SARAH
par Laetitia, 13 ans, du collège de Baillif
Les toilettes du centre de
désintoxication de Pointe à Pitre étaient devenus le
repaire de Sarah. C’est à cet endroit qu’elle
réfléchissait sur sa vie. Cette vie qu’elle avait
détesté durant un moment. Comment avait elle pu arriver
là ? Sa vie s’annonçait si bien, elle se
préparait à devenir avocate comme son père Oscar Lefleix.
Celui-ci avait épousé Betty, mère de Sarah, et femme au
foyer.




Ils s’étaient rencontrés
au vélodrome de Baie-Mahault durant un concert. Ce soir là Betty
fêtait ses 16 ans en compagnie de sa meilleure amie Laura, c’est
là qu’elle fit la connaissance d’Oscar. Ils
s’étaient fréquentés peu de temps après. Lors
de leur première rencontre Oscar, était âgé de 26
ans. Ils se virent en cachette durant deux ans, Betty était folle
amoureuse d’Oscar, qui lui commençait sa carrière
d’avocat au tribunal de Basse Terre. Deux ans durant lesquels Betty
goûta aux plaisirs sexuels à l’âge de 17 ans. Age
qu’elle trouvait précoce, car très timide, elle
rêvait d’une première fois après le mariage, dans une
chambre d’hôtel avec l’homme avec qui elle voudrait passer
toute sa vie. Contrairement à ses désirs, sa première fois
se fit dans la voiture d’Oscar et très rapidement. Mais elle ne
voulait pas perdre Oscar qui, plus mûr, ne voulait pas
s’arrêter aux simples préliminaires. Ainsi après ces
deux ans, Oscar fit sa demande en mariage alors que Betty entrait dans sa 18ème
année. Les parents de Betty n’étaient pas convaincus du
bonheur de leur fille, surtout qu’ils pensaient qu’elle était
trop jeune pour se marier avec un homme de 10 ans son aîné, mais
voyant que Betty rêvait de ce mariage ils ne purent qu’accepter.
Quelques semaines après ce mariage, Betty se rendit compte de son erreur
en épousant un homme qu’elle connaissait à peine et qui lui
portait un très faible intérêt, car ses premières
priorités étaient son travail, son argent et ensuite elle.




Une nuit Oscar rentrait tard alors que Betty
était déjà couchée. Il se jeta sur le lit et
l’embrassa
- Tu es saoul ! dit elle
en se reculant, tu empestes l’alcool !
- Tais-toi
femme ! Et fait plaisir à ton homme !
Et là il lui fit l’amour
farouchement et sauvagement. Malgré le dégoût
qu’éprouvait Betty à cause de l’odeur de
l’alcool que son mari dégageait, cela lui fit un bien fou
d’être aussi proche de celui-ci car depuis leur mariage il ne lui
avait fait l’amour que le jour de leur nuit de noces. Cette nuit fut la
dernière pour Betty car depuis ce jour, Oscar ne posa plus la main sur
elle. Cette même nuit fut celle où Oscar et sa femme
conçurent un petit être qui, après neuf mois
d‘attente, faisait le bonheur de ses parents et des journalistes car on
pouvait lire dans les journaux dès la naissance de ce petit ange :
« Un heureux événement pour les Lefleix »
ou alors « Le célèbre avocat Oscar Lefleix,
père d’une petite fille ». Cette petite fille se
nommait Sarah. Nous aurions pu croire que cet événement aurait
rapproché Oscar et sa femme, loin de là celle-ci avait été
oubliée par son mari bien avant la naissance de Sarah.




Dix sept années passèrent et
Sarah devint une jeune fille épanouie, elle était
appréciée de tout le monde, et ses principales qualités
étaient sa gentillesse et sa générosité, mais elle
était trop influençable et se laissait entraîner
très facilement. Oscar, lui, avait mis sa carrière d’avocat
entre parenthèses pour se lancer dans la politique, ce qui le rendait de
plus en plus absent.




Betty
était une femme triste qui ne laissait pas paraître ses
émotions en public. Pourtant tout pouvait lui paraître jovial. Si
on faisait un retour sur sa vie on pourrait croire qu’elle avait tout
pour être heureuse, de l’argent, un mari populaire et une fille
extraordinaire. Bien sur si on devait faire un retour sur sa vie il ne fallait
pas omettre les soirs où Oscar rentrait saoul et la battait sans aucun
prétexte avec tout ce qui lui tombait sous la main. Ces soirs où
il lui demandait pardon. Elle se rappelait des paroles que prononçait
son mari : « Chérie, excuse moi je me suis
emporté hier soir, je ne recommencerai plus. » Le lendemain
il revenait avec un bijou que Betty acceptait sans trop y croire car elle
savait que son cauchemar recommencerait encore, et encore. Elle savait aussi
qu’en public Oscar lui demandait de jouer le couple parfait, ce qui est
bien loin de la réalité. Elle savait qu’il lui faudrait
inventer quelques histoires afin de donner une cause à ses bleus. Elle
avait déjà été prévenue par ses amies du
danger qu’était Oscar, mais trop aveugle par son amour pour lui,
elle lui trouvait toujours des excuses ce qui lui coûtât toutes ses
amies.




Sans même s’en rendre compte
Betty pleurait amèrement quand ses souvenirs furent interrompus par
Sarah :
- Tu pleures maman ?
- Non
j’ai juste une poussière dans l’œil. » dit
elle avec un rire forcé.
- Comment lui dire la
vérité ? Comment lui avouer qu’elle comptait
divorcer ? Comment lui avouer qu’elle s’était rendu
compte de son erreur en épousant Oscar alors que sa fille le
considérait comme un modèle, elle avait honte de lui avouer cela.
Mais il le fallait.
Le soir Betty monta au premier et frappa
à la porte de la chambre de sa fille.
- Je peux entrer ?
- Bien sûr maman.
- Sarah j’ai
besoin de te parler. »
Son ton n’annonçait rien de
bon mais Sarah toujours joyeuse ne le remarqua pas. Pour elle sa mère
n’avait pas de problème, la jeune fille pensait que tout allait
bien dans le meilleur de mondes. Comment Betty pourrait-elle lui dire la vérité?
L’idée lui vint d’abandonner. Mais elle savait qu’elle
devait se battre pour son honneur mais aussi pour sa fille.
- Je vais
divorcer ».
Cette parole de sa mère siffla comme
une flèche. Comme le fouet avec lequel les blancs, ancêtres de son
père, battaient les esclaves noirs, ancêtres de sa mère,
jusqu’au sang. Ces mots, sortis de la bouche de sa mère, vint
l’atteindre en plein cœur. Elle ne comprenait plus, toute sa vie
venait de s’écrouler à cause de ses trois mots
prononcés par sa mère.
- Comment oses-tu lui faire
ça maman ?
- Tu as pensé à lui ?
- Bien sûr que non,
tu es bien trop égoïste pour çà, tu me
dégoûtes ! »
Betty gifla sa fille, comment osait-elle
lui dire qu’elle était égoïste, elle qui avait
sacrifié toute sa vie pour sa fille, pour faire bonne figure devant les
autres. Malgré cela elle ne put s’empêcher de culpabiliser
vis-à-vis de sa fille car c’était la première fois
qu’elle la giflait. Ce n’était pas de la faute de Sarah si
elle était à bout de nerfs.
- Sarah, excuse-moi ! dit
elle honteuse et confuse de son acte
- Trop tard maman ! Je te déteste !
Va au Diable !
- Attends, laisse moi
t’expliquer.
- Non, je ne veux pas parler avec toi !
- Que tu veuilles ou non, je te dirai la
vérité ! »
Betty lui raconta tout depuis cette nuit du
concert, le soir du 2 août, il y a de cela à peu près 19
ans. Sarah resta pétrifiée en découvrant la vraie
personnalité de son père.




Betty descendit les marches de
l’escalier, elle songeait. Qu’allait il se passer maintenant que
Sarah connaissait la vérité ? Oscar lui avait interdit de
lui parler du divorce. Il pensait que tout cela allait s’arranger et ne
voulait pas décevoir sa fille qui l’admirait et l’aimait
plus que tout. Dans sa chambre, Sarah pleurait, elle ne pouvait pas accepter
les mots de sa mère. Divorce, elle avait quelques amies dont les parents
avaient divorcé, pour elle c’était la pire chose qui
pouvait arriver à une famille, surtout à la sienne. Elle ne mangea pas à midi, elle
ne pouvait rien avaler tout lui paraissait amer, elle ne voulait voir personne
elle resta cloîtrée dans sa chambre toute la journée.




Le soir quand Oscar rentra, sa femme lui
dit :
- Je lui ai tout
dit .»
Betty vomissait du sang, Oscar la claqua,
il lui donna des coups de poings et de pieds. Il lui lança des chaises,
des bibelots et tout ce qui lui passait sous la main. C’était la
première fois qu’il la frappait autant.
- Non !!! »
Oscar eut à peine le temps de voir
sa fille, les yeux rouges qui pleurait toutes les larmes de son corps et qui
criait comme si elle était possédée par quelques
démons ou quelques soucougnans de ces bois.
- Bébé,
c’est papa, je peux rentrer.
- Non
- Attends je vais t’expliquer.
- Non, j’en ai déjà assez entendu
et…et assez vu.
- Si on divorce c’est pour ton bien.
- Mon bien ! Vous êtes pathétiques
et égoïstes. Comment oses-tu parler de bien. Sors de cette chambre,
de cette maison et de ma vie tu m’entends ! Je ne veux plus jamais
te revoir ni toi ni elle…Jamais, jamais !!! »
La nuit fut agitée pour Sarah. Elle
visionnait les images de son père une soucoupe en verre à la main
et sa mère à terre qui vomissait du sang et qui suppliait son
mari d’arrêter. Elle voyait déjà les titres des
journaux : « Divorce chez les Lefleix » ou
« Une famille si unie, pourquoi ? ». Sa vie
était un enfer.




La nuit est noire, il fait froid, où
dormir quand on est en fugue. Cela fait trois heures que Sarah a fugué,
ses parents ne devaient pas se douter de ce qu’elle venait de faire , du
moins, pas encore. Sarah avait trouvé une vieille toile et s’y était
couchée. Elle avait emporté de l’argent, quelques
vêtements et de la nourriture. Elle mourait de peur mais pour elle
c’était le seul moyen, elle avait bien sur pensé à
aller chez sa meilleure amie, mais la mère de celle-ci se serait
empressée de téléphoner à Betty. Le divorce de ses
parents l’avait désorientée, elle ne savait plus qui elle
était. Les rayons du soleil étaient forts. Sarah se
réveilla en croyant à un mauvais rêve. Sa pensée
s’estompa quand elle se vit dans la rue. Elle mangea un peu de pain et bu
quelques gorgées d’eau. Elle se leva, enfila ses chaussures et
marcha. Les jours passèrent et Sarah errait comme une âme
damnée. De ville en ville, se cachant de tous les gens qui pourraient la
connaître. Un soir, à Pointe à Pitre, elle découvrit
une vielle case et décida de s’y installer car il lui restait
très peu d’argent et
de nourriture pour lui permettre de vagabonder comme elle le faisait auparavant.




Cela faisait un an qu’elle
était sans abri. Un soir qu’elle faisait l’aumône,
elle rencontra un homme noir d’une quarantaine d’années,
richement vêtu qui lui dit :
- Suis moi
Elle ne se le laissa pas dire deux fois,
elle le suivit jusqu’à une voiture.
- Monte ! Je
m’appelle Max
- Je m’appelle Sarah
- Sarah ! Ca fait trop sainte nitouche pucelle
désormais tu t’appelles Lili. OK !
- OK ! dit-elle avec un air désapprobateur
- T’as quel âge ?
- 18 ans.
- Très bien j’ai besoin d’une fille
comme toi. J’ai
une proposition à te faire. Tu vas travailler pour moi, tu gagneras
beaucoup de blé mais attention ma biche la moitié sera pour moi.
Tu seras nourrie, logée, habillée et tout blabla qui va
avec…
- Super, merci beaucoup ! Mais que devrais je
faire ?
- Tu devras te prostituer poupée, aller,
descend, on est arrivé ».
Sarah réfléchit aux paroles
de Max ; elle se prostituer, vendre son corps, elle qui protégeait
toujours son intégrité physique, elle très pudique, elle
se souvenait de son enfance quand elle était dans la salle de bain et
que son père rentrait sans frapper, elle lui criait dessus et faisait
semblant de lui sauter à la figure, il s’amusait des heures comme
çà. Ces souvenirs firent à Sarah un pincement au
cœur.
- Non, je ne peux pas. dit
elle à Max qui parlait avec une femme
- Tu préfères dormir dans la rue en
compagnie des rats et crever comme une chienne !
- Non, mais…
- Il n’y a
pas de mais. Mimi apprend à cette petite les ficelles du métier.
OK. Toi va avec Mimi, c’est une pro elle t’apprendra tout ce que tu
dois savoir




Mimi était une chabine
d’environ 35 ans, elle était prostituée depuis
l’âge 14 ans, son beau
père la violait alors elle s’était enfui de chez elle,
c’est là qu’elle avait rencontré Max, il
l’avait aidée à
s’en sortir. Elle tenait une cigarette à la main, elle
était habillée d’une robe courte rose bonbon qui laissait
entrevoir sa poitrine volumineuse ainsi que ses rondeurs disgracieuses. Elle
était maquillée d’une telle manière qu’on
aurait pu croire qu’un pot de peinture lui était tombé sur la
tête. Ses cheveux permanentés étaient colorés
d’un rouge bordeaux. Elle emmena Sarah dans un vieil entrepôt
désinfecté, elle avait le déhanchement d’une
boîte de conserve. Sarah la regarda en pensant « C’est
comme cela que je deviendrai dans quelques années ». Tout
cela était bien loin de ses projets d’avenir sa vie était
planifiée.




Cela faisait un an et demi que Sarah
travaillait dans la rue. A 19 ans et demi, Sarah était prostituée
sur Pointe à Pitre, elle travaillait pour Max, elle gagnait beaucoup
d’argent mais en donnait la moitié à celui qu’elle
appelait son sauveur. Elle s’était liée
d’amitié avec une jeune fille nommée Laurana qui
était nouvelle dans le métier, elle était clandestine en
Guadeloupe elle arrivait d’un bateau en provenance d’Haïti.
C’était le seul moyen pour elle de nourrir ses sept frères
et sœur ainsi que sa mère et sa grand-mère. Sarah
était chargée de lui apprendre les ficelles du métier
comme Mimi l’avait fait pour elle il y’a presque deux ans de cela.
Depuis Sarah avait goûté à deux plaisirs
défendus : la prostitution et la drogue. Car en plus de se
prostituer elle se droguait en cocaïne, héroïne, mareguana et
autres drogues mortelles.




Un soir alors qu’elle était sur
le trottoir en attendant un client potentiel, elle rencontre un jeune homme qui
lui dit :
-Vous ne seriez pas la fille
des Lefleix qui a disparu il y a à peu près deux ans? Je
vous reconnais, votre photo était dans le France-Antilles »
Sarah eut un tel choc qu’elle resta
immobile pendant un certain temps. Jamais personne ne l’avait reconnue.
-Je me présente, je
m’appelle Justin.
-Mais vous êtes dans un si piteux
état ! Regardez vous !
-Foukan mwen pa biswen! lui dit Sarah qui
avait reprit ses esprits.
-Vous avez besoin d’aide
mademoiselle », dit le jeune homme qui était sous le charme
de Sarah.
Celle ci se mit à courir et entra
dans le bâtiment, Justin la suivit et lui dit :
- Tenez , voici ma carte
appelez moi si vous avez besoin d’aide. »




Sarah monta dans sa chambre et se regarda
longuement dans la glace. Elle avait honte, qu’était devenue Sarah
Lefleix cette jeune fille de bonne famille qui avait une telle joie de vivre.
Elle s’était transformée en Lili un être de
débauche, qui se prostitue et se drogue. Pourquoi avait elle
changé ? Pourquoi avoir renié son passé au lieu de
l’accepter ? C’est maintenant qu’elle se rend compte de
son erreur, elle aurait du accepter le divorce de ses parents, cela
n’aurait pas empêché ses parents de l’aimer et elle de
les aimer.




Le téléphone de Justin
retentit dans l’appartement.
« - Allô.
- Allô, Justin, c’est moi…Sarah
- Sarah je suis si content de vous entendre, euh
enfin…je veux dire que…
- J’ai besoin de vous
- Où êtes vous ?
- Près du cinéma
- Mais enfin Sarah que c’est il
passé ?
- C’est Max, il m’a…il
m’a…
- Que vous a-t -il fait ?
- Il m’a… il m’a violée
- Ne bougez pas, j’arrive tout de
suite. »




Justin était un bel homme de 25 ans,
il travaillait dans une boite en tant qu’informaticien et vivait dans un
appartement à Pointe à Pitre. Il était célibataire.
C’était un jeune homme très gentil, mais très timide
aussi, il avait vécu des moments difficiles. Il avait passé toute
son enfance avec sa grand-mère, il n’avait jamais connu son
père et sa mère était morte à sa naissance. A 12 ans,
sa grand-mère mourut et il fut recueilli par une amie de la pauvre
vieille. A 19 ans, il partit en Métropole afin de poursuivre ses
études. Cela fait à peine deux ans qu’il est de retour en
Guadeloupe. Il avait entendu parler de Sarah par un de ces amis
guadeloupéens alors qu’il était en France, son histoire
l’avait toujours intrigué. Mais quand il l’avait
rencontré il y a quelques nuits de cela, il l’avait tout de suite
reconnu et était attiré par la beauté de la jeune fille
bien qu’elle fut dans un piteux état.




La voiture de Justin s’arrêta
devant le cinéma dans un crissement de frein.
- Sarah, montez.
- Où va t-on ?
- Chez moi, demain vous irez dans un centre de
désintoxication. »
Sarah s’endormie comme un
bébé ce soir là. Le lendemain Justin l’emmena dans
un centre de désintoxication. Elle fut internée six mois durant
lesquels Justin lui rendait visite fréquemment. Il était amoureux
d’elle.




Durant son séjour au centre de
désintoxication, Sarah réfléchissait beaucoup, elle se
posait beaucoup de question sur son passé sur des détails qui
avant lui paraissaient futiles et qui pouvaient dire beaucoup de choses
maintenant. Elle se souvenait aussi des bons moments passés près
des siens, mais aussi des moments de doute, de peur. Elle imaginait sa vie si
tout cela n’avait jamais existé, elle serait sûrement avocat
comme son père, elle rêvait d’ouvrir un cabinet en
Martinique afin de protéger les victimes de la drogue et d’arrêter
les dealers.
Elle se voyait aussi à Paris, aux tribunaux, dans son bureau, elle avait
déjà imaginé sa vie, elle avait tout tracé tout
planifié. Elle pensait beaucoup à sa mère, elle avait
toujours remarqué cette tristesse et cette peur continue qu’elle
avait dans les yeux, mais Sarah n’y avait pas fait attention. Elle
pensait aussi à son père, elle l’aimait beaucoup,
c’était son modèle, elle l’admirait et le respectait.
Mais tout cela avait bien changé, maintenant, elle avait vécu
tant d’épreuve, elle avait beaucoup souffert depuis le jour de sa
fugue, elle s’était rabaissée à un tel niveau, elle
agissait comme jamais elle aurait cru agir. Elle avait perdu sa dignité,
sa pudeur, sa virginité, son innocence et sa jeunesse. Ces belles
années de jeunesse insouciante dont elle n’avait pas
profité. Maintenant, elle avait 22 ans, la cigarette lui aurait
donné 3 ans de plus, elle restait belle certes mais elle savait
qu’elle ne serait plus jamais la même, elle ne pouvait pas se
regarder dans un miroir sans se poser maintes et maintes questions qui
restaient sans réponses.




Cela faisait trois ans que Sarah avait
fugué. Le lendemain Justin lui avait donné rendez vous
c’était son dernier jour au centre Saint Gabriel de Troie à
Pointe à Pitre, son médecin traitant pensait qu’elle
était guérie. Elle était assise sur le lavabo des
toilettes, son lieu de réflexion.
- Il est temps que je prenne
ma vie en main »
Le lendemain Justin et Sarah se rendirent
à Basse Terre afin de retourner chez Sarah, dans la maison de ses
parents. Justin se gara sur le bas côté.
- Que se passe t-il ?
Pourquoi nous sommes nous arrêtés ?demanda Sarah perplexe
- Sarah je…je…je
t’aime ! »
Sarah se jeta à son cou et
l’embrassa fougueusement.
- Je t’aime Justin,
j’attendais tellement que tu me le dises, oh si tu savais…
- Chut…je sais. Sarah veux tu…veux tu
m’épouser ?
- Bien sur que oui gros bêta, oui, oui ,oui et
oui ! Je t’aime »




Arrivés devant la résidence
des Lefleix, Sarah fut prise d’une panique effroyable.
- Ne t’inquiètes
pas. » lui dit Justin afin de la rassurer.
La porte de la résidence
s’ouvrit.
- Ma…maman !
Sa…Sarah » Betty ne crut pas ses yeux, son
bébé, sa petite fille qu’elle avait perdu il y a trois ans.
- Maman, je suis si contente
de te voir, tu m’as tellement manqué !
- Toi aussi tu m’as manqué.
- Où est papa ? dit Sarah d’un ton
désapprobateur
- Oh ma chérie, je suis tellement
désolée. Quelques semaines après ton départ, il fut
incarcéré pour coups et blessures multiples, il a eu une peine de
cinq ans de prison ferme et 6000 euros d’amende.
- Oh !
- J’ai oublié de présenter Justin… mon
fiancé.
- Enchanté, madame.
- Moi de même ! dit Betty en découvrant son futur
gendre.
La porte s’ouvrit sur un homme grand
et mince, noir de peau, moustachu, il portait un pantalon bleu et une chemise
à rayures bleues. Il était coiffé d’une casquette
bleue où il était écrit en lettre jaune : LA POSTE.
- Richard, viens je te
présente ma fille, Sarah.
- Sarah je te présente mon…mon…mon
mari.
- Je vois que tu n’as perdu ton temps, maman.
- Non ne te fâches sarah, tu sais après
l’arrestation de ton père, je me suis remise au travail,
j’étais réceptionniste à la Poste, c’est là
que j’ai rencontré Richard, nous sommes devenus très bons
amis et puis c’est allé plus loin. Nous nous sommes mariés
l’année passée et nous avons eu Bernard, je sais que…
- Attends, Bernard… c’est qui ?
- Ton petit frère de quatre mois. Sarah je sais
que c’est précipité, mais…je suis heureuse,
j’ai aimé ton père mais après tout ce qu’il m’a
fait, je ne crois pas que je devais l’attendre, j’ai refait ma vie
et je suis fière aujourd’hui de ma vie, crois-moi je suis
fière de m’appeler Betty Dulemoy.




Justin et Sarah restèrent quelques
mois chez Betty, Richard et le petit Bernard. Ils trouvèrent un
appartement très vite et s’y installèrent, Justin lui avait
ouvert sa propre boite informatique et Sarah entreprit sa carrière
d’avocat, mais, avant cela, avec l’argent de son père, elle
ouvrit un centre d’aide aux femmes battues qu’elle avait
nommé : Betty’s center. Quelques années après
Sarah mit au monde une petite fille qu’elle avait nommé Lamilya.
Elle était une petite fille très vive. Un soir alors qu’ils
dînaient, elle dit à ses parents :
- Maman, papa, c’est
quand j’aurai un petit frère.
- Très bientôt ma
chérie, très bientôt.
Laetitia