- Silence ! Vous êtes dans un tribunal !
Monsieur le Juge sinstalla sur sa chaise et saisit le dossier du dessus.
- Affaire première : Défaut de papiers, conduite sans permis de conduire, refus dobtempérer et dissimulation didentité.
Tout en sadressant aux policiers qui faisaient la garde dans le tribunal, le juge poursuivit:
- Conformément au code de procédure pénale, laffaire étant un flagrant délit, elle sera jugée immédiatement. Quon amène le prévenu.
Entouré de deux gardes, menottes aux poignets, le Père Noël entra dans le tribunal. Il fut aussitôt mené jusquau banc des accusés.
Le juge lexamina un instant, puis commença son interrogatoire:
- Nom ?
- Père
- Prénom ?
- Noël
- Greffier, veuillez noter, sil vous plaît. Attention, vous affirmez que vous vous appelez bien Père Noël !
- Oui, Monsieur le Juge.
Un premier rire général secoua le prétoire.
- Silence ou je fais évacuer la salle. Lieu de résidence ?
- Dans le ciel, après la grande ourse.
-Bien sûr, bien sûr. Et comme profession, évidemment, vous distribuez des jouets.
- Oui, Monsieur le Juge.
Une fois encore, la salle se mit à rire.
Mais au fur et à mesure que le procès avançait, par enchantement, la salle se remplissait de plus en plus denfants. La nouvelle, comme une traînée de poudre, sétait répandue dans la ville : quelquun prétendait quil était le Père Noël. Pire, on allait mettre le Père Noël en prison. Devant lafflux de ce public inattendu, le président du tribunal préféra sadjoindre lavis dun expert. Il nétait pas question de faire une erreur judiciaire la veille de Noël. Il se leva et déclara :
- La cour demande lavis dun psychiatre. La séance est ajournée.
- Je proteste, déclara le Père Noël en se levant.
- Vous protestez, mais de quel droit ? Ici le juge cest
moi ! Eh bien, puisque cest ainsi, quon fasse venir lexpert immédiatement ! sénerva le juge.
Un petit homme vêtu dun costume noir sapprocha de la barre, il rajusta des lunettes rondes sur son nez et débuta son rapport.
- Que la cour excuse... manque de temps... pas assez déléments au dossier... toutefois...
Trois quarts dheure après, il continuait et, cette fois, semblait conclure.
-Manifestement, cet homme souffre dun dédoublement de la personnalité, sans doute que petit enfant il a... et que... alors ...
Un énorme ronflement interrompit le rapport de lexpert. Toute la salle se mit à rire en voyant le Père Noël qui dormait.
- Gardes, réveillez le prévenu ! Le juge sadressa vertement au Père Noël et lui fit un reproche.
- En plus, vous insultez la cour...
- Mais pas du tout, si je veux offrir tous mes cadeaux cette nuit, il faut que je fasse une sieste...
Une nouvelle vague de rire ébranla la salle.
-Silence ou je fais évacuer le tribunal ! et vous, soyez respectueux envers la cour ou je vous condamne pour outrage à magistrat.
Le juge avait à peine fini sa phrase quun brouhaha, un vacarme, un cri de douleur percèrent les oreilles des spectateurs.
- Au voleur, au voleur, Monsieur le Président, arrêtez cet homme, il ma volé.
Monsieur Filou arrivait ou plutôt débarquait dans le tribunal. Il hurlait au juge.
-Fusillez-le, guillotinez-le, pendez-le haut et court, écartelez-le, rasez-lui la barbe, mais faites-le payer.
Lirruption de Monsieur Filou détourna lattention du public. Il brandissait dans sa main un bout de papier. Il traversa la salle et sécroula devant la table du greffier. Toujours en criant, il bredouillait.
- Regardez, regardez, ce chèque, cest une carte de Monopoly. Il a payé mon camion avec la rue de la Paix! De la monnaie de singe, je suis ruiné.
La salle une fois encore éclata de rire.
Cen était trop pour Monsieur le Juge qui se fâcha tout rouge et frappa de son marteau son bureau.
- Gardes, envoyez cet énergumène en prison, je moccuperai de lui plus tard.
- Mais cest une erreur, cest lui le voleur, pleurait Monsieur Filou.
Deux gardes, sous les applaudissement de la salle, entraînèrent Monsieur Filou vers le fourgon cellulaire.
Le juge, cette fois-ci trop énervé pour continuer, sadressa au Père Noël et rendit sa sentence.
- Conformément au code de procédure pénale, article numéro... et alinéa... je vous condamne à quinze jours de prison, dont quinze jours ferme. Affaire suivante...
- Hou, hou, hou...
De toute part, on entendit les cris des enfants qui protestaient.
-Mais..., Monsieur le Juge, et les enfants ?
- Silence, brigadier, évacuez la salle.
Le juge se leva, épongea son front et sortit la tête bien haute.
Si rien nétait fait, cette nuit, le Père Noël allait dormir en prison et personne ne distribuerait les cadeaux aux enfants.
chapitre 6 : la lettre