Il y a bien des années, vers 1850, dans une des six vallées
du Sillon de Bretagne, à Savenay, vivaient des petits êtres
velus. Dans cette vallée située à l'est du bourg
régnait, le jour, un silence majestueux. On y entendait seulement
le gazouillement du ruisseau qui descend en serpentant vers la Loire.
Or, un beau matin de printemps, des hommes arrivèrent nombreux pour
creuser la roche de ce lieu. Alors, on les entendit casser les pierres
avec des pioches, des pics et des masses. Dans un grondement, les blocs
se fracassaient. Une avalanche de cailloux dévalait dans la vallée.
Les carriers ramassaient les graviers avec des pelles. Ils remplissaient
les brouettes. Puis, ils les descendaient rapidement jusqu'au bas de la
vallée. Là, des ouvriers entassaient les pierres pour former
un long talus.
De jour en jour, le remblai montait et s'allongeait. Dans toute la vallee,
le bruit de ce gigantesque chantier résonnait très fort.
Il ne s'arrêtait que lorsque la nuit tombait.
Dès le soleil couché, les petits êtres barbus appelés
encore korrigans se réveillaient et allaient prendre leur bourse
magique dans le coffre-fort de leur caverne fortifiée. Ensuite ils
sortaient dans la vallée en chantant : "Lundi, mardi, mercredi..."
Malheur aux voyageurs attardés qui passaient par là!
Les lutins les entraînaient dans leur danse folle jusqu'à
ce qu'ils tombent d'épuisement dans le ruisseau. Avant le lever
du jour, les petits hommes barbus rentraient dans leur caverne pour se
reposer de leur nuit de folie.
A dater de l'ouverture de l'immense chantier, les nains espiègles,
habitants des lieux, ne purent plus dormir pendant le jour.
"Pourquoi ce tohu-bohu ? dit l'un d'entre eux.
- Ils détruisent notre belle vallée ! ajouta un second.
- Ça ne peut plus durer, il faut agir vite ! proposa un troisième.
C'est alors que le chef de la bande déclara : C'est urgent, pour
notre bonheur il faut détruire ces travaux ! De plus, j'ai entendu
dire qu'un monstre allait arriver au bas de notre territoire! "
Sur ces mots, la tribu sortit de sa vallée et démolit l'ouvrage.
Le lendemain matin, les travailleurs découvrirent les dégâts.
Pendant la journée ils reconstruisirent le talus. C'était
un travail pénible qui demandait de gros efforts.
Mais les nuits suivantes les nains moqueurs détruisirent de nouveau,
en catimini, le chantier. La guerre était déclarée.
. .
Alors un des travailleurs décida :
- Il faut protéger notre travail, sinon ces gens le détruiront
encore !
-Il faut s'organiser pour surveiller la voie !
-Allumons des feux la nuit pour les faire fuir ! dirent les autres. "
Des jours, des semaines, des mois passèrent, les travaux avançaient.
Deux longs rubans d'acier brillaient sur des traverses de bois. Tout était
prêt pour que le monstre arrive.
Enfin, en 1855, il arriva. Il rampait sur la voie ferrée en sifflant,
en hurlant. Il crachait un panache de fumée. Il lançait des
étincelles. On entendit un grincement métallique infernal
résonner dans toute la vallée. En entendant ce tumulte, les
korrigans rassemblés dans leur caverne soupirèrent de découragement.
Dans tout Savenay on entendit leurs longs soupirs.
"Nous sommes ruinés, les hommes ont gagné ! Leurs maudites
inventions nous obligent à partir. Cette machine diabolique est
plus puissante que nous. Allons nous réfugier dans la Vallée
Mabile ! "
En soupirant ils déménagèrent, laissant la porte de
leur caverne entrouverte. Depuis ce jour on appelle cet endroit :
"la
Vallée des Soupirs"
Plus jamais
les korrigans n'y revinrent. On raconte qu'en 1917 ils quittèrent
leur nouveau domaine. On pense de nos jours qu'ils vivent en paix dans
la forêt du Gâvre.
Ecole "Robert Desnos" de SAVENAY Classe de CE2
|