les reliait à leur ami. Après
des efforts remplis d'amitié et de courage, nos trois compagnons
se retrouvèrent enfin réunis pour des accolades bien
méritées.
- Que je suis content de vous revoir, s'exclama
Dwain. J'ai vraiment eu très peur. Je suis fier de vous. Vous ne m'avez
jamais laissé tomber et pourtant je ne suis pas toujours sympa avec
vous. Désormais, vous serez les meilleurs amis du monde et
ça… pour la vie entière, je vous le promets.
Pearlyn
était émue par les paroles de Dwain qui n'avait jamais
parlé comme cela. Elle était fière de l'avoir
sauvé avec son ami Evter.
Dans
cette forêt à peine éclairée par le soleil mourant
et la lune naissante, Evter demanda à Pearlyn et à Dwain, que
cette histoire reste un secret entre eux pour l'éternité et
surtout, qu'il était ravi de rentrer à l'heure pour
voir Dwain commencer ses corvées pour rigoler un peu.
Pearlyn,
elle, n'avait qu'un souhait, celui de ne plus entendre parler des
rats de toute sa vie.
Nos
trois compagnons partirent en direction du village sur leurs belles
bicyclettes, heureux de retrouver leurs parents qui eux, ne sauront jamais rien
de cette rocambolesque aventure. En chemin, Dwain posa une question
délicate à Pearlyn. Le pauvre garçon semblait honteux.
- Pearlyn, peux-tu me donner des cours de lecture ?
- Pourquoi ? demanda-t-elle.
- Pour ne plus jamais me tromper en lisant une formule
ou autres choses…
- Bien sûr Dwain ! promit Pearlyn en riant. Mais, tu n'auras plus jamais
à lire de formules… Je te le promets AH, AH, AH ! ! !
