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Les Trois Dragons

Lucette n'aimait pas ça. Elle répondait toujours à moitié, en mâchonnant une vieille croûte de fromage, et du coup, elle articulait mal. Enfin, on ne comprenait rien. Mais Djaïdé insistait toujours ("têtu comme Djaïdé...").
- Comment t'as fait pour la trouver, la Forêt ?
- Euh...z'ai reusé tout droit, et oilà.
- Qu'est-ce que t'as vu comme animaux ?
- ...des aéniés.
- Des quoi ?
- Des aéniés. Des rosses.
- Des grosses araignées ? Et quoi d'autres ?
- Euh...ze sais pu.
- Allez, Lucette, raconte !!! S'il te plait !
Là, Djaïdé prenait son air le plus triste, le plus suppliant, le plus doux, le plus charmeur, bref, l'air de celui qui veut qu'on lui raconte. Et à ce moment là, Lucette, elle, prenait son air le plus fatigué, le plus endormi, le plus épuisé, et son bâillement le plus large. Quelquefois, elle faisait même semblant de ronfler pour ne pas répondre.
Vous avez sûrement deviné pourquoi elle faisait ça. C'est qu'elle avait peur. Oh, pas pour elle, non. Lucette est une souris plutôt courageuse, elle avait peur pour Djaïdé. La Forêt est trop dangereuse. Il ne doit pas y aller. C'est dans cette Forêt qu'il y a les Trois Dragons. Ouhlala ! D'ailleurs, elle se promettait de reboucher son trou de souris, c'était plus sûr. Elle y passerait des jours entiers, des semaines, mais elle le reboucherait.

Et après, pof ! tranquille. Plus de raison de se faire de souci pour ce petit garçon trop têtu.
Mais c'était sans compter mon histoire. Dans mon histoire, Djaïdé devra se rendre dans la Forêt, c'est obligatoire. Sinon mon histoire finirait là, et, comme vous le voyez, elle n'est pas encore finie.
Alors, Djaïdé, le malin, a ouvert son livre de Géographie. "Il y a sûrement un passage qui mène à cette Forêt". Sur la carte, Djaïdé a tout de suite compris que la route rouge avec un N11 dessus, n'était pas la bonne. Alors, il s'est dit :" C'est de l'autre côté, en haut, enfin, au nord. Il faut prendre à droite après le pont, continuer tout droit en longeant le ruisseau qui s'appelle... euh...qui s'appelle... euh...j'arrive pas à lire...qui s'appelle le Luseron, et bout de...deux centimètres et demi, on arrive dans la Forêt".
C'est dit. Demain, Djaïdé prendra son sac à dos, avec sa lampe de poche qui marche, son canif rouge, ses chewing-gum, et en route !
Rien ne pourra arrêter Djaïdé ("Têtu comme Djaïdé...").

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