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Chapitre 2 : La livraison
Maintenant, Vladimir ne pouvait plus reculer et, en dépit des éléments déchaînés, il avait pris sa décision : il irait livrer son bois dès laurore. Si les Dieux étaient avec lui il arriverait peut-être avant la nuit dans la bonne ville de Pouglanosk, sinon il lui faudra attendre dans le froid et lobscurité que revienne le jour.
Repousser encore son départ aurait mis le bûcheron en retard et pour un homme comme Vladimir la mort était préférable à un retard.
Les bûches de Vladimir étaient réputées au-delà de la steppe, jusque dans la grande ville où les bourgeois se bousculaient pour acheter à prix dor les quelques rondins quil apportait, une fois lan lors de la fête de fin dannée. On disait de ses bûches, quelles étaient les seules qui brûlaient à coup sûr toute la nuit et quelles donnaient encore des flammes, au réveil des enfants. Selon la coutume, une bûche éteinte le matin annonçait une mauvaise année. Vladimir était le messager de lannée qui venait. Aussi navait-il pas le droit dêtre en retard, seule la mort, pouvait excuser un retard.
Et la mort rôdait, Vladimir le savait. Elle avait déjà frappé très fort. Elle lui avait volé sa douce Natacha, le laissant seul avec sept orphelins. Un pont vermoulu, une planche qui avait cédé avaient suffi au triomphe de la mort.
Avant de partir, Vladimir observa une dernière fois ses enfants. Ils étaient blottis les uns contre les autres dans lunique litière de la maisonnée. Leur présence lui réchauffait le coeur et en chacun deux il retrouvait un peu de sa Natacha. Souvent, il se demandait ce quil leur arriverait si, lui aussi, venait à disparaître.
Vladimir sarrêta de penser. Ce nétait pas le moment de se décourager, la nourriture était rare. Il lui fallait se rendre à la ville rapidement pour livrer et faire de nouvelles provisions. Quelques puissent être les risques. Dans une semaine, il naurait plus rien à donner à manger à ses enfants. La nuit, qui posait encore son noir manteau sur les arbres, ne lui faisait pas peur, pas plus que le froid. Les loups ? Bien sûr les loups, mais par ce temps, même les loups se terraient bien à labri. Enfin, la mort ne frapperait pas une deuxième fois. Avec Natacha, elle devait être repue. Elle le laisserait tranquille, sétait-il dit pour se rassurer et se donner du courage.
Chapitre 3 - le départ
©2000
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