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Les enfants font la connaissance de Puck
Ce jour là, il faisait très beau en Normandie.
Cécile et David jouaient au tas de sable qui est dehors, à coté de la maison de Mamie qui s'appelle le Pressoir, à l'ombre du grand poirier.
Xavier et Pauline, qui sont plus jeunes, faisaient la sieste.
Les deux chiennes, Prune et Jinn, dormaient aussi.
Tous les deux ils jouaient à la dinette, en fabriquant des gâteaux en sable avec des moules et en se disant que c'étaient des meringues, et des sablés au chocolat.
Un peu plus tard, ils avaient aussi fait une tarte, avec un morceau de sable tout plat, et Cécile avait décidé qu'il fallait mettre des fruits dessus.
Alors ils sont partis dans la haie chercher de quoi faire des fruits semblant pour la décorer.
Ils sont revenus avec des noisettes dans leurs coquilles, et des glands, et les ont artistement arrangés sur la tarte en les baptisant framboises et fraises.
Ils étaient tellement plongés dans leur jeu que cette tarte-semblant avait presque l'air vraie.
En tous cas, elle était très jolie, décorée de framboises-semblant et de fraises-semblant, qu'ils avaient rangées en étoile depuis le centre jusqu'au bord.
Alors David dit à Cécile :
- Veux-tu que je t'en donne un morceau, cela fera comme un dessert ?
Et Cécile était d'accord : cette tarte avait l'air tellement bonne qu'elle devait être délicieuse :
- Coupes-en une part pour toi et une pour moi, répondit-elle.
Car au fond, Cécile ne savait plus très bien si c'était une tarte-semblant, avec des fraises-semblant et des framboises-semblant, ou si, à force de jouer si fort à faire semblant, elle n'était pas devenue une vraie tarte, tant elle paraissait appétissante.

La part que David lui servait, sur une feuille d'érable pour servir d'assiette, lui faisait venir l'eau à la bouche.
Elle s'apprétait même à croquer dedans, mais peut-être à croquer semblant seulement, quand quelqu'un dit à coté d'elle :
- Est-ce que je pourrais en avoir, moi aussi ?
Toute surprise, elle se retourna pour découvrir debout entre David et elle un drôle de petit bonhomme pas plus grand que Xavier, avec une barbe blanche bien fournie, habillé avec un pantalon rouge tout collant, une chemise blanche et une tunique verte par dessus pleine de poches, et un curieux bonnet du même rouge que le pantalon. Il était pieds nus.
Elle était tellement ébahie qu'elle ne savait pas quoi dire : ce petit bonhomme, ils ne l'avaient jamais vu.
David était tout étonné lui aussi, mais il croyait si fort que le jeu était vrai qu'il répondit :
- Si tu veux, alors passe moi ta feuille d'érable, que je te serve.
Et il découpa une autre part, puis une troisième pour lui, et ils se mirent tous à manger la tarte, qui était délicieuse.
Car elle était vraiment devenue une tarte aux framboises et aux fraises, onctueuse, avec de la crème en dessous des fruits, et une pâte craquante, juste assez mais pas trop. Une merveille.
Pendant quelques minutes ils furent si absorbés par la dégustation de la tarte que personne ne dit rien.
Mais lorsqu'ils eurent fini leur assiette, enfin leur feuille d'érable, les enfants réalisèrent à quel point tout cela était étrange et David demanda :
- Mais qui es-tu, toi que nous ne connaissons pas, et qui a fait que notre tarte-semblant est devenue si exquise ?
Le petit bonhomme répondit :
- Je m'appelle Puck, et je suis le lutin de la maison de votre Mamie, depuis très longtemps.
D'habitude, personne ne nous voit jamais, nous autres lutins, mais aujourd'hui vous avez fait tous les deux de la magie pour me demander de venir avec vous.
D'abord, vous avez joué à faire semblant tellement fort que c'en est devenu presque vrai.
Vous-mêmes, vous étiez prêts à le croire.
Ensuite, vous avez pris du chêne, du noisetier et de l'érable et tous les trois mis ensemble font de la magie.
Enfin, si je me cache des grandes personnes, je peux me montrer aux enfants, à condition qu'ils ne le racontent pas.
Si vous voulez, nous nous verrons tous les jours, quand vous serez seuls, sans adultes pour vous garder, et je vous raconterai les farces que mes amis ou moi ont faites aux gens qui habitent les vieilles maisons de Normandie, depuis toujours.
Je vous ferai aussi rencontrer ceux qui ont habité ici, et ils vous diront les aventures qui leur sont arrivées.
Vous oublierez mes histoires dès que nous nous quitterons, car il ne faut pas que les grandes personnes soient au courant.
En effet, elles ne peuvent pas comprendre, elles n'en sont plus capables, il faut avoir une âme d'enfant pour cela.
Mais, la mémoire vous reviendra dès que nous nous retrouverons.
Bien sûr, David et Cécile étaient d'accord, en se demandant comment Puck ferait pour leur faire oublier ses histoires.
Mais comme il était quatre heures, et que Xavier et Pauline se réveillaient, tout d'un coup ils entendirent maman les appeler en disant :
- Venez, c'est du chocolat aujourd'hui avec des petits pains au lait pour le goûter. Qui a faim ?
Ils se précipitèrent tous les deux, sans se souvenir de rien, et sans s'apercevoir que Puck avait jeté sur eux une noisette, un gland, et une feuille d'érable.
chapitre suivant
©1997 -
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