L'anorexie
expliquée par Christelle

1. Les causes de l'anorexie.

Comme pour la plupart des troubles mentaux, différents facteurs peuvent intervenir. Les troubles alimentaires semblent liés au contexte culturel. Aussi, ils n'apparaissent que dans un certain type de culture contrairement à d'autres troubles tels que le trouble de la personnalité ou le trouble anxieux par exemple.

Pareillement, l'anorexie et la boulimie ne sont pas présents dans les pays en voie de développement où l'accès à une nourriture suffisante est une lutte quotidienne mais uniquement dans une culture occidentale où l'on donne à la nourriture, présente en surabondance, un autre sens que celui de « survie ». Le grignotage, la fringale et l'hyperphagie en sont des exemples concrets.

De plus, ces dernières années est apparu le culte du corps: un corps idéal, mince, contrôlé, bien loin du corps réel. Dans un climat où l'on privilégie les régimes amaigrissants, les séances intensives de sport et les images de corps idéaux, il n'est pas étonnant que l'anorexie, trouble associé à l'image de soi, se dégage.
Cependant, tous les individus ne courent pas les mêmes risques. L'anorexie se retrouve chez une partie localisée de la population.
En effet, selon des études menées en Belgique, 90% des cas sévères concernent des jeunes femmes de statut socio-économique élevé et vivant dans un environnement compétitif. La boulimie par contre semble répandue dans toutes les couches sociales.

Parce que les êtres humains sont particulièrement complexes, on peut affirmer que tous les troubles alimentaires sont des affections pour lesquelles plusieurs facteurs participent en même temps : facteurs biologiques et génétiques, familiaux et culturels et des expériences particulièrement marquantes de l'enfance ou évènements précipitants actuels.

Ci-après, voici les différents facteurs qui sont pris en considération par les spécialistes.

1.1. Les facteurs biologiques.

Ils comprennent les facteurs génétiques et neurophysiologiques.

D'après des études récentes faites sur les familles d'anorexiques, un taux élevé de cas de troubles alimentaires a été remarqué chez les membres d'une même famille sur la lignée directe. On constate également en ce qui concerne une famille élargie aussi bien du coté maternel que du coté paternel, une certaine tendance à l'anorexie.

Cependant, ces conclusions ne sont pas suffisantes pour en déduire que ces troubles ont une origine génétique. Effectivement, ce pourrait être expliqué par un certain milieu familial qui s'étalerait sur plusieurs générations.

Des études menées cette fois sur des vrais (monozygotes) et des faux (dizygotes) jumeaux montrent que si un vrai jumeau est atteint d'anorexie, son frère aurait 30 à 50% de « chances » de développer la maladie.

Par contre, les jumeaux dizygotes n'auraient que 10% de chances de concordance. Ces résultats confirment donc qu'il y aurait une composante génétique qui intervienne lors de cette maladie.

Chez des vrais jumeaux non affectés ont été trouvés des taux élevés de tendances perfectionnistes ; ce qui pourrait mettre en cause un contexte opportun au perfectionnisme : élément présent chez la plupart des anorexiques.

Cependant, une prédisposition génétique pourrait être présente car on a trouvé chez des anorexiques des anomalies biochimiques du cerveau.

A l'heure actuelle, les spécialistes en la matière sont encore loin d'être d'accord sur la proportion de ce qui découle de la génétique et de la proportion de ce qui relève de facteurs socio-éducatifs.

Sur le plan neurophysiologique, 2 systèmes sont responsables de la régulation de la nutrition :

- le système des hormones gastro-intestinales
- le système régi par l'hypothalamus.

On a constaté que des patients présentant des pathologies alimentaires graves souffraient aussi de perturbations biologiques.

Mais là encore, l'état actuel des recherches ne permet pas de distinguer nettement ce qui est la cause et ce qui est l'effet secondaire. En s'appuyant sur des données génétiques remarquées, on pourrait penser qu'il existe un terrain biologique fragile chez certaines personnes propices à la maladie.

1.2. Les facteurs socio-culturels.

Depuis les années 60, un terrain culturel favorable aux troubles alimentaires s'est progressivement mis en place dans les pays occidentaux ; à partir de cette époque, le corps désiré par les femmes n'est plus un corps en bonne santé mais un corps dont le poids et les formes sont contrôlés.

Aussi, dans la société actuelle, on remarque une mise en évidence croissante de tous les moyens permettant le contrôle du corps : les régimes alimentaires, l'exercice physique intensif, les solutions médicamenteuses.

Ce qui devient dangereux lorsque ces préoccupations deviennent une véritable obsession ; le but étant si difficile à atteindre.

1.3. Les facteurs familiaux.

On rencontre régulièrement plusieurs cas d'anorexie dans une même famille. Ce phénomène peut, bien sûr, avoir une origine génétique mais il peut résulter également du fait que dans une même famille, le «modèle» est le même ; ce qui pourrait contribuer au développement de cette maladie.

1.3.1 Psychopathologie individuelle

Le conflit pulsionnel :

Il y a évitement de la sexualité génitale et érotisation des conduites alimentaires.

Un double mouvement affecte la sexualité génitale :

- déplacement sur l'oralité qui fait l'objet de dégoût et de conflits, de blocage et de refoulement.
- Réactivation d'un érotisme (rites alimentaires, pensées obsédantes, relations d'emprise et manipulatoires sur les objets)

La personnalité :

On constate l'existence d'un profond sentiment de désespoir et d'abandon.

Le conflit essentiel se situe au niveau du corps et non au niveau des fonctions alimentaires sexuellement investies. L'anorexie mentale exprime une incapacité à assumer le rôle génital et les transformations corporelles propres à la puberté.

Dû à une surprotection maternelle, l'identité de l'enfant est fragilisée et il reste profondément dépendant de son entourage.

La lutte pour l'autonomie et la reconquête d'un moi déficient, exercée par le contrôle du corps est le trait essentiel de l'anorexie mentale. En effet, la problématique de l'identité est au coeur de l'anorexie mentale.

La sensation de faim omniprésente représente pour l'anorexique la sensation d'exister qui constitue une réassurance narcissique.

Paradoxalement, le malade se détruit pour s'assurer de son existence.

Il se développe chez l'anorexique une sensation mégalomaniaque liée à la maîtrise de ses besoins, aux sentiments d'auto-suffisance et à la satisfaction d'auto-engendrer une image idéale de soi.

Le regard occupe une place importante chez l'anorexique: elle se nourrit de l'effet provoqué chez les autres par son corps exhibé. Parfois, au contraire, elle se dérobe au regard d'autrui.

1.3.2. Psychopathologie familiale.

Les mères :
Elles sont décrites d'une façon qui peut apparaître contradictoire :

- personnage fort, rigide dominant et même tyrannique, peu chaleureux qui évite l'expression des sentiments positifs ainsi que les manifestations réactionnelles.
- Fréquence des manifestations dépressives.

La future anorexique occupe dans les fantasmes de sa mère une place particulière : valorisation des performances reconnues socialement au détriment des formes d'expression plus personnelles d'ordre pulsionnel et affectif.

Le père :
Il a généralement été décrit comme ayant un caractère effacé, soumis à la domination de sa femme, incapable de faire preuve d'autorité ou parfois, au contraire trop proche de sa fille.

Durant l'enfance, l'enfant répondrait aux attentes de la mère, obéirait constamment tel une petite fille modèle.

Mais l'adolescence est une période de recherche d'indépendance et de recherche de sa propre identité. A cette période de sa vie, et pour la première fois, la jeune fille va vouloir se différencier de sa mère. Comme le dit le Dr Artus, psychologue au sein de l'association «ANOREVIE» et à la mutualité socialiste de Libramont : «Dans un tel milieu familial aimant mais restreint, la jeune fille va manifester son indépendance par sa maladie anorexique qui lui permet de s'opposer sans rompre l'équilibre familial.»

Cette maladie permet au malade d'arrêter les transformations physiques et d'une certaine façon de maîtriser le temps puisque le corps qu'il a garde les formes d'un enfant.

Comparons ceci aux obèses et aux boulimiques ; les mères sont décrites comme surprotectrices, étouffantes. Elles ont tendance à décider de ce que l'enfant « doit » ressentir logiquement à un moment donné, incapables de percevoir intuitivement les besoins de l'enfant alors que le père est ici aussi peu présent. Elles répondent systématiquement à une offre de nourriture à toute demande.

La suite va suivre d'ici quelques mois... [20/01/03]
Christelle


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