Cheval au galop
un souvenir de
Michel Jacques
Cette fin d'après-midi d'été était chaude, trop chaude. Le ciel se couvrait
déjà et des nuages noirs couraient au-dessus de nos têtes, Madeleine et moi.
Soudain on entendit des cris, des cris d'adultes dans la rue face à la
maison. On criait à tue-tête des mots qu'on ne parvenait pas à saisir. Les
mères fermaient les portes des maisons brusquement, on s'empressait de
ramasser les petits enfants. Vite on accourut près de la rue et là on vit
des gens stupéfaits et apeurés.
Un cheval à bride abattue, affolé,
hennissant et ne sachant où aller, surgit de nulle part. Les yeux dilatés
et le regard ahuri, il s'arrêta à quelques pas de nous, l'écume à la bouche, piaffant. Les guides et les attelages traînaient sur son côté droit. Il
sentait la sueur.
Figés, en statue de sel, nous restâmes sur place. Puis mon
oncle vint pour le prendre par la bride, mais il se cambra, rua et déguerpit
à l'arrière de la maison voisine.
Madeleine et moi main de l'un dans main de
l'autre, sommes restés immobiles. Puis d'un trait nous sommes allés nous
cacher dans un abri, dans notre cachette à nous où personne ne pourrait
nous trouver. C'était tout petit, les grands ne pouvaient y entrer. Là nous
nous sommes assis, respirant mieux et l'oeil dans l'entre-porte on guettait
tout ce qui avait envie de bouger. Il pouvait arriver n'importe quoi
maintenant: dragon, cheval emballé, chien méchant. Là nous étions tous les
deux sains et saufs.
On était content,le danger était passé. Mon oncle
avait réussi enfin à isoler le cheval dans un portique et l'avait maîtrisé.
©1997 -
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