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JEUNES JOURNALISTES

la page dont vous êtes les auteurs


sujetDestination Bonheur
auteurMarie-Eve
datemai 1999

Mon histoire, c'est une histoire qu'on ne peut oublier, une histoire dure qu'on ne peut égarer parmis des centaines d'autres. Parce que mon histoire est unique, comme chacun d'entre vous. La vie n'est pas parfaite partout, mais on se le cache souvent. Tout le monde est conscient de la vérité, mais personne n'ose se l'avouer et en témoigner. Si on se cache, la vérité, ne pourra jamais sans méfier, car on ne peut pas craindre ce que l'on ignore. C'est pourquoi, j'ai décidé d'ouvrir mon livre et de vous laissé lire la vraie réalité, ma vie.

Je me rappelle encore des cris que je pouvais entendre tard le soir quand ma soeur et moi étions couchées. J'aurais bien voulu aller défendre ma mère, mais je savais que si j'osais, j'allais en subir les conséquences. Je le savais puisque j'en avais déjà fait l'expérience. J'avais beau pleurer, crier, mais la seule personne qui pouvait vraiment m'entendre, c'était moi.

À cet âge, je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait. Faut dire qu'il n'y avait pas grand-chose à comprendre dans le comportement de mon père. Mais ma mère me répétait sans cesse que mon père ne lui faisait aucun mal et qu'il faisait cela parce qu'il l'aimait beaucoup, mais d'après moi infliger des blessures aussi graves à ma mère, ce n'était pas une très grande preuve d'amour.

Quelques fois, quand les cris de l'étage du dessous cessaient, je pouvais entendre un craquement dans les escaliers, c'est à ce moment que je savais que mon tour était venu. Je n'avais d'autres choix que de me laisser faire puisqu'il était beaucoup plus fort que moi et que si je me débattais ça me ferait sûrement plus mal. J'entendais ma mère crier: "Non pas ça, non pas ma fille chérie", mais, même si j'avais peur, j'essayais d'être et surtout d'avoir l'air forte devant mon père et ma mère. Même si je ne l'étais pas du tout. La porte s'ouvrait et croyez-moi c'était l'une des seules fois où j'aurais mieux aimé être seule. Un spectacle horrible s'étendait devant moi à mesure que la porte de ma chambre s'ouvrait. Ma mère, étendue sur le sol essayant de retenir mon père, les yeux remplis de désespoir, nous savions bien toutes les deux que malgré tous nos nombreux efforts, il allait arriver ce qui arrivait tous les soirs ou presque.

Mon père s'avança, me regarda droit dans les yeux et se mit à rire. Il tira d'un coup mes couvertures me prit par les épaules et me jeta sur le sol. Il me secoua un peu et me donna un coup dans le ventre. Ma mère elle essayait de l'en empêcher, mais c'était elle qui par la suite recevait les coups les plus violents. J'avais peur, très peur. Je voulais être ailleurs, vivre dans un autre monde, une autre ville, mais jamais sans ma mère. À l'intérieur, je bouillonnais de rage je voulais tout casser, tout détruire, tout ce que mon père aimait, pour qu'il sache ce que c'est d'avoir mal, de souffrir de honte, de peur et de désespoir. Parfois, j'en venais même jusqu'à me demander si mon père avait lui aussi des sentiments, un coeur.

Chaque jour, après avoir passé de longues nuits à souffrir de douleur, à crier et à ne vouloir que mourir, je devais affronter les gens et la vie qui l'entourait. J'étais fatiguée de me cacher la vérité, fatiguée de devoir tout oublier jour après jour. Je me promettais que j'allais tout avouer, tout faire changer, mais quand? Quand allais-je être assez forte pour m'avouer qui j'étais en réalité. Je ne savais pas ce qu'il fallait faire, seule ma mère le savait, mais seulement il fallait avoir bien du courage pour faire ce que seule elle pouvait faire. Il fallait affronter la réalité, lui faire face et surtout prendre notre place. Démontrer que l'on a le droit de vivre un moment de bonheur sans avoir peur de ce qui pourrait arriver ou ne pas arriver. J'étais fatiguée de combattre.

Chaque journée était de plus en plus pénible. Chaque soir je savais ce qui m'attendait. Je suppliais le jour de ne pas s'absenter même si je savais qu'il ne m'entendait pas. À la moindre petite bévue, j'accordais à mon corps une chose qui lui était devenue familière.

Je me rappelle d'un soir où les cris et les coups étaient nettement plus violents. Ce soir là a sûrement été le soir qui a tout fait changer, car, ma mère et moi avons dût être conduites d'urgence à l'hôpital. Je me rappelle avoir tourné la tête vers ma mère et aperçus un visage complètement détruit par les coups. Il était couvert de sang et de bosses. Ma mère pouvait à peine respirer. Quant à moi, je ne savais pas si mes blessures étaient aussi grave, mais je savais une chose, j'avais aussi mal au-dehors qu'au dedans.

J'ai pensé et réfléchi durant tout le voyage. Des images vagues de mon père me revenaient à l'esprit. J'avais comme un pressentiment que dans les jours qui allaient suivent tout allait changer

. Lorsque je me suis réveillée, 24 heures plus tard, on m'a dit que mes blessures n'étaient pas trop graves et que je pourrais bientôt retourner chez moi. Cette nouvelle ne m'a pas plu sur le coup, mais j'ai du y faire face.Je me suis dit que je devais profiter de mon séjour à l'hôpital pour reprendre des forces. J'ai reçu la visite d'une dame très gentille, c'est elle qui s'est occupée de moi durant ma convalescence. Cette femme était toujours souriante et elle avait une joie de vivre exceptionnelle, elle n'était pas très jolie, mais sa gentillesse faisait d'elle la femme la plus belle du monde.

J'ai passé de nombreux jours en l'absence de ma mère, cela m'ennuyait considérablement puisque j'aurais aimé avoir de ses nouvelles. J'en ai parlé avec Ariane, la travailleuse sociale, elle m'a dit que ma mère allait bien et qu'ils allaient nous transférer dans la même chambre d'ici quelques jours. Plus les jours passaient plus je me rendais compte à quel point on pouvait être bien, entouré de gens qui nous aiment et qui ne veulent que notre bien. J'étais heureuse pour la toute première fois. C'était un sentiment indescriptible, je me sentais enfin, quelqu'un.

La nuit suivante, on fit transporter ma mère dans le dortoir où j'étais installée. Je l'ai contemplée durant la nuit toute entière. J'ai réfléchi à propos de mon avenir et celui de ma famille, dont mon père ne faisait plus partie depuis longtemps. Car s'est lui qui a tout détruit, c'est lui qui a détruit mes rêves et c'est lui qui m'a empêché d'être heureuse, mais c'est terminé à présent il ne contrôlera plus ma vie à son gré comme il l'a fait des milliers de fois auparavant. C'est moi qui aurais le parfait contrôle sur mon bonheur.

J'avais pris une grande décision, j'avais constaté que si je voulais faire changer les choses et vivre dans un monde meilleur où il ferait bon d'y vivre, c'était moi qui devais prendre les devants et aller tout raconter à quelqu'un qui pourrait m'aider. Mais d'abord je devais en parler à ma mère. Je savais que cela n'allait pas être facile, mais c'était ça ou mon ancienne vie. Et je ne voulais pas revivre ces instants de tortures que nous faisait vivre mon père.

Après tout, je me rendais bien compte qu'on me surveillait à la loupe et qu'Ariane se doutait bien de la raison pour laquelle moi et ma mère avions été conduites à l'hôpital. Elle savait sûrement aussi que ce n'était pas en déboulant les escaliers que moi et ma mère avions été blessées aussi grièvement.Je savais que de toute façon j'aurais dû un jour tout raconter, alors pourquoi ne pas le faire maintenant.

À ce moment, je me croyais invincible capable de tout, de détruire mon père et de rendre heureuse ma famille, je me sentais forte. Mais quelques heures avant notre départ pour la maison, j'ai vu Ariane, mais je ne lui ai rien dit, je n'en ai pas été capable. J'avais peur, peur de mon père et de ce qu'il pouvait faire. En nous quittant, Ariane avait laissé à ma mère le numéro de téléphone d'un centre pour femmes battues en lui glissant ces mots à l'oreille: "Seule toi peut faire changer les choses, et tu dois le faire et au plus vite, pour ton bien et celui de tes enfants. J'ai vu la peur dans les yeux de ta fille et maintenant je la vois dans les tiens".

Maintenant, nous n'étions plus que deux à savoir que mon père était capable de tout.

J'ai regretté de n'avoir rien dit, je me sentais coupable de tout, responsable de la douleur et de la haine qui régnait chez moi. Ariane avait eu raison de se méfier de mon père, car dès notre retour à la maison tout avait reprit son cours, tout était comme avant, rien n'avait changé surtout pas mon père.

Durant notre séjour à l'hôpital, j'avais eu l'impression que nous avions fait un pas de plus vers l'avant, vers la route qui nous mènerait enfin au bonheur. Mais en revenant chez moi, c'était comme si nous retombions à la case de départ, j'étais fatiguée d'essayer d'avancer contre le vent dans une route vers le bonheur qui n'en finit plus d'allonger.

Plus les jours avançaient, plus il était difficile de vivre et de survivre à toute cette douleur. Je n'avais rien ni personne à qui m'accrocher. Sauf peut-être Ariane, mais maintenant, elle était bien loin du paysage sombre qui encombrait ma demeure.

J'avais su lire dans les yeux de ma mère, mais mon père aussi. Je savais qu'elle prévoyait de quitter la maison sous peu et qu'elle nous emmènerait, moi et ma soeur. Mon père avait tout prévu, tout ce que ma mère allait faire. Ses moindres gestes avaient été calculés et c'étaient ce qui m'inquiétait le plus. Ma mère prévoyait de s'enfuir de la maison durant la nuit, lorsque mon père dormirait. Mais encore une fois, mon père avait interprété les intentions de ma mère.

Après une soirée des plus lugubres, ma mère avait enfin pris une immense décision. C'était l'ultime moment et il ne fallait rien laisser de côté.

Vers 3 heures du matin, ma mère se leva. Elle prit son courage à deux mains et se dressa hors du lit en prenant bien soin de ne faire aucun bruit. Car à la moindre maladresse, elle pourrait provoquer l'éveil de mon père. Se dirigeant en catimini vers la porte où elle trouvait peut-être enfin la vie qu'elle avait toujours désirée, ma mère tourna délicatement la poignée. C'est alors, qu'elle s'aperçut que mon père l'avait scellée à clef. Un moment de désespoir envahit ma mère, c'était comme si tout venait à s'écrouler en un instant, mais détrompez-vous, ma mère était brave et persévérante, elle ne voulait pas subir l'échec une autre fois elle en avait assez, elle devait continuer à se battre.

Elle se souvint soudainement d'avoir surpris mon père à enfouir la clef dans le placard tout au fond de la pièce.C'est sur la pointe des pieds qu'elle s'y rendit sans aucune hésitation. La clef était bien dissimulée parmi une tonne d'autres objets inutiles. Elle la prit entre ses doigts, l'inséra dans la serrure et tourna la poignée. Seulement de traverser la porte, lui apportait une joie inconcevable. Elle se rendit en courant vers ma chambre m'empoigna d'une main et sortit du lit ma toute jeune soeur.

C'est alors que nous avons pris la route, vers je ne savais trop où, mais je savais que cet endroit m'apporterait sûrement le bonheur. Un bonheur que je ne pouvais décrire correctement puisque je n'y connaissais rien. Je n'avais jamais senti sa présence. Je ne savais pas ce qu'il sentait et ce qu'il provoquait comme sentiment, j'avais hâte d'y goûter et d'y mordre à pleines dents.

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23/05/99