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    En ce temps-là, dans un petit village de Campbon, vivaient des gens peu fortunés. Alors que la plupart des hommes travaillaient aux champs, les autres, tisserands, meuniers, sabotiers, s'affairaient à leurs activités quotidiennes.

    Arriva le jour de la grande lessive : celle qu'on entreprenait une à deux fois l'an. Les femmes vidaient alors le grand coffre de bois et empilaient le linge de lin dans une corbeille d'osier. Elles se dirigeaient ensuite vers le ruisseau de Foussoc, armées de leur battoir et de leur boîte à laver. Quelques enfants venaient en aide à leur mère pour transporter les corbeilles, d'autres préfèraient jouer à la cicouère (sorte de pétoire faite d'un rameau de sureau évidé pour projeter des glands). Les femmes les plus démunies s'installaient sur leur boîte à laver et frottaient leur linge avec de la cendre. Les plus fortunées utilisaient du savon. Le linge le plus sale était gratté sur une pierre plate qui bordait le ruisseau. Le soir même, dès le départ des femmes, les enfants, impatients, se précipitaient pour glisser sur la pierre imprégnée de savon.

    Quel bonheur !

Lavée, frottée, grattée, battue, la pierre s'usait petit à petit à chaque lessive et s'évanouissait lentement dans les hautes herbes. Les enfants étaient tristes car ils savaient qu'elle allait disparaître un jour.
Déçus, ils ne purent plus jouer à leur passe-temps favori. Ils pleurèrent à grosses larmes qui dégoulinaient une à une sur leur visage et s'écrasaient en mille perles sur la pierre. Soudain une voix sourde et caverneuse s'adressa aux enfants interloqués :

    " Pourquoi sanglotez-vous ainsi ? interrogea la pierre.
    - Nous ne pouvons plus jouer. Nous aurions tant aimé glisser comme les enfants des montagnes sur leur luge, répondirent les enfants.
    - Moi aussi, j'ai toujours rêvé de devenir une île comme je l'étais dans la nuit des temps, dit la pierre. Si vous réalisez mon voeu, je vous dévoilerai l'endroit où se trouve le livre des secrets.
    - Nous acceptons. "

    Dès le lendemain, les enfants construisirent un barrage avec des branches, des feuilles, des pierres, des herbes et des planches. Le tout fut consolidé avec de la boue. Immédiatement, le niveau de l'eau s'éleva et encercla la pierre. Le soir même, les enfants lui demandèrent :
    "Maintenant, peux-tu nous dire où se trouve le livre des secrets ?
    - Puisque mon voeu s'est réalisé, je vais vous l'avouer : il est caché dans la bibliothèque du château des Cambouts de Coislin. Mais attention ! les dangers y sont nombreux. "

    Et le plus brave des enfants prit la parole :

    "Nous irons ce soir même chercher ce fameux livre. "

    Cette nuit-là, comme prévu, les enfants se mirent en route pour le château, munis d'une torche de résine. Ils avaient déjà parcouru quelques kilomètres, quand tout à coup, une rafale de vent éteignit le flambeau. Apeurés, ils se précipitèrent le long de l'allée du château éclairée par la pleine lune. Ils arrivèrent devant un pont-levis. Par chance, celui-ci était baissé car le maître des lieux n'était pas encore rentré de sa chasse. Anxieux, ils pénétrèrent à pas de loup dans la bâtisse, terrifiés par l'ombre des grands arbres qui s'agitait é travers les vitraux. Et là, devant eux, ils distinguèrent une lourde porte entrouverte. Ils se retrouvèrent dans la bibliothèque et après maintes recherches, découvrirent un vieux livre poussiéreux, écorné, jauni par le temps :

    "LE GRAND LIVRE DES SECRETS" !

    Pour faire grandir les éléments, il fallait mélanger l'eau des fontaines de Pitoué et de Sainte Barbe. En sortant du château, les garnements chipèrent deux cruches de terre cuite et s'aventurèrent vers les fontaines. Les cruches remplies, ils mélangèrent les eaux recueillies, retournèrent à la roche et l'aspergèrent de cette potion magique. Instantanément, la pierre grandit et se transforma en une gigantesque patinoire. Très heureux, ils jouèrent comme des fous. Ils glissèrent, glissèrent, glissèrent encore jusqu'à trouer leur culotte.

    La nuit de la Saint Jean venue, au son du violon et de l'accordéon, les villageois dansaient autour des flammes qui crépitaient, projetant des étincelles dans la nuit. Soudain, la pluie commença à tomber et un vent violent, brutal, se déchaîna. Des éclairs incandescents zébraient le ciel tourmenté de nuages et illuminaient les danseurs. Et le tonnerre gronda. En quelques minutes, l'orage devint de plus en plus terrible. Et une lumière aveuglante embrasa un grand chêne qui s'enflamma aussitôt. L'arbre, foudroyé, s'écrasa pesamment sur le barrage qu'il fissura d'une profonde lézarde. Le petit ruisseau, grossi par les trombes d'eau, se transforma en un impétueux torrent destructeur qui emporta tout sur son passage. Le barrage se volatilisa en mille débris entraînés par les flots. Rapidement, le niveau de l'eau baissa. La roche n'était plus isolée par les eaux. L'enchantement était rompu : elle reprit sa taille normale et s'enfonça lentement dans le sol.

    Si un jour, vous vous promenez le long d'un petit ruisseau, entre la Siourais et la Linais, peut-être vous reposerez-vous sur une petite pierre à l'ombre des herbes et peut-être encore aurez-vous la chance, une toute petite chance de rencontrer un vieux pépé, un très vieux pépé à la culotte trouée ...
 

Ecole "Ferdinand Daniel" de CAMPBON Classe de CM2