 |
JEUNES JOURNALISTES
la page dont vous êtes les auteurs
| sujet | Intello |
| auteur | Luna
|
| date | mars 2000 |
Elle regardait ses résultats scolaires, des 5, des 10, des 14 au maximum, et elle pleurait.
Elle se revit quelques dix-huits mois plus tôt, alors qu'elle était encore en primaire, elle se revit rejetée, assise dans un coin de la cour regardant les enfants de sa classe en train de jouer à ces jeux qu'elle jugeait si stupides et auxquels, pourtant, elle aurait tout donné pour pouvoir jouer.
Peut-être parce qu'elle n'avait jamais pu y participer, peut-être parce qu'elle se sentait trop différente.
Quelques groupes de filles se tenant par la main passaient devant elle en la regardant attentivement puis tournaient la tête et s'en allaient sans plus lui prêter attention. D'ailleurs qui aurait fait attention à une petite fille triste et solitaire, assise dans un coin, regardant les autres les yeux pleins de larmes.
Chaque jour, pour se réconforter, elle se disait que juin approchait à grands pas et qu'elle allait bientôt quitter l'école primaire et entrer en secondaire, mais elle désespérait encore plus en pensant aux six années qu'elle devrait encore passer dans cette situation.
Au fil du temps, elle avait appris à supporter les moqueries de ses camarades de classe, sans jamais réagir, et surtout sans pleurer. Puis les élèves de sa classe s'étaient calmés, elle avait été oubliée de tous. Quand en classe il y avait des travaux de groupes, elle restait toujours seule. Elle se disait parfois que jamais personne ne la comprendrait. Elle pensait qu'elle resterait seule à jamais. Elle voulait se montrer forte, mais, à l'intérieur d'elle tout était détruit.
C'est la veille de son entrée en secondaire qu'elle prit la décision, une décision grave. Elle décida qu'elle n'aurait plus jamais de bons points. Si il le fallait, elle serait le cancre de la classe pour avoir des amies. Elle croyait que cela lui apporterait le bonheur qu'elle avait tant cherché. Elle croyait qu'elle allait être heureuse. Elle eut donc des amies, elle ne fut plus seule. Elle avait l'impression d'avoir un grand vide à l'intérieur d'elle-même, mais elle n'y prêtait pas attention. Elle pouvait enfin passer ses récréations avec un groupe de copines, aves qui elle parlait de garçons, se moquait des profs. Elle savait que ces conversations étaient superficielles et sans intérêt, mais tant qu'elle avait des amies. Elle avait l'impression d'avoir tué une partie d'elle-même. Mais tant qu'elle ne passait plus ses récréations seule et abandonnée dans un coin, ça n'avait aucune importance. Bien sûr ses résultats scolaires étaient mauvais, mais c'était elle qui le voulait. Elle croyait être heureuse, elle croyait enfin avoir trouvé le bonheur tant espéré. Elle se trompait.
C'est ce soir là, en regardant son bulletin, ses moyennes catastrophiques, qu'elle comprit. Elle comprit qu'au lieu d'être heureuse elle était plus malheureuse qu'avant. Qu'elle avait eu des amies bien sûr, mais ce n'était pas pour elle que ses amies l'aimaient, c'était pour son image. Elle eut l'impression que depuis le début de cette année-là, sa vie n'avait été qu'une pièce de théâtre. Qu'elle avait agi cachée derrière un masque opaque, qu'elle avait essayé de bâtir son bonheur sur un épais tissu de mensonges.
Qui suis-je, se demanda-t-elle alors. Qui suis-je?
Elle s'était complètement détruite pour l'amitié de filles qu'elle n'aimait pas vraiment. Elle avait l'impression d'être au fond d'une impasse, dans un labyrinthe, dont elle ne pourrait jamais sortir. Elle croyait qu'elle resterait malheureuse toute sa vie.
***
Celle qui allait me sauver était Mme Fresson, la psychologue de l'école, Mme Fresson fit passer des tests de QI à tous les élèves de première. Un jour, elle m'appella dans son bureau. C'est là que j'appris que j'étais surdouée, autrement dit, que j'avais une intelligence bien au dessus de la moyenne. D'abord j'eus un sentiment de joie, une vague impression de bonheur, pour la première fois depuis des mois, des années même. Mais après, je me mis à pleurer car j'avais peur que la vie infernale que j'avais eu durant mes six années de primaire ne recommence.
Mme Fresson ne me demanda rien, pourtant je sentais qu'elle n'était pas désintéressée, alors je lui racontais tout, depuis le début. Elle me serra dans ses bras, comme une maman le ferait à ses enfants et pour la première fois depuis des années, j'eus l'impression que quelqu'un s'intéressait à moi, que quelqu'un m'aimait.
Plus tard, Mme Fresson me donna l'adresse d'une école spéciale, j'acceptais d'y aller en me disant que de toute façon, je n'avais rien à perdre.
Lorsque j'arrivais dans cette école, je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre. Tout de suite une fille vint vers moi. Elle s'appellait Nathalie. Nous avons commencé à nous présenter, je savais qu'elle ne serait pas comme les filles de mon ancienne école. Plus tard je fis la connaissance de Marie-Josianne, d'Eva et encore d'autres. Avec elles je ne parlais plus de choses que je jugeais superficielles mais de choses qui nous étaient importantes. J'aimais cette école et je m'y sentais bien. J'avais des amies. Plus personne ne se moquait de moi. Et j'avais enfin trouvé le bonheur tant espéré. Parce que dans toute histoire triste, il doit y avoir un fond de bonheur.
***
Je vous ai raconté cette histoire, mon histoire, parce que trop de gens ont subi la même chose que moi, parce que trop de gens sont malheureux, rejetés du monde.
Regardez autour de vous, ouvrez les yeux et vous verrez. Rendez-vous compte de tous les gens qui souffrent, en particulier les jeunes, ceux qui ne sont pas acceptés dans leur collège, et aidez-les.
J'ai raconté la première partie de l'histoire à la troisième personne parce que tout cela peut arriver à tout le monde. La deuxième partie est mienne, c'est ma propre histoire, ce que j'ai vécu.
Je voudrais dire aux gens qui se sentent seuls qu'il y aura toujours quelqu'un qui les aime, quelqu'un qui se soucie d'eux. Car dans toute histoire triste, il y a un fond de bonheur.
http://www.momes.net
Page en construction permanente, dernier remaniement le
04/03/00
|
 |