Après un dernier au revoir à ma mère, je claquai la porte et m'élançai dans la rue
sous une pluie diluvienne. Ce temps surprenait la plupart des Parisiens car un
5 juillet, Paris qui était d'habitude victime d'une canicule torride semblait
subir la colère des cieux. J'attendais environ une demi-heure mon bus qui
devait m'emmener à la gare où se déroulerait le départ de ma colo cette année.
Puis je partis à pied car il tarda trop.
Je marchais tranquillement en pensant à la Bretagne, destination habituelle de
cette colo. J'étais à présent rue Lincoln dans le 8e quand un monsieur aux
allures de businessman m'interpella en courant vers moi. Il était vêtu d'une
chemise blanche, d'une veste et d'un pantalon noir. «James Bond »
pensais-je. J'étais tout particulièrement étonné par son rythme
respiratoire : plus de trois respirations par seconde ! Il tenait à
la main plusieurs photos qu'il cacha dès qu'il vit mon regard se poser dessus.
C'est alors qu'enfin il retrouva le moyen de m'adresser la parole :
- Vous êtes bien monsieur Marc Faysse ?
- Oui, dis-je tandis que mon visage traduisait mon désappointement.
- Alors venez-donc avec moi, laissez vos affaires dans ma voiture, dit-il en
sortant un pain au chocolat d'un sac en papier.
- C'est que j'ai un train à prendre, lui répondis-je en reprenant mon calme.
-
Ne vous inquiétez pas, ce sera l'affaire d'une minute, juste une proposition à
vous faire.
Je me dis que je n'avais rien à perdre alors j'acceptai. Nous nous mîmes en route
Vers le bar «Chez Momo». Nous nous assîmes autour d'une table isolée sur la terrasse
(la pluie avait cessé). C'est alors que je remarquai que les photos qu'il
venait de poser sur la table avaient toutes un point commun : moi.
Je sentis alors une vague de colère monter en moi : on m'avait pris en photo
à chacun de mes déplacements depuis environ un mois. L'homme leva une main pour
m'empêcher de parler. Il dit alors :
Je vais tout vous expliquer, mais ne m'interrompez pas.
Je fis un vague oui de la tête.
«Vous voyez ces photos, je les ai prises car vous me plaisez beaucoup. Je suis
metteur en scène, je cherche une personne exactement comme vous, et malgré
plusieurs castings, l'agence n'a pas trouvé l'oiseau rare. Alors je me suis mis
à chercher dans tout Paris et je vous ai trouvé à la sortie de votre
collège : le déclic. Je vous ai pris en photo et j'ai tenté de vous
retrouver. Me voilà en face de vous et je peux vous le dire, je peux faire de
vous une star de cinéma si vous acceptez. Voulez-vous jouer dans mon nouveau
film nommé «Trop tôt, trop tard» et acceptez-vous que je vous prenne en charge
pour votre carrière cinématographique ? »
À partir de ce moment, je sentis la haine s'évaporer pour laisser place à un
bonheur extrême. J'avais toujours eu envie de faire du cinéma, sans succès.
Deux ou trois minutes passèrent ainsi avant que je reprenne mes esprits. Je me
souvins que je devais partir pour ma colo dans une demi-heure mais je
demandai :
- Pouvez-vous me loger pendant le tournage ?
- Assurément ! me répondit-il
Je sentis la dernière miette de stress s'évanouir
- Alors c'est d'accord !
Une chose est sûre, en tout cas : cette année je n'irai pas en colonie de
vacances !
pour écrire à l'auteur : Marc